Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » История » Histoire de la Russie et de son empire
Histoire de la Russie et de son empire - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
1 ... 105 106 107 108 109 110 111 112 113 ... 376
Перейти на страницу:

Karamzine n’a aucun doute sur ce point : Vassili est traître à l’autocratie, dès lors qu’il promet de restreindre son pouvoir au profit des boïars ou, pour reprendre son expression, de « l’hydre aux mille têtes de l’aristocratie ». Peu importe que la promesse soit de pure forme et que le « serment sur la croix » n’empêche en rien Vassili Chouïski de se placer sous le signe de l’arbitraire le plus pur ! Ce qui compte, c’est le coup porté à la notion même de pouvoir absolu de droit divin. Nikolaï Karamzine a incontestablement raison : le tsar Vassili est un traître, mais sa trahison résulte de l’affaiblissement de l’État qui a perdu sa base la plus solide – le pouvoir autocratique du souverain ; ce fondement de l’État moscovite, bâti tout au long du XVIe siècle, vacille soudain. Le « serment sur la croix » de Vassili Chouïski est à la fois la conséquence et la cause de ces ébranlements souterrains.

L’élection de Vassili inaugure une période de sept ans durant laquelle les Troubles vont atteindre un point culminant : l’État moscovite s’y effondrera, pour entamer ensuite son redressement, se découvrant tout soudain des forces vitales aussi puissantes qu’insoupçonnées. Contemporain des événements, Abraham Palitsine résume de façon lapidaire la situation après l’avènement du tsar Vassili : « Et la Russie s’installa tout entière dans l’ambiguïté : d’un côté, ceux qui l’aimaient, de l’autre, ceux qui le haïssaient5. » Le drame du nouveau tsar est que bien peu l’affectionnent, alors qu’il a des ennemis en grand nombre. Moscou, d’abord, l’apprécie – sa populace du moins, qui a participé au renversement du Faux-Dmitri, au massacre et au pillage des « Polonais ». À Moscou, la « rue », pour reprendre l’expression d’un contemporain, est alors prête à changer de souverain chaque semaine, dans l’espoir de nouvelles opportunités de pillages.

La province, en revanche, toutes les « ukraines » (les marches) comme on dit alors, s’oppose activement au nouveau tsar. Les villes limitrophes de la Rzeczpospolita, puis tout le dikoïé polié, suivi de Toula, Riazan et des terres environnantes, rejettent toute idée de soumission à Moscou ; les régions situées à l’est de Riazan, dans l’Outre-Volga et l’Outre-Kama, font sécession, et Astrakhan se rebelle. Le patriarche Hermogène exhorte le peuple russe à prêter serment à Vassili, dans des missives diffusées à travers le pays : les Russes estiment, y lit-on, que « le prince Vassili Chouïski, comme ils disent, n’est l’élu que de Moscou, et que les autres villes, toujours d’après leurs dires, ne le connaissent pas ; le prince Vassili Chouïski, affirment-ils, ne nous convient pas pour tsar. » À quoi Hermogène répond. « À ce jour, ni Novgorod, ni Kazan, ni Astrakhan, ni Pskov, ni aucune autre ville n’ont donné de directives à Moscou, c’est Moscou, au contraire, qui a dicté ses ordres à toutes les cités. »

La province se dresse contre Moscou, les marches contre le centre. La faiblesse du pouvoir central, le déni de légitimité du nouveau tsar inversent le processus séculaire de rassemblement de l’État autour de Moscou. Le mécontentement à l’égard du tsar suscite une réaction paradoxale : on cherche, et on trouve – facilement –, un imposteur. « L’imposture, note Vassili Klioutchevski, était en passe de devenir le stéréotype de la pensée politique russe, dans lequel se déversait tout le mécontentement social6. »

