Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
Quand elle vit qu’ils se disposaient à sortir, elle fit une tentative désespérée et demanda timidement:
– Je croyais, seigneur de Pardaillan, que vous vouliez vous reposer?…
Et la rusée mâtine ajouta aussitôt:
– Je vous ai fait préparer un lit douillet à faire envie à un moine.
– Misère de moi! gémit Pardaillan, voilà bien ma malchance… Mais, ma mignonne, j’utiliserai ce lit douillet à mon retour et ferai de mon mieux pour rattraper le temps perdu.
– Et si vous… ne revenez pas? dit faiblement Juana.
– Pourquoi ne reviendrai-je pas? s’étonna Pardaillan.
– Puisque vous dites que… l’expédition est… dangereuse… vous pourriez… être… blessé… (et elle couvait le Chico de ce regard inquiet d’une mère qui appréhende les pires catastrophes pour son enfant).
– Impossible! assura Pardaillan.
– Pourquoi? demanda Juana, qui sentit l’espoir renaître en elle.
– Parce qu’une expédition – autrement dangereuse, celle-là – m’attend demain matin. Et comme il n’y a que moi qui puisse la mener à bien, il est clair que je reviendrai pour l’accomplir. Vous voyez donc bien, petite Juana, que vous pouvez quitter toute inquiétude à mon sujet… Je suis d’ailleurs, croyez-le bien, on ne peut plus touché de la fraternelle sollicitude que vous me témoignez.
Et riant sous cape, il sortit avec le Chico, laissant Juana écrasée par cette bizarre logique et plus inquiète qu’avant. Car enfin, au bout du compte, le seigneur de Pardaillan avait parlé pour lui et de lui, mais n’avait soufflé mot de celui qui était, par-dessous tout, l’objet de son inquiète sollicitude.
Pardaillan, guidé par le Chico, pénétra dans les sous-sols de la mystérieuse maison des Cyprès. Était-il venu là pour tenter d’enlever don César? Était-il venu faire une simple reconnaissance et préparer une action ultérieure? C’est ce que nous ne saurions dire.
Toujours est-il qu’au bout de deux heures environ, Pardaillan et le nain sortirent, comme ils étaient entrés, sans avoir été découverts, sans qu’il leur fût arrivé la moindre mésaventure. Mais ils sortaient à deux comme ils étaient entrés.
Pardaillan avait-il réussi ou échoué dans ce qu’il était venu tenter? C’est ce que nous ne saurions dire non plus.
Tout ce que nous pouvons dire pour le moment, c’est qu’il montrait un visage impénétrable et marchait d’un pas assuré, un peu trop allongé peut-être pour le Chico, qui trottinait à son côté et, en marchant, sifflait un air de chasse du temps de Charles IX.
Il était un peu plus de onze heures lorsqu’ils rentrèrent à l’hôtellerie. Ils n’eurent pas la peine de frapper; la petite Juana les attendait sur le seuil de la porte.
La jeune fille avait passé tout le temps qu’avait duré leur absence à guetter leur retour, dans des transes mortelles. Elle avait perçu le bruit de leurs pas et avait couru ouvrir. Du premier coup d’œil, elle avait constaté qu’ils étaient, tous les deux, en parfait état. Un long soupir de soulagement avait gonflé son sein et ses beaux yeux noirs avaient aussitôt retrouvé leur éclat joyeux.
Elle avait voulu les faire souper, leur montrant la table toute dressée et chargée de victuailles appétissantes. Mais Pardaillan avait déclaré qu’il avait besoin de repos et il avait fait un signe imperceptible au Chico, lequel, répondant par un signe de tête affirmatif, déclara que, lui aussi, avait besoin de repos et se retira incontinent, au grand dépit de Juana qui aurait bien voulu le garder un moment.
Le Chico parti, Pardaillan se fit conduire à sa chambre, se glissa entre les draps blancs et fleurant bon la lavande de ce lit douillet, préparé expressément à son intention, et dormit tout d’une traite jusqu’à six heures du matin.
