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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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«Qu’ils soient oubliés de tous ici présents;

«Que la faim et la soif soient les exécutrices de la sentence.»

Les diamants noirs, les yeux funèbres de Fausta se posèrent un instant sur Farnèse qui la regardait à travers les grilles, au fond de cette lueur confuse qui enveloppait la terrible mise en scène.

Tous les personnages qui entouraient le trône s’agenouillèrent alors. Une éclatante lumière, jaillie de vingt-quatre lames soudain démasquées, inonda le trône d’ivoire, les gardes couverts d’acier, les robes rouges des cardinaux, les robes violettes des évêques, les costumes soyeux des gentilshommes, les trompettes sonnèrent une fanfare aux accents larges et lents, sorte de marche triomphale que soutenaient les mugissements d’un grand orgue dissimulé derrière le trône… et sur ce trône, Fausta, debout, leva le bras, étendit la main droite, et les trois doigts s’ouvrirent pour la bénédiction pontificale…

Soudain, ce décor s’effaça… Toute cette fantastique vision disparut en un instant… Farnèse et Claude se retrouvèrent plongés dans une profonde obscurité. Le même déclic qu’ils avaient entendu grinça, le même glissement de panneau se fit entendre, et lorsque la lampe du plafond se ralluma, grâce à quelque invisible mécanisme, au lieu de la grille, ils virent la muraille telle qu’elle était d’abord. Et ils purent croire que tout ce qu’ils venaient de voir et d’entendre n’était qu’une fantasmagorie de leur imagination.

– Quel rêve! balbutia Claude! Quel affreux cauchemar!…

– Quelle réalité sinistre! répondit Farnèse de sa voix glaciale. Vous n’avez pas rêvé. J’ai assisté, moi, à deux audiences du tribunal secret. Et je sais que les sentences sont inexorables…

– Quoi!… Nous sommes condamnés à mourir…

– De faim et de soif!… Oui!…

Claude voulait mourir, mais non de cette épouvantable mort. Il jeta autour de lui un regard de feu.

– Cette fenêtre! gronda-t-il.

En un clin d’œil, il eut placé un escabeau sur une table, approché la table du fond de la pièce et atteint la fenêtre qui surplombait la Seine. Un souffle d’humidité venu de la rivière fouetta son visage, en même temps qu’il entendit les sourds gémissements de l’eau qui battait les fondations du palais Fausta. La fenêtre était défendue par des barreaux monstrueux… mais Claude sourit!… il se sentait assez fort pour arracher les barres de fer. Il redescendit, saisit Farnèse par le bras et haleta:

– Nous ne mourrons pas ici… nous fuirons par cette fenêtre avant deux heures.

Farnèse eut un imperceptible haussement des épaules et murmura:

– Nous ne fuirons pas… Nous mourrons ici…

À ce moment, et comme pour confirmer cette certitude qu’exprimait le cardinal d’une voix morne, un volet se rabattit violemment de l’extérieur et mura la fenêtre… C’était un volet de fer de trois pouces d’épaisseur, et il eût fallu un mois de travail à Claude pour l’arracher, après avoir descellé les barreaux. Claude, hagard se rua sur la porte. Mais derrière cette porte en chêne, il entendit qu’à ce moment on en fermait une autre plus lourde, plus épaisse, à en juger par le bruit sourd et le ferraillement des verrous extérieurs.

Claude jeta un rugissement. Tout à l’heure, il avait soif. Maintenant, sa gorge brûlait. Sa poitrine était en feu. Il se sentait devenir fou. Il chercha sa dague à sa ceinture pour en finir d’un coup, et il vit qu’on la lui avait enlevée. Le cardinal était désarmé comme lui. Alors la réalité, ce que Farnèse avait appelé une réalité sinistre, lui apparut dans son horreur: toute fuite était impossible; ils étaient murés vivants dans un tombeau, et ils allaient y mourir lentement dans les affres de cette agonie effroyable entre toutes.

