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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– Ce sera bientôt, cardinal. En attendant, voici pour vous éclairer: Sixte a vu Catherine de Médicis, qui lui a arraché une promesse de neutralité et qui l’a convaincu que Guise le trahirait. Sixte, qui veut sur le trône de France un roi à sa dévotion, s’est alors retourné vers Henri de Béarn: en se liguant avec l’hérétique, il achève de se perdre. Quant à Guise, il hésite. Son plan est d’attendre la mort d’Henri de Valois. Nous devons donc précipiter les événements. Soyez prêts tous à vous transporter à Chartres où se trouve Valois… Puisque la mort de Valois est nécessaire, qu’il meure!

– Mais qui osera frapper le roi de France!…

– J’ai l’instrument: un moine dans la main de qui j’ai mis un couteau. Et ce couteau sera bien aiguisé, car j’ai chargé de ce soin une femme qui ne pardonne pas… Quant au présent, cardinal, nous avons été battus. Quelques hommes se sont trouvés sur mon chemin, qui ont failli renverser nos projets. J’en tiens deux en mon pouvoir. Voici un papier où se trouve exposé le crime qu’ils ont commis contre notre Société… Réunissez donc à l’instant le tribunal et que, ce soir, soit prête la sentence que vous lirez, selon la règle, à maître Claude…

– Notre bourreau!…

– Et à Jean Farnèse, acheva Fausta.

– Quoi! le cardinal Farnèse…

– Farnèse a trahi, cardinal!… Allez… Agissez promptement, et que l’exemple soit mémorable!

Le cardinal pâlit. Car ces paroles de la souveraine équivalaient à un ordre de condamnation à mort. Mais tel était l’ascendant de la terrible vierge sur tous ceux qui l’entouraient qu’il dissimula son émotion et sortit après avoir pris des mains de Fausta le papier qu’elle lui tendait, acte d’accusation où étaient résumés les griefs reprochés à Claude et à Farnèse. On a vu comment Fausta avait été obéie.

Ayant ainsi réglé le sort de Claude et de Farnèse, Fausta se mit à songer à Violetta.

La jeune fille se trouvait dans la maison de la rue des Barrés. Avec qui? Avec Pardaillan, sans aucun doute. Le chevalier avait arraché Violetta aux gardes qui la traînaient au bûcher. Il l’avait confiée à un de ses amis qui avait emporté la jeune fille. Tout cela, Fausta l’avait vu de ses yeux.

Pardaillan avait rejoint son amante dans l’hôtel de la rue des Barrés – maison connue de Claude qui s’y était rendu. De là Claude était retourné au logis de la place de Grève. Pourquoi? Évidemment pour aller chercher Farnèse, père de Violetta. Donc, à ce moment, Pardaillan et son ami – sans doute le maître de la maison – attendaient avec Violetta le retour de Claude qui devait ramener Farnèse.

Tel fut le raisonnement de Fausta. Et on voit qu’elle avait rétabli de la vérité tout ce qu’on pouvait en rétablir par le raisonnement.

La conclusion était simple: elle tenait Claude et Farnèse. Il ne restait plus qu’à marcher à la rue des Barrés avec des forces suffisantes pour s’emparer de Pardaillan et de son amante.

Fausta, une fois sa résolution prise, n’en remettait jamais l’exécution. Elle frappa donc pour donner des ordres. Le valet qui entra tenait un plateau d’or à la main. Sur le plateau il y avait une lettre.

– Un gentilhomme de Mgr de Guise, dit le valet en fléchissant le genou, vient d’apporter cette missive. Il attend.

Fausta prit la lettre, la décacheta, la lut et tressaillit. Voici ce qu’elle venait de lire:

«Madame, nous tenons le damné Pardaillan. Il est en l’auberge de la Devinière, sise rue Saint-Denis, que nous cernons de toutes parts. La bête est prise au piège, et j’ai pensé qu’il vous serait agréable d’assister à l’hallali. Je vous envoie donc un de mes fidèles, le sire de Maurevert qui se mettra à vos ordres pour vous conduire sur le terrain de chasse.»

La lettre n’était ni signée ni scellée. Mais Fausta reconnut l’écriture de Guise.

– Faites entrer ce gentilhomme, dit-elle.

Les déductions de Fausta se trouvaient bouleversées: Pardaillan n’était pas rue des Barrés avec Violetta. Pardaillan était cerné rue Saint-Denis par les hommes de Guise.

