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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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— Pas encore… Ils sont trop hauts. Et quand ils le feront, ils ne viseront pas les cerfs-volants, plus ou moins invisibles, mais ce que ceux-ci transportent. »

Le préposé en chef aux lignes a lu à voix haute des nombres inscrits sur son énorme dévidoir, précédemment calibré pour jauger la longueur de ligne déroulée. Ses camarades se sont vraisemblablement calés sur lui tandis que Julian brassait des chiffres avec un crayon et un bloc de papier[85] et que, sur les dévidoirs fixés au sol, les ficelles de chanvre ruaient et chantaient.

Julian a fini par arriver au bout de ses calculs et donner l’ordre de « détendre ». Les préposés aux lignes ont laissé la ficelle se dérouler encore un peu avant d’immobiliser les dévidoirs avec des cales en bois.

La toxique cargaison lumineuse a glissé plus près de l’infanterie ennemie et de nouveaux coups de feu ont retenti.

Ils ont ensuite crû en volume et en intensité. En regardant l’étendue plate sur laquelle campaient les Hollandais, j’ai vu les flammes de départ des fusils, comme la lueur des éclairs à l’intérieur d’un nuage d’orage… un grand et large crépitement de coups de fusil, d’une terrible véhémence.

Les manieurs de tubes ont augmenté leur hululement à une note aiguë contre nature. J’imagine que tout cela a impressionné les Mitteleuropéens… cela commençait d’ailleurs à m’impressionner moi-même. Bien que visant les cerfs-volants, les fusils hollandais étaient plus ou moins braqués dans notre direction et le ciel s’est mis à lâcher des balles tout autour de nous, pas toujours sans dommages. Le plomb tombait comme de la grêle sur les talus de terre.

Dans le ciel à l’est de notre position, les cibles flottantes lumineuses tressautaient et dansaient quand elles étaient touchées encore et encore.

Je me suis représenté en esprit ce qui devait se produire sur le champ de bataille. Je me suis souvenu que les Hollandais avaient intercepté la lettre confiée par Julian au soldat Langers et qu’il s’agissait de leur point de vue non d’un effet scénique, mais du résultat d’un (selon les termes de Julian tels que je les avais retranscrits) DISPOSITIF INFERNAL ET SATANIQUE, insidieux dans ses EFFETS SUBSISTANTS. Chaque outre percée et finalement détruite par les volées de balles lâchait dans l’air nocturne son désagréable contenu, qui tombait sur les fantassins apeurés comme une épouvantable rosée.

« Lumière à l’est sur l’horizon, mon général », a bientôt signalé à Julian un adjudant-major. J’ai en effet constaté un éclaircissement dans cette direction, l’éclat de l’air qui annonce l’aube.

« Ramenez ! » a ordonné Julian.

Ces premières lueurs, même faibles, rendaient plus visible le champ de bataille. Quelques-uns des Cerfs-Volants Noirs avaient été trop abîmés pour continuer à servir, ou bien des balles avaient sectionné leurs lignes, et ceux-là étaient tombés comme d’énormes chauves-souris blessées au milieu des Hollandais. Les troupes mitteleuropéennes ne prêtaient cependant que peu d’attention aux cerfs-volants à terre… En fait, la plupart couraient sans but.

J’ai essayé de m’imaginer à la place d’un de ces soldats et de voir les choses comme lui. Un gémissement lugubre le sort de son sommeil troublé et le voilà qui se retrouve dans le noir avec des Lumières Volantes bizarres en train de descendre en nombre sur son camp. Toutes sortes de peurs et de fantasmes cherchent à attirer son attention. Il se réjouit qu’on donne l’ordre de tirer à volonté, il soulève son fusil hollandais – disons que ce soldat est tireur d’élite – et lâche balle après balle sur les inquiétantes cibles au-dessus de lui. Peu importe qu’il ne les atteigne pas : mille autres font exactement comme lui.

