Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 978-2-20710877-2
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
7
Une fois la nuit tombée, les Hollandais ont manifesté moins d’empressement à nous poursuivre… ils savaient où nous allions et auraient tout leur temps pour nous « nettoyer ». Ainsi une fraction de l’armée sortie de Striver y est-elle revenue au clair de lune, affamée et meurtrie, se repositionner sur ses vieilles lignes défensives. Et dans la ville elle-même, le Dr Linch – le seul de nos médecins à avoir survécu à la tentative de sortie – a installé une version réduite de son ancien hôpital de campagne. Son matériel se limitait à une poignée de scalpels et de scies, à quelques flacons de brandy médicinal et d’opium liquide et à des aiguilles qu’il avait récupérées avec du fil dans les ruines d’une boutique de tailleur. Il a fait bouillir de l’eau sur un fourneau dans lequel il brûlait des débris de meubles.
Plus ou moins vaincu par son propre épuisement, il m’a regardé d’un air distrait quand je lui ai amené Julian. J’ai dû lui rappeler l’urgence de son travail et la nécessité de sauver la vie de Julian.
Il a hésité, puis hoché la tête. En portant Julian dans la carcasse de l’ancien hôpital de campagne, je suis passé devant des cadavres empilés comme des cordes de bois pour un feu de joie. Linch a examiné Julian à la lueur d’une lanterne.
« La blessure à l’épaule est superficielle, a-t-il annoncé. Celle au visage est plus grave. La balle lui a arraché une partie de la joue et fracassé deux molaires. Et encore, il a de la chance, ça aurait pu être pire. » Il a marqué un temps d’arrêt et souri… d’un sourire sans joie, amer, tel que j’ai espéré ne plus jamais en revoir. « Je pense qu’il pourrait s’en remettre, si nous avions de la nourriture à lui donner, ou de la véritable chaleur, ou un abri.
— Vous allez lui recoudre la joue, en tout cas ?
— Non. Il y a des hommes qui souffrent bien davantage et qui méritent mes soins… et inutile de mentionner le nom Comstock comme si ça donnait le moindre droit à ma compassion. Si vous voulez qu’il soit recousu, Adam Hazzard, occupez-vous-en vous-même. Vous m’avez aidé assez souvent : vous savez comment on fait. »
Il m’a donné une aiguille et du fil et m’a laissé une lanterne.
Julian est resté sans connaissance tandis que je m’occupais de lui, même s’il a gémi une fois ou deux. Ce n’était pas agréable de traverser sa peau lacérée avec une aiguille et du fil… d’essuyer le sang afin de pouvoir évaluer mon travail… puis de recommencer… et de recommencer encore, jusqu’à ce qu’une grossière couture resserrât les tissus de manière efficace sinon élégante. Je n’ai rien pu faire pour ses dents fêlées ou brisées, à part, sur la suggestion du Dr Linch, appliquer une compresse de coton sur la zone endommagée. Beaucoup de sang a coulé durant cet exercice : j’en avais les vêtements recouverts et il manquait à Julian, qui respirait avec peine.
En revenant, le Dr Linch lui a administré une légère préparation opiacée. J’ai passé les heures les plus noires au chevet de Julian, en tisonnant le poêle quand le vent nocturne était trop vif.
Au matin, le bombardement a repris avec une vigueur nouvelle, comme si les Hollandais voulaient punir l’impudence de notre tentative d’évasion. Ou peut-être étaient-ils simplement impatients de tuer les derniers d’entre nous pour pouvoir reprendre leurs activités normales.
Julian a craché des caillots de sang jusqu’à midi. Sa détresse était palpable, mais il ne pouvait pas parler. Il a fini par me faire signe de lui donner du papier et un crayon.
J’ai l’habitude d’avoir de tels articles par-devers moi, comme il se doit pour un auteur[86], aussi les lui ai-je tendus.
En capitales tremblantes, il a demandé
ENCORE DE L’OPIUM.
