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Le vicomte de Bragelonne Tome IV

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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Le bruit se répandit en ville, cette nuit, que le roi venait en grande hâte sur des chevaux de poste, et qu’il arriverait dans dix ou douze heures.

Le peuple, en attendant le roi, se réjouissait fort de voir les mousquetaires, fraîchement arrivés avec M. d’Artagnan, leur capitaine, et casernés dans le château, dont ils occupaient tous les postes en qualité de garde d’honneur.

M. d’Artagnan, qui était fort poli, se présenta vers dix heures chez le surintendant, pour lui offrir ses respectueux hommages, et, bien, que le ministre eût la fièvre bien qu’il fût souffrant et trempé de sueur, il voulut recevoir M. d’Artagnan, lequel fut charmé de cet honneur, comme on le verra par l’entretien qu’ils eurent ensemble.

Chapitre CCXLIV – Conseils d'ami

Fouquet s’était couché, en homme qui tient à la vie et qui économise le plus possible ce mince tissu de l’existence, dont les chocs et les angles de ce monde usent si vite l’irréparable ténuité.

D’Artagnan parut sur le seuil de la chambre et fut salué par le surintendant d’un bonjour très affable.

– Bonjour, monseigneur, répondit le mousquetaire; comment vous trouvez-vous de ce voyage?

– Assez bien. Merci.

– Et de la fièvre?

– Assez mal. Je bois, comme vous voyez. À peine arrivé, j’ai frappé sur Nantes une contribution de tisane.

– Il faut dormir d’abord, monseigneur.

– Eh! corbleu! cher monsieur d’Artagnan, je dormirais bien volontiers…

– Qui vous en empêche?

– Mais vous, d’abord.

– Moi? Ah! Monseigneur!…

– Sans doute. Est-ce que, à Nantes comme à Paris, vous ne venez pas au nom du roi?

– Pour Dieu! monseigneur, répliqua le capitaine, laissez donc le roi en repos! Le jour où je viendrai de la part du roi pour ce que vous voulez me dire, je vous promets de ne pas vous faire languir. Vous me verrez mettre la main à l’épée, selon l’ordonnance, et vous m’entendrez dire du premier coup, de ma voix de cérémonie: «Monseigneur, au nom du roi, je vous arrête»

Fouquet tressaillit malgré lui, tant l’accent du Gascon spirituel avait été naturel et vigoureux. La représentation du fait était presque aussi effrayante que le fait lui-même.

– Vous me promettez cette franchise? dit le surintendant.

– Sur l’honneur! Mais nous n’en sommes pas là, croyez-moi.

– Qui vous fait penser cela, monsieur d’Artagnan? Moi, je crois tout le contraire.

– Je n’ai entendu parler de quoi que ce soit, répliqua d’Artagnan.

– Eh! eh! fit Fouquet.

– Mais non, vous êtes un agréable homme, malgré votre fièvre. Le roi ne peut, ne doit s’empêcher de vous aimer au fond du cœur.

Fouquet fit la grimace.

– Mais M. Colbert? dit-il. M. Colbert m’aime-t-il aussi autant que vous le dites?

– Je ne parle point de M. Colbert, reprit d’Artagnan. C’est un homme exceptionnel, celui-là! Il ne vous aime pas, c’est possible; mais mordioux! l’écureuil peut se garer de la couleuvre, pour peu qu’il le veuille.

– Savez-vous que vous me parlez en ami, répliqua Fouquet, et que, sur ma vie! je n’ai jamais trouvé un homme de votre esprit et de votre cœur?

– Cela vous plaît à dire, fit d’Artagnan. Vous attendez à aujourd’hui pour me faire un compliment pareil?

– Aveugles que nous sommes! murmura Fouquet.

– Voilà votre voix qui s’enroue, dit d’Artagnan. Buvez, monseigneur, buvez.

Et il lui offrit une tasse de tisane avec la plus cordiale amitié; Fouquet la prit et le remercia par un bon sourire.

– Ces choses-là n’arrivent qu’à moi, dit le mousquetaire. J’ai passé dix ans sous votre barbe quand vous remuiez des tonnes d’or; vous faisiez quatre millions de pension par an, vous ne m’avez jamais remarqué; et voilà que vous vous apercevez que je suis au monde, précisément au moment…

– Où je vais tomber, interrompit Fouquet. C’est vrai cher monsieur d’Artagnan.

– Je ne dis pas cela.

– Vous le pensez, c’est tout. Eh bien! si je tombe, prenez ma parole pour vraie, je ne passerai pas un jour sans me dire, en me frappant la tête: «Fou! fou! stupide mortel! Tu avais M. d’Artagnan sous la main, et tu ne t’es pas servi de lui! et tu ne l’as pas enrichi!»

– Vous me comblez! dit le capitaine; je raffole de vous.

– Encore un homme qui ne pense pas comme M. Colbert, fit le surintendant.

– Que ce Colbert vous tient aux côtes! C’est pis que votre fièvre.

– Ah! j’ai mes raisons, dit Fouquet. Jugez-les.

Et il lui raconta les détails de la course des gabares et l’hypocrite persécution de Colbert.

– N’est-ce pas le meilleur signe de ma ruine?

D’Artagnan devint sérieux.

– C’est juste, dit-il. Oui, cela sent mauvais, comme disait M. de Tréville.

Et il attacha sur Fouquet son regard intelligent et significatif.

– N’est-ce pas, capitaine, que je suis bien désigné? N’est-ce pas que le roi m’amène bien à Nantes pour m’isoler de Paris, où j’ai tant de créatures, et pour s’emparer de Belle-Île?

– Où est M. d’Herblay, ajouta d’Artagnan.

Fouquet leva la tête.

– Quant à moi, monseigneur, poursuivit d’Artagnan, je puis vous assurer que le roi ne m’a rien dit contre vous.

– Vraiment?

– Le roi m’a commandé de partir pour Nantes, c’est vrai; de n’en rien dire à M. de Gesvres.

– Mon ami.

– À M. de Gesvres, oui, monseigneur, continua le mousquetaire, dont les yeux ne cessaient de parler un langage opposé au langage des lèvres. Le roi m’a commandé encore de prendre une brigade des mousquetaires, ce qui est superflu en apparence, puisque le pays est calme.

– Une brigade? dit Fouquet en se levant sur un coude.

– Quatre-vingt-seize cavaliers, oui, monseigneur, le même nombre qu’on avait pris pour arrêter MM. de Chalais, de Cinq-Mars et Montmorency.

Fouquet dressa l’oreille à ces mots, prononcés sans valeur apparente.

– Et puis? dit-il.

– Et puis d’autres ordres insignifiants, tels que ceux-ci: «Garder le château; garder chaque logis; ne laisser aucun garde de M. de Gesvres prendre faction.» De M. de Gesvres, votre ami.

– Et pour moi, s’écria Fouquet, quels ordres?

– Pour vous, monseigneur, pas le plus petit mot.

– Monsieur d’Artagnan, il s’agit de me sauver l’honneur et la vie, peut être! Vous ne me tromperiez pas?

– Moi!… et dans quel but? Est-ce que vous êtes menacé? Seulement, il y a bien, touchant les carrosses et les bateaux, un ordre…

– Un ordre?

– Oui; mais qui ne saurait vous concerner. Simple mesure de police.

– Laquelle, capitaine? laquelle?

– C’est d’empêcher tous chevaux ou bateaux de sortir de Nantes sans un sauf-conduit signé du roi.

– Grand-Dieu! mais…

D’Artagnan se mit à rire.

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