La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
Qu’il aille au diable ! Bon débarras !
— Vous en empêcher ? Jamais cela ne me viendrait à l’esprit. Allez-y, Nid. Si vous pensez être plus heureux, allez-y. Pourquoi vous en empêche-rais-je ? Qu’est-ce que cela peut bien changer maintenant ?
— Peut-être rien pour vous, dit Delagard en souriant, mais pour moi cela changera beaucoup de choses. Je suis tellement fatigué, doc. J’avais la tête pleine de grands rêves. Je formais des tas de projets et, pendant longtemps, tout a bien marché. Jusqu’à ce que je décide de venir ici. Et tout s’est effondré. Moi aussi, je me suis effondré. Et merde ! Je n’ai plus qu’une seule envie, me reposer.
— Vous voulez dire vous tuer ?
— C’est vous qui pensez cela. Mais jamais je ne me tuerai. Je suis las d’être le capitaine de ce navire et de dire aux gens ce qu’ils doivent faire, surtout quand je me rends compte que moi-même je ne sais pas ce que je fais. J’en ai marre, doc. Je vais y aller.
Les yeux de Delagard étincelaient d’une énergie toute nouvelle.
— En fait, poursuivit-il, c’est peut-être pour cela que je voulais venir ici depuis le début. Mais je viens seulement de le comprendre. La Face nous avait peut-être envoyé Jolly pour tous nous conduire à elle… Mais il a fallu quarante ans et seule une poignée d’entre nous est arrivée jusqu’ici. Au revoir, doc, au revoir Sundira, ajouta-t-il d’un ton presque enjoué. Venez donc me rendre visite un de ces jours.
Ils le regardèrent partir.
— Et voilà, dit Lawler, il ne reste plus que nous deux.
Et ils éclatèrent de rire. Que faire d’autre que rire dans leur situation ?
La nuit tomba : une nuit de comètes et de prodiges, de lumières éblouissantes aux mille couleurs flamboyantes. Lawler et Sundira restèrent sur le pont pendant que l’obscurité s’installait, tranquillement assis à côté du grand mât, n’échangeant que de rares paroles. Il se sentait engourdi, usé par tout ce qui s’était passé dans la journée. Elle demeurait silencieuse, trop fatiguée pour parler.
Des gerbes multicolores crépitaient dans le ciel. Les nouveaux venus fêtent leur arrivée, songea Lawler. Les auras de ses anciens compagnons de bord semblaient étinceler au firmament. Cette grande traînée d’un bleu si vif, était-ce Delagard ? Et cette chaude lumière couleur d’ambre : Quillan ? Cette massive colonne écarlate représentait-elle Kinverson ? Et cette grande tache d’or en fusion, juste au-dessus de l’horizon, était-ce Pilya Braun ? Et Felk… Tharp… Neyana… Lis… Ghar-kid…
Il avait l’impression qu’ils étaient tout près de lui. Le ciel rayonnait de couleurs éclatantes. Mais il avait beau tendre l’oreille, il n’entendait pas leurs voix. Tout ce qu’il percevait, c’était une chaude harmonie de sons indifférenciés.
Sur l’horizon qui allait s’obscurcissant, l’agitation frénétique de la végétation de l’île se poursuivait sans relâche. Tout croissait, se tortillait et frémissait en projetant sur le fond assombri du ciel des gerbes d’énergie lumineuse. Des flots de lumière s’élevaient vers la voûte céleste. Jamais il n’y avait un moment de repos. Lawler et Sundira contemplèrent le spectacle pendant une grande partie de la nuit. Puis il se leva.
— As-tu faim ? demanda-t-il.
— Absolument pas.
— Moi non plus. Mais nous pouvons aller dormir un peu.
— D’accord.
Elle tendit la main vers lui et il l’aida à se relever. Ils restèrent un moment serrés l’un contre l’autre devant le bastingage, le regard fixé sur l’île, au fond de la crique.
— Sens-tu cette force qui nous attire ? demanda-t-elle.
— Oui. Elle est toujours là… Je crois qu’elle attend son heure. Elle attend le moment où elle pourra nous prendre au dépourvu.
— J’ai la même sensation que toi. Elle n’est plus aussi forte qu’au début, mais je sais que ce n’est qu’une illusion. Je suis obligée de ne jamais relâcher ma vigilance.