Il regarda Farnèse…

Le cardinal était assis dans un fauteuil, immobile, les yeux fermés, et sa silhouette à demi effacée dans la pénombre lui apparut comme une chose déjà morte, ou qui entrait dans la nuit de la mort. Alors Claude, les cheveux hérissés en proie au vertige de l’épouvante, recula jusque dans un angle de ce tombeau, s’y accula, et farouche, haletant de la soif qui le brûlait, il se mit à calculer combien d’heures il avait à vivre!…

XXXIX LE MARIAGE DE VIOLETTA

Entraînés par l’action, nous avons dû suivre la marche apparente des événements et accompagner le cardinal et le bourreau jusqu’à la porte de leur prison. Nous avons donc laissé le chevalier de Pardaillan à l’auberge de la Devinière où il est assiégé, et d’autre part, Charles d’Angoulême dans l’hôtel de la rue des Barrés où il attend l’arrivée du père de Violetta. Rue des Barrés et rue Saint-Denis devaient s’accomplir des faits et gestes également intéressants pour la suite de ce récit.

Pour l’instant, revenant de quelques heures en arrière, c’est-à-dire au moment même où Claude fut arrêté dans le logis de la Grève, nous suivrons l’espion qui, depuis la rue des Barrés, s’était attaché aux pas de l’ancien bourreau.

Lorsque Claude eut été solidement lié et mis dans l’impossibilité de faire un seul mouvement, cet homme, cet espion sortit du logis, s’élança rapidement vers le palais de Fausta, et ayant été aussitôt introduit auprès d’elle, lui rendit compte de l’arrestation.

Fausta tenait donc en son pouvoir à la fois Farnèse et Claude – les deux pères de Violetta, l’un père naturel qui avait un intérêt d’amour à sauver la jeune fille, l’autre père adoptif, qui était capable d’accomplir des prodiges d’affectation paternelle.

Si elle fut satisfaite ou non de ce double résultat, de la rapidité, de la précision avec lesquelles ses ordres s’étaient accomplis, elle n’en laissa rien paraître. Tenir Claude et Farnèse, c’était bien. Mais ce que voulait surtout Fausta, c’était reprendre Violetta… Elle interrogea donc l’espion avec cette lucidité, cette netteté de questions qui faisaient d’elle le plus redoutable des juges instructeurs.

De l’ensemble des réponses de l’espion, et bien que celui-ci n’eût rien vu que Claude, il résulta dans l’esprit de Fausta que Violetta se trouvait dans l’hôtel de la rue des Barrés. Fausta, d’un geste, renvoya alors l’espion et se mit à réfléchir, comme elle savait réfléchir, c’est-à-dire en mettant un ordre mathématique dans ses pensées. Tout d’abord, elle élimina Claude et Farnèse de ses préoccupations en réglant leur sort. Ayant frappé sur sa table avec son marteau d’argent, elle dit:

– Qu’on introduise le cardinal Rovenni…

Quelques instants plus tard, le cardinal entrait et se prosternait devant Fausta.

– Vous arrivez de Rome? demanda-t-elle sans autre préambule.

– Oui, Sainteté, répondit Rovenni. Arrivé ce matin avec les douze évêques et les cinq cardinaux désignés, nous sommes tous là depuis deux heures.

– Quelles nouvelles de Rome?

– Sixte est en France…

– Je sais.

– Il a voulu lui-même voir Guise avant de lui remettre des millions qu’il lui a promis.

– Je sais, dit Fausta dont le regard lança un éclair.

– En ce moment, il est à la Rochelle où il cherche à s’entendre avec» hérétique Henri de Béarn, et je me perds en suppositions pour m’expliquer cet inexplicable changement de politique.

– Mais moi je sais, cardinal, et cela me suffit.

– Votre Sainteté est l’omniscience, dit le cardinal avec une sorte d’admiration humble et passionnée. Quant au surplus, tout va bien. Trois nouveaux cardinaux, sept évêques, deux cents prêtres de divers diocèses sont gagnés à notre cause et sont prêts à courir à Rome dès que les temps seront révolus.

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