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Le vicomte de Bragelonne Tome IV

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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Le roi balbutia qu’il n’avait pas amené ses mousquetaires pour cela seulement.

– Oh! je le pense bien, dit vivement Fouquet; Votre Majesté sait trop bien qu’il lui suffit de venir seule une badine à la main, pour faire tomber toutes les fortifications de Belle-Île.

– Peste! s’écria le roi, je ne veux pas qu’elles tombent, ces belles fortifications qui ont coûté si cher à élever. Non! qu’elles demeurent contre les Hollandais et les Anglais. Ce que je veux voir à Belle-Île, vous ne le devineriez pas, monsieur Fouquet: ce sont les belles paysannes, filles et femmes, des terres ou des grèves, qui dansent si bien et sont si séduisantes avec leurs jupes d’écarlate! on m’a fort vanté vos vassales, monsieur le surintendant. Tenez, faites-les-moi voir.

– Quand Votre Majesté voudra.

– Avez-vous quelque moyen de transport? Ce serait demain si vous vouliez.

Le surintendant sentit le coup, qui n’était pas adroit, et il répondit:

– Non, Sire: j’ignorais le désir de Votre Majesté, j’ignorais surtout sa hâte de voir Belle-Île, et je ne me suis précautionné en rien.

– Vous avez un bateau à vous, cependant?

– J’en ai cinq; mais ils sont tous, soit au Port, soit à Paimbœuf, et, pour les rejoindre ou les faire arriver, il faut au moins vingt-quatre heures. Ai-je besoin d’envoyer un courrier? faut-il que je le fasse?

– Attendez encore; laissez finir la fièvre; attendez à demain.

– C’est vrai… Qui sait si demain nous n’aurons pas mille autres idées? répliqua Fouquet, désormais hors de doute et fort pâle.

Le roi tressaillit et allongea la main vers sa clochette; mais Fouquet le prévint.

– Sire, dit-il, j’ai la fièvre; je tremble de froid. Si je demeure un moment de plus, je suis capable de m’évanouir. Je demande à Votre Majesté la permission de m’aller cacher sous les couvertures.

– En effet, vous grelottez; c’est affligeant à voir. Allez, monsieur Fouquet, allez. J’enverrai savoir de vos nouvelles.

– Votre Majesté me comble. Dans une heure, je me trouverai beaucoup mieux.

– Je veux que quelqu’un vous reconduise, dit le roi.

– Comme il vous plaira; je prendrais volontiers le bras de quelqu’un.

– Monsieur d’Artagnan! cria le roi en sonnant de sa clochette.

– Oh! Sire, interrompit Fouquet en riant d’un air qui fit froid au prince, vous me donnez un capitaine de mousquetaires pour me conduire à mon logis? Honneur bien équivoque, Sire! Un simple valet de pied, je vous prie.

– Et pourquoi, monsieur Fouquet? M. d’Artagnan me reconduit bien, moi!

– Oui; mais, quand il vous reconduit, Sire, c’est pour vous obéir, tandis que moi…

– Eh bien?

– Moi, s’il me faut rentrer chez moi avec votre chef des mousquetaires, on dira que vous me faites arrêter.

– Arrêter? répéta le roi, qui pâlit plus que Fouquet lui-même, arrêter? oh!…

– Eh? que ne dit-on pas! poursuivit Fouquet toujours riant; et je gage qu’il se trouverait des gens assez méchants pour en rire?

Cette saillie déconcerta le monarque. Fouquet fut assez habile ou assez heureux pour que Louis XIV reculât devant l’apparence du fait qu’il méditait.

M. d’Artagnan, lorsqu’il parut, reçut l’ordre de désigner un mousquetaire pour accompagner le surintendant.

– Inutile, dit alors celui-ci: épée pour épée, j’aime autant Gourville, qui m’attend en bas. Mais cela ne m’empêchera pas de jouir de la société de M. d’Artagnan. Je suis bien aise qu’il voie Belle-Île, lui qui se connaît si bien en fortifications.