À ce moment, Maurevert entra. Et comme il savait qu’il était envoyé à une princesse, il ne put retenir un geste d’étonnement en voyant un page au pourpoint armorié de l’écu de Lorraine, là où il s’attendait à voir une femme. Fausta, en effet, ne s’était pas encore dévêtue du costume de page qu’elle avait pris pour aller sur la Grève.

– Monsieur, dit-elle, vous m’êtes envoyé par le duc de Guise?

– Oui, madame, dit Maurevert en s’inclinant avec un sourire; car, dans son esprit, cette femme habillée en page, et qui portait sur sa poitrine les couleurs du duc, ne pouvait qu’être l’une des nombreuses amies de Guise.

Maurevert n’avait jamais vu Fausta. Il la connaissait de nom, cependant, et comme quelques familiers de Guise, il savait qu’une femme appelée Fausta, investie d’une redoutable et mystérieuse puissance, était venue à Paris pour l’exécution d’un vaste plan ténébreux, dont la fuite d’Henri III et la formation de la Ligue n’étaient que des incidents apparents. Mais Maurevert ignorait qu’il se trouvait précisément en présence de cette femme.

– Madame, reprit-il, mon seigneur duc m’envoie à vous pour vous confirmer la nouvelle incluse dans son message. À savoir que le sire de Pardaillan va être pris comme un renard au gîte. S’il vous convient d’assister à cette partie de plaisir, veuillez me suivre, madame, sans retard. Car j’ai un certain intérêt à être moi-même présent à l’opération.

Fausta, depuis l’entrée de Maurevert, employait toutes les ressources de son esprit à jauger pour ainsi dire l’homme, à son geste, à sa voix. Sa prodigieuse activité d’imagination et de calcul lui permettait ce travail toutes les fois qu’elle se trouvait en présence d’un inconnu. Rarement, elle se trompait. Lorsque Maurevert eut achevé de parler, elle comprit qu’une haine dévorante, inextinguible et féroce poussait cet homme qui dès lors cessait d’être à ses yeux un banal messager.

– Monsieur de Maurevert, fit-elle tout à coup avec un de ces sourires qui faisaient frissonner, j’ai non moins de hâte que vous à me rendre auprès du duc de Guise…

– Partons donc…

– Un instant. Je veux vous dire la cause de ma hâte, espérant que vous m’aiderez dans mon projet.

– Je vous suis tout acquis, dit Maurevert en s’inclinant avec cette élégante politesse qui ne lui faisait pas défaut. Mais, pour Dieu, hâtez-vous, madame!

Fausta le considérait, le détaillait, l’étudiait avec une sombre satisfaction, et déjà elle assignait à Maurevert un rôle précis dans la grande tragédie qu’elle méditait. C’est là le secret de bien des puissances: savoir juger les gens et les employer.

– Je veux, dit-elle en fixant un regard acéré sur Maurevert, demander une grâce à M. de Guise. Sûrement, il ne me la refusera pas. Mais enfin, puisque vous avez bien voulu me promettre votre concours, je compte sur vous, car je sais que le duc vous tient en haute estime…

– Et quelle est cette grâce? fit Maurevert en tordant sa moustache avec une fébrile impatience.

– Pas grand chose, dit Fausta: la vie et la liberté de M. de Pardaillan…

Maurevert bondit. Son regard se troubla un instant. Des plaques livides apparurent sur son visage. Il eut un rire nerveux et frappa violemment ses deux mains l’une contre l’autre.

– Voilà ce que vous voulez que je demande au duc? fit-il d’une voix altérée. Tenez, madame, pour éviter un retard que je ne me pardonnerais pas, laissez-moi vous apprendre ceci qui va sans doute modifier vos idées à mon égard. Voilà près de dix-huit ans que je connais… Pardaillan. Et voilà dix-huit ans, madame, que j’attends une occasion pareille à celle de ce jour. En cette occasion, madame, si mon meilleur ami me disait un mot pour Pardaillan, cet ami deviendrait mon ennemi mortel. Si mon père faisait un geste pour sauver Pardaillan, je tuerais mon père. Si le duc de Guise vous accordait la grâce de Pardaillan, je tuerais le duc, quitte à être déchiré sur place par ses gardes! Si vous demandiez cette grâce devant moi, je vous tuerais vous-même!…

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