Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
Le résultat de ses réflexions fut qu’elle alla tout droit trouver un de ses domestiques nommé José, lequel José détenait les importantes fonctions de chef palefrenier de l’hôtellerie, et lui donna ses ordres.
Un petit quart d’heure plus tard, José sortit de l’auberge conduisant par la bride un vigoureux cheval attelé à une petite charrette. Dans la charrette, étendues sur des bottes de paille, bien enveloppées dans de grandes mantes noires dont les capuchons étaient rabattus sur la figure, étaient la petite Juana et sa nourrice Barbara. Et le palefrenier José, marchant d’un bon pas à côté du cheval, prit le chemin de la porte de Bib-Alzar…
Le même chemin que venait de prendre Pardaillan.
Le château fort de Bib-Alzar, construction massive et trapue, véritable nid de vautours, remontait à l’époque des grandes luttes contre les Maures envahisseurs.
Suivant les règles du temps, concernant l’art de la fortification, il était bâti sur une éminence. Ses tours crénelées, dressées menaçantes vers le ciel étaient dominées par la masse centrale du donjon, lequel était surmonté, au nord et au midi, de deux échauguettes en poivrière: yeux monstrueux ouverts sur l’horizon qu’ils scrutaient avec une vigilance de tous les instants.
Présentement, par suite de l’anéantissement complet et définitif de la domination arabe, le château fort était devenu résidence royale, que le souverain n’honorait pas souvent de sa présence.
Comme dans toute résidence royale, il y avait là une petite garnison et de nombreux serviteurs. Les uns et les autres saisissaient avec empressement toutes les occasions de se rendre à la ville proche.
Ceux qui ne pouvaient s’offrir cette distraction s’efforçaient de tuer le temps en buvant et en jouant.
C’était la vie de garnison morne et ennuyeuse, sans aucun des imprévus du temps de guerre qui du moins tiennent le soldat en haleine et font passer le temps, et il y avait beau temps que les échauguettes n’avaient abrité le moindre veilleur.
En ce moment surtout, grâce à la présence du roi à Séville, l’ennui pesait plus que jamais sur la garnison, attendu qu’il était interdit sous peine de mort de sortir du château, sous quelque prétexte que ce fût, à moins d’un ordre formel du roi ou du grand inquisiteur.
Cette défense, bien entendu, ne concernait que les officiers et soldats, et non les serviteurs.
La grand’route passait au pied de l’éminence que dominait le château. Là, elle bifurquait et un sentier, assez large pour permettre à la litière royale de passer, mieux aménagé et entretenu que la route même, grimpait en serpentant le long de l’éminence et aboutissait au pont-levis. C’était le seul chemin visible qui permettait d’aboutir du château à la route.
Il devait certainement y avoir d’autres voies souterraines qui permettaient de gagner la campagne, mais personne ne les connaissait, à part le gouverneur, et encore n’était-ce pas bien sûr.
Telles étaient les explications que Chico avait données à Pardaillan. Lorsqu’ils arrivèrent au pied de l’éminence, il était un peu plus de dix heures.
Pardaillan était donc en avance de près d’une heure sur l’heure que lui avait indiquée d’Espinosa. Mais il avait jugé plus prudent de se trouver sur les lieux un peu plus tôt, afin de les étudier d’abord, ensuite pour parer à toute éventualité.
D’un coup d’œil expert il eut tôt fait de se rendre compte de la disposition et vit avec satisfaction que toute personne qui sortirait de la forteresse devait passer forcément devant lui. Donc il était impossible qu’on emmenât la Giralda sans qu’il la vît.
Il savait que Barba-Roja ne tenterait rien contre la fiancée de don César tant qu’elle se trouverait dans la royale demeure. Il était bien tranquille à ce sujet.
Il n’avait donc qu’à attendre patiemment la sortie du colosse et si, par suite de circonstances imprévues, cette sortie ne s’effectuait pas, il était résolu à aller appeler au pont-levis et pénétrer dans la place. Là, il verrait.
En attendant, il plaça le Chico en sentinelle, derrière un quartier de roche, dans un endroit assez éloigné de la porte d’entrée.
Il n’avait nullement besoin de faire surveiller cet endroit, mais il tenait à ce que le petit homme qui, en tant que combattant, ne pouvait lui être d’aucune utilité, ne se trouvât pas exposé inutilement.
C’est pourquoi il le plaçait là, en lui recommandant formellement de ne pas bouger tant qu’il ne l’appellerait pas.
Après quoi, tranquille de ce côté, il vint se poster à quelques toises du pont-levis, en se dissimulant de son mieux dans l’herbe qui poussait, haute et drue, sur les côtés, bordant les fossés de la petite esplanade qui s’étendait devant l’entrée du château fort. Et il attendit.
Il commençait à se demander si quelque malencontreux contre-temps, en empêchant Barba-Roja de sortir, n’allait pas l’obliger à pénétrer dans la place, lorsqu’il entendit le bruit des chaînes qui se déroulaient et il vit le pont-levis s’abaisser lentement.
Il eut un sourire de satisfaction et, sans se redresser, il mit l’épée à la main.
Il n’y avait cependant pas de quoi se montrer si satisfait. Il est même à présumer que tout autre que lui se fût, au contraire, montré plutôt inquiet et se fût prudemment tenu caché dans les hautes herbes.
En effet, c’était bien Barba-Roja tenant dans ses bras la Giralda endormie ou évanouie.
Mais le colosse était entouré d’une troupe d’hommes d’armes dont les sinistres physionomies étaient, à elles seules, un épouvantail capable de mettre en fuite le plus résolu des chercheurs d’aventures. Et en tête de la troupe, qui pouvait bien se composer d’une quinzaine de sacripants, tous gens de sac et de corde, soigneusement triés sur le volet, immédiatement derrière Barba-Roja venaient l’ex-bachelier Centurion et son sergent Barrigon.
Pardaillan ne prêta qu’une médiocre attention à cette bande de malandrins armés de formidables rapières, sans compter la dague qu’ils avaient tous, pendue au côté droit.
Il ne vit et ne voulut voir que Barba-Roja et celle qu’il tenait dans ses bras. Il laissa la troupe tout entière sortir de la voûte et s’engager sur la petite esplanade.
Lorsque le pont-levis, en se relevant, lui fit comprendre que toute la bande était sortie, il se redressa doucement et, sans hâte, il alla se camper au milieu du chemin. Et d’une voix terrible à force de calme et de froide résolution, il cria, comme un officier commandant une manœuvre:
– Halte!… On ne passe pas!
Et c’était si imprévu, si extraordinaire, si inimaginable, cet ordre froid lancé par un seul homme à toute une troupe de spadassins redoutables, qu’effectivement Barba-Roja crut que, derrière cet extravagant audacieux, devait se trouver une troupe au moins égale à la sienne et qu’il s’arrêta net, immobilisant ses hommes derrière lui.