XXI BARBA-ROJA
Il se leva et s’habilla en un tour de main. Frais et dispos, il sortit aussitôt et s’en fut droit chez un armurier où il choisit une mignonne petite épée qui avait les apparences d’un jouet, mais qui était une arme parfaite, flexible et distante, en dur acier forgé et non trempé. C’était le présent qu’il voulait faire au Chico.
Son acquisition faite, il revint à l’hôtellerie. Son absence n’avait pas duré une demi-heure, et le nain, qu’il attendait, n’étant pas encore arrivé, il fit préparer un déjeuner substantiel pour lui et son compagnon.
Enfin le nain parut. Sur une interrogation muette de Pardaillan, il dit:
– Barba-Roja vient de sortir du palais. Ils sont douze, parmi lesquels Centurion et Barrigon. Ils vont là-bas… je les ai suivis un moment pour être sûr.
– Tout va bien! s’écria joyeusement Pardaillan. Tu es un adroit compère… C’est un plaisir de travailler avec toi.
Le nain rougit de plaisir.
– Tu n’es pas trop fatigué? Tu pourras m’accompagner là-bas? reprit Pardaillan avec sollicitude.
– Je ne suis pas fatigué… j’ai dormi.
– Diable!… Et s’il était sorti pendant ce temps?
– Je dormais d’un œil… je guettais de l’autre, tiens!
Pardaillan se mit à rire. Le petit homme avait de ces manières et de ces réponses qui l’enchantaient.
Il était à ce moment un peu plus de sept heures et demie. Pardaillan calcula qu’il avait du temps devant lui et résolut, pour tuer une heure, de donner une deuxième leçon à son petit ami.
Le nain accepta avec un empressement et une joie qui témoignaient du vif désir qu’il avait de profiter de sa bonne aubaine et d’arriver à un résultat appréciable. Mais sa joie devint du délire et il se montra ému jusqu’aux larmes lorsqu’il vit la superbe petite épée que Pardaillan était allé acheter à son intention.
Pour couper court à son émotion et à ses remerciements, Pardaillan expliqua:
– Tu comprends que tu ne peux pas t’armer comme tout le monde. De ce fait, tu seras toujours en état d’infériorité, quel que soit l’adversaire que tu auras devant toi. Il te faut donc compenser par une habileté, une adresse et une vivacité supérieures l’inégalité des armes. En conséquence, il te faut, dès maintenant, t’habituer à lutter avec cette petite aiguille contre ma rapière du double plus longue.
La leçon se prolongea le temps fixé par Pardaillan. Comme la veille, l’élève montra la même ardeur, la même application, ce qui, joint à son adresse et à sa vivacité naturelles, rendit la tâche moins ardue et pour le maître et pour l’élève. Comme la veille, le professeur se déclara satisfait et assura que l’élève deviendrait un escrimeur passable. Passable, dans la bouche de Pardaillan voulait dire redoutable.
Après la leçon, ils expédièrent rapidement le déjeuner qui les attendait, et sans s’occuper des mines désespérées de Juana, qui d’ailleurs – il faut lui rendre cette justice – ne tenta pas de retenir son petit amoureux, Pardaillan et le Chico se mirent en route, se dirigeant vers la porte de Bib-Alzar.
Très triste, agitée de pressentiments sinistres, la petite Juana se remit sur le pas de la porte et les suivit du regard, tant qu’elle put les apercevoir. Après quoi, elle rentra dans son cabinet et se mit à pleurer doucement. Mais c’était une fille de tête que la petite Juana. Obligée par les circonstances de diriger une maison bien achalandée à un âge où l’on n’a guère d’autre souci que se livrer à des jeux plus ou moins bruyants, elle avait appris à prendre de promptes résolutions, suivies de mise à exécution immédiate. En conséquence, après avoir pleuré un moment, elle réfléchit.