Les Pardaillan – Livre III – La Fausta
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:
– Et que ferai-je quand la nuit sera venue? palpita le jeune duc.
– Le voici, dit Fausta. Au moment où j’allais m’éloigner, le prince Farnèse me prit par la main, me remercia, puis ajouta ces paroles que je suis chargée de vous transmettre:
«Ce soir, à minuit, nous attendrons le duc et ma fille dans l’église Saint-Paul. Qu’il ne s’inquiète de rien. Tout sera prêt.»
– Dans l’église Saint-Paul! murmura Charles haletant, ébloui…
– Ce sont ses propres paroles. Et j’avoue que je les ai trouvées étranges. Mais maintenant, je crois comprendre…
– Oui! fit Charles enivré, je comprends… je comprends tout! Ce soir, à minuit, en l’église Saint-Paul, avec Violetta… j’y serai!…
Fausta se leva et dit d’un accent pénétré:
– Il me reste, monseigneur, à vous souhaiter tout le bonheur que vous méritez.
– Comment pourrai-je m’acquitter jamais envers vous! murmura Charles.
Fausta parut hésiter quelques instants, comme si elle eût éprouvé une violente émotion… ou peut-être simplement parce qu’elle cherchait un nom… Elle répondit soudain:
– En recommandant à la duchesse d’Angoulême de prier parfois pour mon mari… Agrippa, baron d’Aubigné…
En même temps elle s’avança rapidement vers la porte.
– La baronne d’Aubigné! avait murmuré Charles. Ah! je comprends maintenant qu’elle taise son nom. Noble cœur, ne crains rien de moi. Puisse ma langue être donnée aux chiens plutôt que de trahir le secret de ta présence à Paris [13].
Si Charles avait pu avoir le moindre soupçon, si les détails accumulés dans son récit n’avaient pas suffi pour détruire ce soupçon par leur parfaite concordance avec ce qu’il savait de la vérité, si l’attitude, la voix, les paroles de la messagère ne lui avaient pas inspiré une confiance absolue et une profonde sympathie, ce nom d’Aubigné, à lui seul valait tout un plaidoyer, et Fausta en le lançant au dernier moment, comme si elle eût été entraînée par l’émotion, achevait son œuvre par une géniale inspiration.
Le duc d’Angoulême accompagna la messagère jusqu’à la porte extérieure. Quelques instants plus tard, la Fausta, au pas paisible de son cheval, et suivie à distance par son laquais, disparaissait au tournant de la rue et murmurait avec un sourire qui découvrit ses petites dents féroces:
– Maintenant, il ne me reste plus qu’à marier Violetta…
Charles, ayant constaté que la rue était parfaitement tranquille, rentra dans l’hôtel et, le cœur bondissant, courut retrouver Violetta, et lui prenant la main:
– Chère âme, ce soir, nous serons unis à jamais; ce soir, vous serez duchesse d’Angoulême…
XLI LE MARIAGE DE VIOLETTA (fin)
L’église Saint-Paul était à deux pas de l’hôtel de Marie Touchet. De la rue des Barrés, soit par la ruelle des Jardins, soit par la ruelle des Fauconniers et le couvent de l’Ave Maria, on aboutissait dans la rue des Prêtres-Saint-Paul, au bout de laquelle l’église dressait sa construction massive. Le duc d’Angoulême admira la prévoyance de Pardaillan, qui avait choisi cette église de préférence à toute autre.
Il n’avait aucun doute sur l’identité de la messagère. Et pourtant, avant de rentrer dans l’hôtel, il n’avait pu s’empêcher d’inspecter la rue des Barrés, à droite et à gauche. Il ne vit rien, sinon quelques ménagères, de loin en loin, et rentra convaincu que jusqu’au soir du moins, nul ne songerait à venir l’inquiéter. Le lendemain, il aurait quitté Paris pour se rendre à Orléans, quitte à reprendre ses projets contre Guise, après avoir mis en sûreté la nouvelle duchesse d’Angoulême.
