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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Le commissaire adresse un signe de la main à un homme en uniforme qui soulève lentement le linceul. Raphaël reste debout, figé au-dessus de la dépouille.

Face au visage du gamin, le plus jeune des trois frères.

Le plus beau des trois frères.

Une gueule d’ange.

Un ange qui a souffert le martyre.

Son poing serré sur le trousseau de clefs. Sur la liberté.

Raphaël pose un genou à terre et caresse doucement le front écorché de son frère.

Dans un silence absolu. Dans la lumière tranchante des projecteurs.

Il lui parle.

Mais personne n’entendra un son sortir de sa bouche crispée.

Personne ne verra une larme naître dans ses yeux.

Personne n’entendra sa douleur, infinie. Le vacarme qui envahit son crâne.

Personne ne saura ce qu’ils se disent.

Je suis fier de toi, mon frère.

J’aurais dû être à ta place. J’aurais dû te protéger. Mourir pour toi.

Pardon, Will.

Raphaël se relève pour faire face aux troupes ennemies.

Aucun de ces hommes n’ose parler. Aucun n’ose le presser, lui commander d’avancer. Ou même le toucher. C’est lui qui marche vers son destin, la tête haute. Le visage impassible. Aussi dur que l’acier des barreaux qui se refermeront bientôt sur lui.

Alors qu’il va pour monter dans le fourgon, Sandra échappe à l’emprise de son gardien et se met en travers de sa route.

Ils se dévisagent un instant puis elle vient se coller contre lui. Comme si elle était heureuse de le retrouver.

Peut-être simplement parce qu’elle ne sait plus où aller.

Puisqu’elle a perdu son unique jalon.

— Tu vois, je leur ai dit où te trouver, murmure-t-elle.

Elle a la voix d’une enfant.

— C’est trop tard, rétorque sèchement Raphaël.

Il la repousse avant de poursuivre :

— Tu te souviens ce que je t’ai dit le premier soir ?

Bien sûr qu’elle s’en souvient.

« Si Will meurt, tu meurs. »

— Mais c’est la taule qui va s’en charger, ajoute Raphaël. Lentement. Inexorablement. J’aurai même pas à me salir les mains.

Un mois et sept jours plus tard

CHAPITRE 64

Raphaël entre dans la petite pièce qui sent le désinfectant.

Il porte un jean gris délavé, une chemise blanche impeccable et boutonnée jusqu’au col pour dissimuler ses brûlures.

Ses blessures.

Toujours à vif.

Rasé de près, cheveux coupés plus court qu’avant. Il a retrouvé sa prestance.

Son regard se pose d’abord sur celle qui le dévisage avec de l’admiration plein ses yeux d’enfant.

De l’admiration et de l’amour, il est prêt à le jurer.

Puis il s’intéresse à l’homme qui l’accompagne. Visiblement mal à l’aise de se retrouver ici.

Dans le parloir d’une célèbre maison d’arrêt.

— Bonjour, monsieur Orgione. Je suis Michel Durieux, le père de Jessica.

— J’avais deviné, répond le braqueur en serrant la main hésitante que l’homme lui tend.

Jessica se précipite enfin vers lui et il écarte les bras pour la recevoir.

Il ne peut s’empêcher de sourire. Même s’il ne dira jamais le plaisir qu’il éprouve en cet instant.

Elle est venue. A dû franchir bien des obstacles pour arriver jusqu’ici. Jusqu’à lui.

Elle ne l’a pas oublié.

— On s’assoit ? propose Raphaël.

Ils s’installent sur les chaises en plastique autour de la minuscule table en Formica marron.

— Comment tu vas ? demande le braqueur.

— Ça va, prétend la jeune fille. Et vous ?

— Pareil.

Leur mensonge défie la vérité qui explose dans leurs yeux.

Mais ils ont si mal qu’ils ne sauraient trouver les mots pour le dire.

— Vous avez reçu mes lettres ? espère Jessica.

— Bien sûr. Merci… Tu sais, si je ne t’ai pas répondu, c’est parce que écrire, c’est pas trop mon truc.

— C’est pas grave !

Michel Durieux triture nerveusement la manche de son blouson.

— Jessica va voir un psy deux fois par semaine, explique-t-il. Et… Et il a dit que ce serait bon pour elle de vous revoir. Et puis… Elle voulait absolument vous rendre visite !

Raphaël agrafe ses yeux métalliques dans ceux du père. Il a l’air d’un bon type, d’un mec gentil et tendre. Il a dû morfler, lui aussi.

— Jessica nous a raconté tout ce que vous avez fait pour elle, ajoute Michel. Et je… je ne sais pas comment vous remercier.

Raphaël pressent que le père va se mettre à chialer, veut lui éviter ça.

— Elle s’en est sortie, ça me suffit, dit-il. Et puis je n’ai rien fait d’extraordinaire. Mon frère, si.

— Je sais, oui…

— Si vous voulez vraiment le remercier, vous pouvez aller fleurir sa tombe de temps en temps. Moi, je vais en être empêché pendant les trente prochaines années !

Un silence troublant s’installe dans la pièce exiguë.

— Je m’en occuperai, assure enfin Durieux. Comptez sur moi… Et Jessica témoignera en votre faveur.

Raphaël prend la main de la gamine dans la sienne. Il pourrait presque entendre son cœur palpiter.

— Merci, Jessie. Mais il ne faut pas que ce soit une épreuve, d’accord ?

— J’irai, affirme bravement l’adolescente. Je serai là et je leur dirai tout ce que vous avez fait pour me sauver. Je l’ai déjà dit aux keufs !

— Aux policiers, rectifie machinalement son père.

Le braqueur lâche la main de Jessica. C’est vrai que ça a l’air de lui faire du bien d’être là, en face de lui. Malgré l’étincelle de jalousie à peine visible dans l’œil du père.

Dont ils se foutent éperdument.

— Tu as repris l’école ?

— Non… J’y retournerai après les vacances.

— Les vacances ?

— C’est bientôt Noël !

Raphaël avait oublié.

— Ah oui, c’est vrai…

— On fête Noël en prison ?

Le braqueur a la gorge qui se serre douloureusement mais continue de sourire. Comme si de rien n’était.

— Bien sûr, ma puce.

Depuis qu’il est sorti de l’hôpital et entré ici, il a été placé à l’isolement. Et il sait que ce n’est que le début.

Qu’ils ne lui feront aucune faveur. Qu’il n’en demandera aucune.

C’est le jeu. Un jeu dont elle ignore les règles.

Bientôt, il sera jugé. Condamné, puis transféré dans une centrale. Une des plus dures du pays, bien sûr. Là encore, il passera de longues années en quartier d’isolement, sans voir personne, mis à part les surveillants. Avec une heure de promenade par jour dans une cour minuscule, isolée, grillagée jusqu’au ciel.

Ses yeux plongent dans ceux de la jeune fille. Il y voit les larmes qui ne vont pas tarder à couler. Il y voit l’émotion, intense. Ce qu’elle ressent pour lui. Un sentiment fort, vrai, désespéré.

Il y voit la douleur, les séquelles qu’elle subira à vie.

Pour elle aussi, ce sera perpétuité. Condamnée à souffrir éternellement.

Et c’est à cet instant précis qu’il prend la décision.

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