Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
Par fatalité, le poète, employé au gouvernement des Indes, avait été envoyé en mission à Cadix et il avait dû se morfondre.
Une fois, cependant, dans les commencements de la détention du chevalier, il avait eu une surprise agréable. Un révérend père lui avait adressé la parole. Il lui avait raconté il ne savait plus quelle histoire, ensuite de quoi le père l’avait fait entrer au couvent. Il avait eu la joie d’apercevoir son grand ami; mais se sentant épié de tous côtés il n’avait osé ébaucher qu’un geste d’encouragement.
Hélas! le père ne s’était plus trouvé sur son chemin et il n’avait pu pénétrer à nouveau dans le couvent.
À ce détail, Pardaillan s’était contenté de sourire. Il savait, lui comment et pourquoi le nain avait vu s’entre-bâiller la porte de la sombre prison.
En ce qui concernait la Giralda, il avait pu, en suivant tantôt Centurion, tantôt son sergent Barrigon, découvrir le lieu de sa retraite.
Elle était enfermée au château de Bib-Alzar. Et le terrible pour elle, c’est que Barba-Roja, qui avait été assez sérieusement blessé par le taureau, Barba-Roja était maintenant sur pieds, complètement remis, et certainement il ne tarderait pas à l’aller chercher pour l’emmener chez lui.
Barba-Roja, en effet, quelle que fût l’autorité que lui donnait ses fonctions spéciales auprès du roi, quelle que fût la faveur dont l’honorait son maître, ne pouvait pourtant perpétrer l’attentat qu’il méditait dans une résidence royale.
C’eût été là une inconvenance que l’étiquette rigoureuse aurait pu qualifier de crime de lèse-majesté et qui eût pu, par conséquent, lui coûter très cher. En conséquence, bientôt, demain peut-être, il irait enlever la Giralda pour la transporter dans un lieu où il aurait sa liberté d’action et toute facilité pour accomplir son monstrueux forfait.
Tels étaient, résumés, les renseignements que le nain fournit à Pardaillan attentif.
Au reste, il n’était pas seul à écouter le petit homme.
Juana ne perdait pas une de ses paroles et le contemplait avec une évidente admiration que Pardaillan remarqua fort bien, tandis que le nain, qui venait de prouver par le récit de ses faits et gestes qu’il était doué d’une assez jolie dose d’observation et de pénétration, ne le remarqua cependant pas.
Une chose que Pardaillan remarqua aussi, c’est que le nain affectait maintenant une singulière indifférence vis-à-vis de la jeune fille, qui, elle, au contraire, n’avait d’yeux et d’attentions que pour lui et le traitait avec une douceur déférente à laquelle il ne paraissait pas prêter attention, bien qu’elle fût toute nouvelle pour lui et dût lui paraître très douce.
– Sais-tu, dit Pardaillan très sérieusement, lorsque le nain eut terminé son récit, sais-tu que tu es un hardi et délié compagnon? J’en connais qui passent pour fort habiles et qui ne t’arrivent pas à la cheville.
Le compliment, venant de lui, n’avait pas de prix. Le Chico et la petite Juana en devinrent écarlates de plaisir et d’orgueil. Seulement, alors que la jeune fille semblait approuver hautement ces paroles par une mimique expressive, le petit homme eut un geste confus qui voulait dire: Ne vous moquez pas de moi.
On a dû le remarquer, ce petit nain était indécrottable. Devant son geste, Pardaillan insista:
– Puisque je te le dis… Je m’y connais un peu, il me semble. Quel dommage que tu n’aies pas plus de forces qu’un oiselet chétif! Mais j’y songe!… À tout prendre, c’est un malheur facilement réparable… et je veux le réparer… Comment n’y ai-je pas songé plus tôt?… Je veux t’apprendre à manier une épée…
À cette offre inespérée, quoique secrètement désirée sans doute, le nain bondit, et les yeux brillants de joie, joignant ses petites mains, il s’écria:
– Quoi!… Vous consentiriez?… Vous ne voulez pas rire?…
– Cela te ferait donc bien plaisir? dit Pardaillan très sérieux.
