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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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L’espion lui vit faire un geste violent, puis remonter la berge et reprendre le chemin de la place de Grève.

«Mais, rugissait Claude en lui-même, ce serait le dernier des débardeurs de Seine! serait-il truand au lieu d’être duc! serait-il fils de cabaretier au lieu d’être fils de roi! qu’est-ce que j’y gagnerais?… Où est le pauvre diable, si malheureux qu’il soit, qui consentira à vivre près du bourreau? Où est l’amoureux, si épris qu’il soit, qui ne crierait à Violetta: C’est le bourreau qui t’a élevée? Le bourreau t’a portée dans ses bras? C’est le bourreau que tu appelles père?… Tu portes des tâches sanglantes, fille du bourreau!… Et truand ou fils de roi, l’amoureux s’enfuirait avec une imprécation d’horreur…»

Il atteignit la place de Grève et, à travers les groupes encore nombreux et agités, se dirigea vers le logis où il avait laissé Farnèse.

– Le bourreau disparu… moi mort, tout change! Il n’aura plus horreur de moi s’il sait que je me suis tué… Il n’aura plus que de la pitié… Oui, oui… il saura que je suis mort et qu’il peut aimer sans horreur… Un mot que je lui ferai parvenir à Orléans fera l’affaire… Et alors, Violetta pourra tout lui dire, si elle veut! Elle sera heureuse malgré elle et c’est un bon tour que son papa Claude lui aura joué en se tuant… Ô ma fille bien-aimée, si tu savais avec quelles délices je vais mourir pour toi!… Sûrement, tu ne pleureras pas lorsque tu sauras la chose…

Et il était vraiment radieux, sa monstrueuse figure noyée de larmes se nimbait d’une gloire de sacrifice, d’un rayonnement très doux, d’une sorte de majesté sereine… Il heurta le marteau du logis en se disant:

«Farnèse!… En voilà un, par exemple, qui va être étonné de ce que je vais lui apprendre!… Que je déchire le pacte qui le lie à moi, que je lui pardonne, et que sa fille… sa fille!… oui, sa fille l’attend!… Il n’a qu’à aller rue des Barrés. À la bonne heure! Voilà un père que Violetta peut avouer!…»

Il n’y avait nullement dans ces derniers mots l’amère et sinistre ironie qu’on pourrait y voir. En toute humilité, le bourreau reconnaissait la qualité de père à l’homme qui, au pied du gibet où on traînait Léonore de Montaigues, n’avait pas eu le courage de prendre son enfant dans ses bras!…

Farnèse n’avait été que la lâcheté… lui, il était l’horreur!…

Le laquais noir vint ouvrir, le reconnut à l’instant et lui sourit.

– Je veux voir monseigneur, dit Claude.

– Montez, répondit le laquais.

Claude passa et se mit à monter rapidement le large escalier. À ce moment l’espion qui l’avait suivi pas à pas entra à son tour dans la maison, et sans dire un mot au valet noir pénétra dans la loge, tandis que la porte du dehors était refermée. Là une troupe pareille à celle qui avait arrêté Farnèse attendait. Sans doute ces gens étaient là depuis le moment où Fausta avait écrit au cardinal. Ils étaient sept ou huit. L’espion leur fit un signe et ils le suivirent.

Claude était arrivé à la porte de cette vaste salle où il avait attendu avec Farnèse. Il entra. À l’instant où, pensif, il franchissait cette porte, il se sentit brusquement saisi par les bras. Il eut à peine le temps de voir les gens qui l’entouraient; dans le même instant, il se trouva dans une profonde obscurité: un sac d’épaisse toile venait d’être jeté sur sa tête.

Claude était doué d’une force formidable. Il ne poussa pas un cri, ne dit pas un mot, mais d’un terrible roulis des épaules, pareil au sanglier coiffé qui secoue les chiens, il se débarrassa de l’étreinte; en même temps, il étendait au hasard ses deux mains; les deux mains, pinces effrayantes, saisirent deux gorges; un double râle bref, un double craquement de muscles broyés, et deux masses tombèrent.