Les contemporains des Troubles en ont une parfaite conscience. À peine trois semaines après son avènement, Vassili Chouïski entreprend d’organiser le transfert de la dépouille du tsarévitch Dmitri, d’Ouglitch à Moscou. Il veut ainsi confirmer le fait de l’assassinat et, par là même, l’usurpation de Grigori Otrepiev, prévenant ainsi – comme s’il pressentait que la chose fût possible – la renaissance de « Dmitri ». L’assassinat de l’imposteur, son écartèlement, l’incinération de son corps, ses cendres répandues aux quatre coins du monde semblent insuffisants. Énumérant les sévices infligés à la dépouille de l’imposteur, afin de l’anéantir, le poète Maximilian Volochine déclare, au nom de « Dmetrius Imperator » : « C’est alors que je devins innombrable… »

Les imposteurs poussent littéralement comme des champignons. Aucun pays au monde n’en a connu autant que la Russie. « Le premier Faux-Dmitri donna le signal, et l’imposture devint, pour l’État, une maladie chronique : dès lors, et presque jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, rares furent les règnes qui se déroulèrent sans apparition d’imposteurs7. » Spécialiste des utopies sociales et de leurs légendes, K. Tchistov voit dans l’imposture la concrétisation du mythe populaire russe des « libérateurs indestructibles »8.

Rien qu’à l’époque des Troubles, les historiens dénombrent douze imposteurs. Ils sont à ce point nécessaires qu’ils surgissent sans même se doter d’une raison d’être un peu valable. Le capitaine Margeret est le premier à relever l’apparition, parmi les Cosaques de la Volga, d’un « jeune prince se donnant le titre de tsar Pierre », qui serait un fils « authentique » du tsar Fiodor Ivanovitch et d’Irina Godounova. Or, Fiodor, on l’a vu, n’avait pas de fils et son seul enfant, une fille, était mort prématurément. La légende explique l’existence de ce fils miraculeux par le fait que, nouveau-né, il aurait été échangé contre une fille. Chaque détachement cosaque veut avoir son « tsarévitch » ; on voit ainsi apparaître un « très auguste prince Ivan », un Laurent, un Fiodor et beaucoup, beaucoup d’autres.

Mais l’imposteur numéro un, celui qu’on espère avec impatience, reste le « tsar Dmitri ». Son renversement, perçu par le peuple comme une trahison des boïars, ajoute encore à la popularité croissante de son nom. Peu après la mort du tsar « Dmitri », la rumeur se répand qu’il a survécu. Un rôle important est ici joué par Marina Mniszek. Elle a tout perdu mais elle est saine et sauve, et elle passe à l’action. Dans son Histoire de la Moscovie parue à Pistoia en 1627 (donc, immédiatement à la suite des événements), l’Italien Alexandre Cikki raconte : « Quand l’impératrice comprit que les troubles étaient un peu calmés et que certains lui étaient même restés fidèles, elle fit aussitôt répandre le bruit que le corps exposé sur la place publique n’était pas celui de son époux, mais la dépouille d’un homme qui lui ressemblait ; quant à lui, averti des projets de ses ennemis, il était parvenu à s’enfuir nuitamment, par quelque grille secrète9. »

L’année qui suit l’élection de Vassili peut être considérée comme un temps d’imposture sans imposteur. La province, qui se refuse à reconnaître le nouveau tsar, brandit l’étendard de la révolte et se cherche un « Dmitri ». Poutivl qui, trois ans plus tôt, était le grand-quartier général du premier Faux-Dmitri, devient le centre de la rébellion antimoscovite. Le prince Grigori Chakhovskoï, voïevode dépêché par Vassili, prend la tête des insurgés. Ivan Bolotnikov, l’une des figures les plus pittoresques du moment, vient lui porter une lettre du « tsar Dmitri ». D’origine noble, Bolotnikov s’était retrouvé serf du boïar Andreï Teliatevski ; enfui chez les Cosaques, il avait été fait prisonnier par les Turcs et condamné aux galères ; libéré par un navire allemand qui avait attaqué les Turcs, il s’était installé à Venise d’où, par la Hongrie et l’Allemagne, il avait gagné la Pologne, ralliant son ancien compagnon d’armes, le premier Faux-Dmitri, lui-même échappé de Moscou. Le Faux-Dmitri s’était présenté à Bolotnikov comme étant le « tsar Dmitri » et l’avait adressé à Chakhovskoï.

1 ... 105 106 107 108 109 110 111 112 113 ... 376
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)