– Oh!
– Par Pilate! comme disait monsieur mon père, je ne me dédis jamais, tu sauras cela, mon Chico! Et la preuve, c’est que je vais te donner ta première leçon… à l’instant même.
Le nain se mit à sauter de joie, et Juana, aussi joyeuse que lui, battit des mains. Seulement, la joie de la jeune fille fondit comme neige au soleil quand elle entendait Pardaillan ajouter d’un air très détaché:
– D’autant que pour l’expédition que nous allons entreprendre ce soir et celle de demain matin, le peu que je vais t’enseigner en une leçon te sera peut-être utile…
Et sans paraître remarquer la soudaine pâleur de la jeune fille, ni le regard de douloureux reproche qu’elle attachait sur lui, il ajouta:
– Juana, ma mignonne, envoyez donc chercher dans ma chambre deux épées… sans oublier les boutons que vous trouverez dans quelque poche d’habit pendu au mur.
Et tandis que la triste Juana, courbant la tête, sortait pour chercher les épées demandées, s’adressant au nain qui, dans sa joie exubérante, gambadait comme un fou:
– Tu n’as pas peur, au moins? fit-il en souriant.
– Peur?… fit le Chico étonné, peur de quoi?…
– Dame! fit Pardaillan de son air le plus ingénu, il va y avoir des horions à donner et à recevoir!
– On tâchera de les donner… et de ne pas les recevoir, fit le Chico en riant. Et puis, vous serez là, tiens?
– Tu ne me demandes pas où je veux te conduire?
– Tiens! comme c’est difficile à deviner! fit le Chico en haussant les épaules d’un air entendu. J’imagine que nous allons, ce soir, à la maison des Cyprès et demain matin au château de Bib-Alzar. Le château, vous le trouverez bien sans moi, n’importe qui vous l’indiquera. Mais les caches de la maison des Cyprès, il faut bien que je sois là pour vous les montrer…
Pardaillan approuva de la tête en souriant, et en lui-même, il songeait, en observant le nain du coin de l’œiclass="underline"
– Intelligent, adroit, brave, loyal, attaché, il ne lui manque qu’un peu de force… Mordieu! j’en ferai un homme… ou je ne serai plus Pardaillan!
Juana avait apporté les épées et les boutons, que le chevalier ajusta à la pointe des lames, et la table poussée dans un coin, dans le petit cabinet même, la leçon commença, sous l’œil apeuré de Juana.
Les épées de Pardaillan étaient de longues et lourdes rapières.
Tout d’abord, le Chico éprouva quelque peine à les manier. Mais il était nerveux et souple, il avait surtout la volonté bien arrêtée de réussir et de contenter le maître extraordinaire que sa bonne étoile avait placé sur son chemin.
Peu à peu, le poignet s’entraîna et il ne sentit plus le poids de la rapière, plus longue que lui de près d’un pied.
La leçon se poursuivit jusqu’à ce que la nuit fût tombée tout à fait, avec une patience inaltérable de la part du maître, une bonne volonté que rien ne rebutait de la part de l’élève.
Lorsque Pardaillan jugea que la soirée était assez avancée et que l’heure était venue, il arrêta la leçon et déclara gravement qu’il était content; le Chico avait des dispositions et il en ferait un escrimeur passable, ce qui transporta d’aise le petit homme et fit plaisir à Juana, qui avait assisté à la leçon.
Le moment étant venu, Pardaillan ceignit son épée, choisit dans sa collection une dague assez longue, légère et résistante, quoique flexible, et la ceignit lui-même à la taille du nain, très fier de voir cette épée – car pour sa taille c’était une longue épée – qui lui battait les mollets. Juana, que Pardaillan guignait du coin de l’œil, assistait à ces préparatifs inquiétants pour son cœur d’amoureuse.