Je suis allé solliciter le Dr Linch, dont j’ai rapporté de mauvaises nouvelles au chevet de mon ami. « Il reste très peu d’opium, Julian. Le médecin le réserve pour les cas les plus graves. »
ENCORE,
a écrit Julian.
« Il n’y en a plus… tu ne m’as pas entendu ? »
Il était horrible à voir, maigre comme une brindille, blanc comme un linge, ses blessures brunes de vieux sang, des caillots dans sa poussiéreuse barbe blonde. Ses yeux ont roulé dans leurs orbites.
J’AURAIS MIEUX FAIT DE MOURIR,
a-t-il écrit.
Au bout d’un moment, il s’est toutefois endormi.
Le lendemain, nos troupes encore en vie se sont repliées sur leur dernière position défensive, un périmètre resserré autour de la ville. Autrement dit, le nœud coulant avait fini par se refermer sur nous. Le mot « reddition » a été prononcé, mais nous n’en étions pas encore là… Pas tant qu’il restait des biscuits militaires… même s’ils ne dureraient guère.
J’en ai ramolli un dans de l’eau jusqu’à ce qu’il fût complètement imbibé avant d’en lâcher des petits morceaux sur la langue de Julian, seul moyen pour lui de manger dans son état. Il a pris quelque nourriture de cette manière, mais l’a refusée quand la douleur est devenue intolérable.
Je lui ai demandé s’il avait des ordres pour les hommes.
AUCUN ORDRE (a-t-il écrit)
IL NE RESTE RIEN
POURQUOI VOUDRAIENT-ILS MES ORDRES ?
« Parce que tu es leur chef, Julian. D’accord, notre attaque a échoué, mais les hommes voient bien que c’était une noble tentative… et qu’ils n’auraient pas fait mieux sans toi. »
ÉCHEC
« Les Hollandais avaient reçu des renforts. Ce n’est la faute de personne si nous n’avons pas pu l’emporter. C’était une magnifique tentative, et c’est ainsi qu’on s’en souviendra. »
STUPIDE
PERSONNE POUR S’EN SOUVENIR
NOUS NE SORTIRONS PAS D’ICI VIVANTS.
« Ne dis pas ça ! l’ai-je supplié. Nous rentrerons chez nous… il le faut ! Calyxa a besoin de moi… elle a des problèmes avec le Dominion. Peut-être ce diacre du Colorado veut-il la torturer. Et puis, elle est… bon, je ne l’ai encore dit à personne, Julian, mais… elle va avoir un enfant ! »
Il m’a regardé fixement. Puis il a repris le crayon et le papier.
DE TOI ?
« Évidemment !… De qui d’autre ? »
Il a écrit après un nouveau temps d’arrêt :
BONNE NOUVELLE
FÉLICITATIONS
SOURIRAIS SI JE POUVAIS
BIEN SÛR QUE TU RENTRERAS CHEZ TOI
« Merci, Julian. Tu rentreras avec moi et nous verrons naître ce bébé. Tu seras son oncle, en fait, et tu pourras le prendre sur tes genoux pour lui donner de la compote, si tu veux. »
PARRAIN ?
« Oui, si tu acceptes de l’être. »
FERAI RIEN DE PLUS RELIGIEUX,
a-t-il écrit, avant de se laisser aller sur les lattes en bois qui lui servaient de lit. Ses yeux se sont fermés et des fluides rosâtres ont suinté de ses blessures.
8
Le lendemain semblait devoir être notre dernier jour sur terre, malgré l’optimisme que j’avais essayé d’insuffler à Julian. Le bombardement de Striver s’est intensifié. Les tirs de barrage hollandais atteignaient la ville dans ses moindres recoins et en m’occupant de Julian, j’ai souvent baigné dans du plâtre tombé du plafond.
86
Même s’il possède une machine à écrire, car celle-ci n’est pas commode à transporter dans sa poche.