La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
Lawler dévala l’échelle et se précipita vers l’arrière, Delagard sur ses talons.
— Qu’est-ce que vous faites, Gabe ? s’écria Lawler. Lâchez-le, voyons.
— Si je le lâche, il part sur la Face. C’est lui qui l’a dit, docteur. Mais, si c’est ce que vous voulez.
Quillan avait un air extatique, avec le regard fixe et vitreux d’un somnambule. Ses pupilles étaient dilatées et sa peau était si livide qu’il semblait avoir été vidé de tout son sang. Il avait les lèvres retroussées en un étrange rictus.
— Il marchait sur le pont comme s’il avait complètement perdu la tête, expliqua Kinverson. Il n’arrêtait pas de répéter : « Aller sur la Face… aller sur la Face. » Quand je l’ai vu commencer à grimper sur le plat-bord, je l’ai retenu et il s’est mis à me frapper. Bon Dieu ! je n’aurais jamais cru qu’il pourrait taper si fort. Mais ça va mieux, il s’est un peu calmé.
— Essayez de le lâcher, dit Lawler. Nous verrons bien ce qu’il fait.
Avec un haussement d’épaules, Kinverson lâcha le prêtre qui commença aussitôt, les yeux illuminés comme par une lumière intérieure, à le repousser vers le bastingage.
— Vous voyez ? dit le pêcheur.
Delagard s’avança en roulant des épaules. Il avait l’air sonné, mais encore déterminé. Il fallait maintenir l’ordre à bord.
— À quoi jouez-vous ? demanda-t-il en refermant la main sur le poignet du prêtre. Qu’est-ce que c’est que ces manigances ?
— Débarquer… La Face… Sur la Face…
Le sourire extatique de Quillan s’élargit tellement qu’il sembla que ses joues allaient éclater.
— Le dieu me demande… Le dieu de la Face…
— Seigneur ! souffla Delagard, le visage marbré par la colère. Qu’est-ce que vous racontez ? Vous allez mourir si vous partez là-bas ! Vous ne comprenez donc pas qu’il n’est pas possible d’y vivre. Regardez donc cette lumière qui sort de partout. C’est un endroit inhabitable ! Secouez-vous ! Secouez-vous donc !
— Le dieu de la Face…
Quillan se débattit pour échapper à l’étreinte de Delagard et il parvint à se dégager. Le prêtre fit deux pas rapides vers le bastingage, mais Delagard le rattrapa. Il le tira en arrière et le gifla si violemment que la lèvre de Quillan se mit à saigner. Le prêtre le regarda, l’air hébété et l’armateur leva derechef la main.
— Non, dit Lawler. Il est en train de sortir de sa transe.
De fait, quelque chose changeait dans les yeux du prêtre. L’éclat intense diminuait et le regard perdait de sa fixité. Il semblait encore étourdi, mais pleinement conscient et il clignait des yeux pour chasser sa confusion. Il leva lentement la main et frotta son visage à l’endroit où Delagard l’avait frappé. Il secoua la tête et ce mouvement se transforma en un frisson convulsif qui parcourut tout son corps. Puis il se mit à trembler et des larmes lui montèrent aux yeux.
— Mon Dieu ! murmura-t-il. J’allais vraiment me jeter par-dessus bord. C’est bien ce que je voulais faire, hein ? J’étais attiré. Je sentais qu’elle m’attirait.
Lawler hocha la tête. Il avait soudain l’impression d’éprouver la même chose. Une pulsation, un battement dans sa tête. Quelque chose de bien plus fort que la légère tentation, la bouffée de curiosité qu’il avait éprouvées la veille au soir en même temps que Sundira. C’était une puissante pression mentale, une force qui l’attirait vers la côte sauvage s’étendant derrière la ligne des brisants.
Il chassa ces idées avec un mouvement d’agacement. Il était en train de devenir aussi cinglé que Quillan.
Le prêtre parlait encore de l’attraction qui s’était exercée sur lui.