Mais si rapide qu’eût été ce mouvement, il avait suffi aux assaillants pour lier le sac autour du cou. Claude, privé de lumière, continua sa lutte silencieuse. Il manœuvrait son poing comme une masse, et lorsque cette masse rencontrait un crâne, l’homme tombait…

Tout à coup, Claude trébucha, s’affaissa… On venait de lui passer un nœud coulant autour des jambes, et une forte secousse sur la corde lui avait fait perdre l’équilibre.

Claude étendu, les jambes liées, aveugle, essaya une résistance suprême. Il sentit qu’on le piétinait, qu’on montait sur sa poitrine, que l’un après l’autre ses bras puissants étaient empoignés, ligotés… et enfin, il se trouva dans l’impossibilité de faire un geste. Autour de lui, il entendait des râles d’agonisants, les souffles rauques et les paroles hors d’haleine des survivants… il comprit qu’il avait dû en tuer ou blesser cinq ou six…

Il demeura immobile, et sa pensée se reporta vers Violetta… Puis, tout tourbillonna dans sa tête; il s’aperçut qu’il allait s’évanouir… mourir peut-être. Il n’entendait plus rien autour de lui. Il y avait eu des allées et venues, des échanges de mots à voix basse… puis on l’avait laissé là… Claude se raidit dans un effort insensé pour rompre les liens de ses mains. Et dans ce dernier effort, il perdit le sens des choses.

XXXVIII LE TRIBUNAL SECRET

Combien de temps demeura-t-il sans connaissance?… Il n’en eut pas conscience. Lorsqu’il revint à lui, il se sentit ranimé par une impression de fraîcheur, en même temps qu’il éprouvait des secousses de cahots. Chaque secousse déchirait un peu plus ses chairs gonflées par les cordelettes. Mais il ne s’en apercevait pas… il songeait à Violetta.

Où le conduisait-on?… Il ne savait. Il comprit seulement qu’il avait dû être transporté sur une charrette pendant son évanouissement, et qu’on avait attendu la nuit pour le transporter. De là, cette impression de fraîcheur qui, à travers le sac solidement maintenu sur sa tête, baignait son front brûlant de fièvre.

Par qui, pour qui avait-il été saisi? Le sac jeté sur sa tête le mit sur la voie: c’était là une manœuvre familière aux gens de Fausta. Il frémit. Non pour lui-même… Que pouvait Fausta?… Le tuer? Mais il était décidé à se tuer lui-même!… Mais Violetta?… Est-ce que l’infernale Fausta n’avait pas retrouvé sa trace, à elle aussi?… Il se rassura peu à peu, ayant reconstitué le guet-apens: il lui sembla évident qu’on l’avait attendu au logis de la place de Grève et qu’on ignorait d’où il venait… Alors il sourit.

Tout à coup, la charrette, le véhicule quelconque qui le transportait, s’arrêta. Claude fut saisi par une douzaine d’hommes qu’il ne voyait pas. Il entendit résonner un marteau de bronze sur une porte, et il frissonna: le marteau avait résonné sur du fer, et il reconnaissait ces échos sinistres: il comprit dans quel antre on l’entraînait: il était bien le prisonnier de celle qu’il avait appelée sa Souveraine!… de Fausta!…

Claude, porté à bras, sentit qu’on s’arrêtait encore et qu’on ouvrait une porte verrouillée, puis qu’on le déposait précipitamment, qu’on le jetait sur un tapis… puis la porte se referma… Alors, il entendit comme un cri d’étonnement… Des pas pressés près de lui froissèrent le tapis… une main rapide et légère trancha les liens de ses jambes, puis les liens des bras, puis la corde qui maintenait le sac, puis le sac fut enlevé, arraché, et quelqu’un, celui qui venait de le délivrer et qui se trouvait à genoux près de lui, ce quelqu’un eut une sourde exclamation:

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