Seulement, si Charles avait eu l’idée de suivre la messagère, il eût vu le laquais mettre pied à terre au coin de la rue de la Mortellerie. Et tandis que la baronne d’Aubigné continuait tranquillement son chemin, ce laquais, ayant remisé son cheval dans une auberge, venait se poster à vingt pas de l’hôtel, et s’immobilisant au fond d’un de ces nombreux angles que formaient les maisons mal alignées, demeura là, jusqu’au soir, les yeux fixés sur la porte qui s’était refermée sur le duc d’Angoulême.
Peu à peu, avant que le soir ne fût arrivé, divers autres personnages parurent dans la rue des Barrés et occupèrent des postes semblables à celui qu’avait choisi ce laquais. En sorte qu’une heure après le départ de la messagère, si Charles avait eu l’idée de sortir de l’hôtel, il n’eût pu faire dix pas soit à gauche soit à droite sans se heurter à l’une de ces statues immobiles.
Lorsque la nuit fut tombée, un étrange mouvement se produisit autour de l’église Saint-Paul. Diverses troupes, composées chacune de dix ou douze hommes, prirent position devant chacune des portes de l’église. Dans la rue Saint-Antoine, un lourd carrosse vint stationner.
Pendant que Fausta prenait ses dispositions avec sa science de la stratégie des rues, Charles et Violetta, assis l’un près de l’autre dans cette grande salle où jadis Marie Touchet et Charles IX avaient échangé de si douces paroles, continuaient à vivre de ce beau rêve d’amour où ils venaient d’entrer. Enfin, onze heures sonnèrent.
– Il est temps, dit Charles doucement.
– Allons, mon cher seigneur, répondit Violetta.
Elle était toujours vêtue de sa tunique blanche qu’elle portait sur la place de Grève. Seulement, Charles alla prendre dans une vieille armoire un grand manteau qui avait appartenu à sa mère et le lui jeta sur les épaules. Alors, il la prit par la main, et ayant simplement recommandé aux serviteurs de tenir la maison en état pour le jour prochain où il y rentrerait avec la duchesse d’Angoulême, il sortit.
Dehors, Violetta se suspendit à son bras. Et serrés l’un contre l’autre, palpitants tous deux, les yeux noyés d’extase, sans prononcer un mot, ils marchèrent vers l’église Saint-Paul.
Onze heures du soir!… C’était le moment où Claude et Farnèse écoutaient, dans la maison de Fausta, la sentence du tribunal secret qui les condamnait à mourir. C’était enfin le moment où la somptueuse et fantastique vision disparaissait aux yeux des condamnés, et où, livides, la gorge en feu, ils voyaient se lever devant leurs regards affolés ces spectres de la faim et la soif qu’avait évoqués Fausta.
Lorsque le panneau se fut refermé, lorsque Fausta, debout sur son trône, eut donné la bénédiction des trois doigts que donnent les papes, ceux qui l’entouraient se retirèrent lentement. Cardinaux, évêques, gentilshommes, tous sortirent. Les gardes seuls demeurèrent à leurs places, alignés, statues d’acier qui semblaient immuables.
Fausta descendit lentement de son trône et gagna une chambre à coucher dont la simplicité presque cénobitique eût stupéfait quiconque fût parvenu là après avoir visité les merveilles entassées dans ce palais. C’était sa chambre, à elle. Nul n’y pénétrait. Myrthis et Léa, ses deux suivantes, étaient les seules qui eussent permission d’y entrer.
Elles étaient là, attendant leur souveraine. Elles la déshabillèrent du splendide costume qu’elle portait. Et alors elle revêtit ces mêmes vêtements de gentilhomme sous lesquels elle s’était présentée à l’hôtel de la rue des Barrés. Alors elle se rendit dans cette salle élégante qui pouvait passer pour le boudoir d’une jolie femme. Un homme était là qui attendait, assis, et qui à l’entrée de Fausta se leva vivement et s’inclina.
[13] Agrippa d’Aubigné, huguenot militant, et l’un des plus fidèles capiiaines d’Henri de Bearn, était connu pour un redoutable conspirateur, et sa tête était mise à prix par les chefs de la Ligue catholique triomphante à Paris. (Note de M. Zévaco.)