D’Artagnan s’inclina, ne comprenant plus rien à la scène.

Fouquet salua encore, et sortit affectant toute la lenteur d’un homme qui se promène.

Une fois hors du château:

– Je suis sauvé! dit-il. Oh! oui, tu verras Belle-Île, roi déloyal, mais quand je n’y serai plus.

Et il disparut.

D’Artagnan était demeuré avec le roi.

– Capitaine, lui dit Sa Majesté, vous allez suivre M. Fouquet à cent pas.

– Oui, Sire.

– Il rentre chez lui. Vous irez chez lui.

– Oui, Sire.

– Vous l’arrêterez en mon nom, et vous l’enfermerez dans un carrosse.

– Dans un carrosse? Bien.

– De telle façon qu’il ne puisse, en route, ni converser avec quelqu’un, ni jeter des billets aux gens qu’il rencontrera.

– Oh! voilà qui est difficile, Sire.

– Non.

– Pardon, Sire; je ne puis étouffer M. Fouquet, et, s’il demande à respirer, je n’irai pas l’en empêcher en fermant glaces et mantelets. Il jettera par les portières tous les cris et les billets possibles.

– Le cas est prévu, monsieur d’Artagnan; un carrosse avec un treillis obviera aux deux inconvénients que vous signalez.

– Un carrosse à treillis de fer? s’écria d’Artagnan. Mais on ne fait pas un treillis de fer pour carrosse en une demi-heure, et Votre Majesté me recommande d’aller tout de suite chez M. Fouquet.

– Aussi le carrosse en question est-il tout fait.

– Ah! c’est différent, dit le capitaine. Si le carrosse est tout fait, très bien, on n’a qu’à le faire aller.

– Il est tout attelé.

– Ah!

– Et le cocher, avec les piqueurs, attend dans la cour basse du château.

D’Artagnan s’inclina.

– Il ne me reste, ajouta-t-il, qu’à demander au roi en quel endroit on conduira M. Fouquet.

– Au château d’Angers, d’abord.

– Très bien.

– Nous verrons ensuite.

– Oui, Sire.

– Monsieur d’Artagnan, un dernier mot: vous avez remarqué que, pour faire cette prise de Fouquet, je n’emploie pas mes gardes, ce dont M. de Gesvres sera furieux.

– Votre Majesté n’emploie pas ses gardes, dit le capitaine un peu humilié, parce qu’elle se défie de M. de Gesvres. Voilà!

– C’est vous dire, monsieur, que j’ai confiance en vous.

– Je le sais bien, Sire! et il est inutile de le faire valoir.

– C’est seulement pour arriver à ceci, monsieur, qu’à partir de ce moment, s’il arrivait que, par hasard, un hasard quelconque, M. Fouquet s’évadât… on a vu de ces hasards-là, monsieur…

– Oh! Sire, très souvent, mais pour les autres, pas pour moi.

– Pourquoi pas pour vous?

– Parce que moi, Sire, j’ai un instant voulu sauver M. Fouquet.

Le roi frémit.

– Parce que, continua le capitaine j’en avais le droit ayant deviné le plan de Votre Majesté sans qu’elle m’en eût parlé, et que je trouvais M. Fouquet intéressant. Or j’étais libre de lui témoigner mon intérêt, à cet homme.

– En vérité, monsieur, vous ne me rassurez point sur vos services!

– Si je l’eusse sauvé alors, j’étais parfaitement innocent: je dis plus, j’eusse bien fait, car M. Fouquet n’est pas un méchant homme. Mais il n’a pas voulu; sa destinée l’a entraîné; il a laissé fuir l’heure de la liberté. Tant pis! Maintenant, j’ai des ordres, j’obéirai à ces ordres, et M. Fouquet, vous pouvez le considérer comme un homme arrêté. Il est au château d’Angers, M. Fouquet.

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