Ces coups de feu lui redonnent courage. Sauf qu’il ne tarde pas à déceler une certaine odeur infecte, désagréable mais impossible à identifier, composée (il n’en sait cependant rien) de tous les poisons expédiés dans les airs par les hommes de Julian : poudres raticides, solvants à peinture, soude à savon, déchets hospitaliers… une goutte de quelque chose tombe sur une portion de peau nue et le picote ou le brûle. Il plisse à nouveau les paupières pour explorer du regard le ciel nocturne ; ses yeux sont inondés de produits caustiques ; ses larmes coulent malgré lui, il ne voit plus rien…

Ces outres ne contenaient pas suffisamment de toxines et de poisons pour tuer une armée de Hollandais, peut-être même pas pour en tuer un seul, sauf heureux coup du sort. Notre hypothétique soldat s’étouffe toutefois, il sue, il s’imagine assassiné ou du moins mortellement contaminé. Ce n’est pas une menace qu’il peut endiguer ou affronter. Elle sort de la nuit comme une calamité surnaturelle. Il ne peut en fin de compte que la fuir à toutes jambes.

Il n’est pas le seul à aboutir à cette conclusion.

Quand j’ai regardé le camp adverse, j’y ai vu le chaos. Le lever du jour ne pouvait en rien dissiper les craintes si habilement suscitées par Julian. Qui n’en avait d’ailleurs pas terminé. « Feu aux obus », a-t-il crié, ordre qui a été promptement transmis à nos batteries d’artillerie. De toute évidence, Julian avait ordonné qu’on remplît certains obus d’un mélange (comme il me l’a ensuite décrit) de poudre antipuces et de teinture rouge. Ceux-là ont explosé en énormes nuages de poudre ambre, que le vent a emportés en gros tourbillons au milieu de l’infanterie ennemie… nuages inoffensifs, mais que les Hollandais ont imaginés pleins d’un puissant poison et qu’ils ont fuis comme ils n’auraient jamais fui un barrage d’artillerie conventionnel.

Les commandants mitteleuropéens passaient à cheval entre les hommes en essayant de rallier leurs troupes, mais il est vite devenu clair que le centre hollandais s’était effondré, ouvrant la place à une progression américaine.

Julian a aussitôt ordonné l’attaque. Quelques instants plus tard, tout un régiment d’infanterie américain, capuchon de soie noire sur la tête, a jailli de nos tranchées comme de nos ravelins avec des hurlements féroces tout en brandissant des fusils Pittsburgh et quelques très précieuses Balayeuses de Tranchées.

Le commandant hollandais a paniqué et jeté toutes ses forces contre nous pour essayer de tenir le centre. Julian, qui avait prévu cette réaction, s’est dépêché de lancer notre cavalerie sur les flancs ennemis. Nos cavaliers étaient aussi affamés que leurs montures, mais leur charge a été efficace. D’autres Balayeuses de Tranchées ont été braquées. Le soleil fade, quand il a enfin crevé l’horizon, a jeté ses rayons sur un sanglant carnage.

Toute notre armée était en passe de s’évader, l’infanterie et la cavalerie devant, les chariots de ravitaillement et les blessés transportables derrière, protégés en queue par d’autres fantassins et cavaliers. « Avec moi, Adam ! » a crié Julian. On nous a amenés deux étalons aux côtes saillantes, sellés et équipés de provisions comme de munitions, et nous sommes partis au galop vers l’est derrière un courageux déploiement de drapeaux de régiment.

Il m’était bien entendu déjà arrivé d’assister à des batailles désespérées, mais celle-ci avait quelque chose de particulièrement cru et horrible.

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85

Aujourd’hui encore, je ne comprends pas comment Julian a pu estimer la position des cerfs-volants à partir de leur altitude apparente sur l’horizon et de la longueur de ligne déroulée. Cela ressemblait à de la magie noire, même si cela se faisait avec des chiffres et non des sorts, des pattes de crapaud ou autres bricoles occultes.

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