— Je me demande pourquoi nous avons été les seuls à pouvoir résister à cette envie d’y aller, dit Lawler. Est-ce parce que nous sommes plus forts, mieux équilibrés que les autres, mieux à même de nous satisfaire de notre propre identité ? Ou bien simplement parce que nous avons tellement pris l’habitude de nous sentir étrangers à la société qu’il nous est impossible de nous fondre dans un esprit collectif.
— Te sentais-tu vraiment si étranger quand tu vivais à Sorve, Val ?
— Le mot est peut-être trop fort, répondit-il après un instant de réflexion. J’appartenais à la communauté de l’île et elle faisait partie de ma vie. Mais je n’y appartenais pas tout à fait comme la plupart des autres. Je restais toujours un peu en retrait.
— C’était pareil pour moi à Khamsilaine. Je n’ai jamais beaucoup vécu en groupe.
— Moi non plus.
— Et je n’en ai jamais eu envie. Certains aimeraient bien, mais ils ne peuvent pas. Gabe Kinverson était aussi solitaire que nous, sinon plus. Mais d’un seul coup, il a refusé de supporter plus longtemps cette solitude. Et maintenant, il vit dans la Face. Cela me donne le frisson de penser que je pourrais munir à un esprit qui n’a rien d’humain.
— Jamais je n’ai compris cet homme, dit Lawler.
— Moi non plus. Pourtant j’ai essayé, mais il était toujours bloqué. Même au lit.
— C’est une chose que je n’ai pas besoin de savoir.
— Excuse-moi.
— Je t’en prie.
— Il ne reste plus que nous deux, dit-elle en se serrant contre lui. Les naufragés du bout du monde, seuls sur un navire sans équipage. Très romantique, même si cela ne doit pas durer longtemps. Qu’allons-nous faire, Val ?
— Nous allons descendre et passer une folle nuit d’amour. Nous pouvons prendre le grand lit, celui de la cabine de Delagard.
— Et après ?
— Attendons d’être à demain pour nous demander de quoi demain sera fait.
9
Il s’éveilla juste avant l’aube. Sundira dormait paisiblement, le visage aussi lisse et frais que celui d’une enfant. Lawler sortit sans bruit de la cabine et monta sur le pont. Le soleil commençait à peine à poindre et la féerie de couleurs émise sans relâche par la Face semblait quelque peu adoucie, beaucoup moins flamboyante que la veille. Il sentait encore tout autour du crâne les picotements de l’attraction qu’elle exerçait, mais il ne s’agissait vraiment plus que de picotements.
Les formes des anciens compagnons de Lawler se déplaçaient sur le rivage.
Son attention se porta sur eux. Malgré la distance, il lui était facile de les reconnaître : l’imposant Kinverson et le petit Tharp ; Delagard, tout râblé et Felk, avec ses jambes arquées. Le père Quillan, tout en os et en nerfs. Gharkid, plus basané que les autres, d’une légèreté de spectre. Et les trois femmes, la plantureuse Lis, la robuste Neyana aux épaules carrées, la souple et gracieuse Pilya. Que faisaient-ils ? Ils barbotaient au bord de l’eau ? Non, non. Ils s’avançaient dans la crique, ils venaient vers lui, ils retournaient au navire ! Tous. Marchant tranquillement, sans se presser, dans l’eau encore peu profonde, ils se dirigeaient vers la Reine d’Hydros.
Lawler sentit un frisson d’angoisse parcourir son corps. Il avait l’impression de voir un cortège de morts avancer vers lui.
Il descendit dans l’entrepont et alla réveiller Sundira.
— Ils reviennent, lui dit-il.
— Quoi ? De qui parles-tu ? Ah ! Ah !
— Ils sont tous là. Ils nagent vers le navire. Elle hocha doucement la tête, comme s’il n’y avait rien de plus facile à accepter que l’idée du retour des enveloppes physiques de leurs anciens camarades de bord dont les âmes avaient été absorbées par une entité inconcevable. Elle n’est peut-être pas encore complètement réveillée, songea Lawler. Mais elle se leva d’un bond et monta sur le pont avec lui. Les formes étaient dans l’eau, tout autour de la coque, se laissant porter par l’onde. Lawler se pencha par-dessus le bastingage.