— Il m’était impossible d’y résister. Elle m’offrait la chose que j’ai cherchée toute ma vie. Heureusement que Gabe est intervenu à temps.
Le prêtre tourna vers Lawler un regard égaré dans lequel se lisait un mélange de terreur et d’ahurissement.
— Vous aviez raison hier, doc. Ce serait du suicide. J’avais l’impression d’être appelé par Dieu, ou plutôt par une sorte de dieu. Mais c’était le diable, ce ne pouvait être que le diable. Nous sommes aux portes de l’enfer. Je croyais que c’était le paradis, mais c’est l’enfer…
La voix commençait à lui manquer, mais il se reprit et c’est d’un ton plus ferme qu’il s’adressa à Delagard.
— Je vous demande de nous emmener loin d’ici. Notre âme y est en danger et, même si vous ne croyez pas que nous ayons une âme, songez au moins que notre vie est en péril. Si nous restons encore…
— Ne vous inquiétez pas, dit Delagard, nous n’allons pas rester. Nous allons mettre les voiles dès que possible.
Quillan ouvrit la bouche et ses lèvres dessinèrent un o de surprise.
— Moi aussi, j’ai eu une petite révélation, mon père, poursuivit Delagard d’un ton las, et elle va dans le même sens que la vôtre. Ce voyage a été une connerie monumentale, si vous me passez l’expression. Nous n’avons rien à faire ici et je tiens autant que vous à foutre le camp.
— Je ne comprends pas. Je pensais… que vous…
— Arrêtez donc de penser, répliqua Delagard. Il est parfois très mauvais de trop penser.
— Vous avez dit que nous allions repartir ? demanda Kinverson.
— Absolument, répondit Delagard avec un regard de défi.
Il avait le visage encore rouge de déception, mais il semblait presque amusé par l’ampleur du désastre qui le frappait. Il redevenait lentement lui-même et une sorte de petit sourire joua sur ses lèvres.
— Oui, nous allons foutre le camp.
— Pas de problème, dit Kinverson. Quand vous voulez.
L’attention de Lawler fut brusquement attirée par quelque chose d’étrange et il tourna vivement la tête.
— Avez-vous entendu ce son ? Il y a quelques secondes. On aurait dit quelqu’un qui s’adressait à nous depuis la Face.
— Comment ? Où ça ?
— Ne bougez pas et ouvrez grandes vos oreilles. Cela vient de la Face. Monsieur le docteur. Monsieur le capitaine. Monsieur le prêtre.
Lawler imita la voix aiguë, fragile et douce avec une grande fidélité.
— Vous entendez ? Je suis avec la Face maintenant, monsieur le capitaine. Monsieur le docteur. Monsieur le prêtre. C’est comme s’il était là, juste à côté de nous.
— Gharkid ! s’écria Quillan. Mais comment… Où est-il ?
D’autres arrivaient sur le pont : Sundira, Neyana et Pilya Braun. Puis vinrent Dag Tharp et, un peu après, Onyos Felk. Tous semblaient ahuris par ce qu’ils venaient d’entendre. La dernière à apparaître fut Lis Niklaus, avançant d’un pas étrangement traînant et mal assuré. Elle lança le bras en l’air, l’index pointé vers le ciel, comme si elle avait voulu le crever.
Lawler leva la tête. Et il vit ce que montrait Lis Niklaus. Les couleurs qui tourbillonnaient dans le ciel étaient en train de se fixer dans une certaine forme… la forme du visage sombre et énigmatique de Natim Gharkid. Une image géante du mystérieux petit homme était suspendue au-dessus d’eux, éclatante, inexplicable.
— Où est-il ? s’écria Delagard d’une voix pâteuse. Comment peut-il faire ça ? Faites-le descendre ! Gharkid ! Gharkid !
L’armateur se mit à gesticuler furieusement.
— Allez le chercher ! Que tout le monde fouille le navire ! Gharkid !
— Il est dans le ciel, dit Neyana Golghoz d’une voix douce, comme si cela expliquait tout.