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Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]

Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Dune, la planète des sables, les anciennes prophéties sont en train de s’accomplir. La transformation écologique s’accélère : l’eau, jadis plus coûteuse que l’or, coule à flots, et les jardins débordent sur le désert. Mais la prospérité nouvelle de Dune menace sa richesse, l’Epice de longévité et de prescience. Les durs Fremen, qui ont porté aux confins de l’univers humain la bannière et la parole de Muad’Dib, s’amollissent. Les vers géants se font rares. Et depuis que Paul est allé au désert pour y mourir selon la tradition Fremen parce qu’il a perdu la vue, ses prêtres ont construit sur son message de paix une théocratie autoritaire qui régit toute la galaxie.
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.

Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
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« Quoi ? »

« Il est Wadquiyas pour vous. Tes gens l’ont trouvé dans le désert et ils l’ont ramené à Shuloch. Quelle riche découverte ! C’était mieux qu’une veine d’épice. Wadquiyas ! Il a vécu avec vous, son eau s’est mêlée à celle de la tribu. Il fait partie de votre Rivière d’Esprit. (La pression du krys se fit plus forte.) Attention, Muriz. » Leto leva la main gauche, arracha le masque facial du Fremen.

Comprenant ce qu’il avait l’intention de faire, Muriz demanda : « Où irais-tu si tu nous tuais tous les deux ? »

« Je retournerais à Jacurutu. »

Leto appuya alors son pouce contre les lèvres de Muriz.

« Mords et bois, Muriz. Sinon, tu es mort. »

Muriz hésita, puis mordit cruellement le pouce de Leto.

Leto regarda la gorge de l’homme, il le vit avaler, alors il retira son couteau et le remit à l’étui.

« Wadquiyas, dit-il. Il faut que j’offense la tribu pour que tu puisses prendre mon eau. »

Muriz acquiesça.

« Ton pistolet est par-là », dit Leto avec un mouvement du menton.

« Tu me fais confiance, maintenant ? »

« Comment pourrais-je autrement vivre avec les Bannis ? »

Une nouvelle fois, une étincelle de ruse dansa dans les yeux de Muriz, mais, cette fois, il mesurait, il soupesait. Il se détourna avec une brusquerie qui révélait des décisions secrètes, ramassa son pistolet maula et revint vers Leto. « Viens, dit-il. Nous nous sommes trop longtemps attardés dans la tanière du ver. »

50

Le futur de la prescience ne peut être toujours enfermé dans les règles du passé. Les fils de l’existence s’enchevêtrent selon de nombreuses lois inconnues. Le futur prescient s’appuie sur ses lois propres. Il ne se conforme ni aux enseignements du Zensunni ni à ceux de la science. La prescience édifie une intégrité relative. Elle requiert l’œuvre de cet instant, nous avertissant toujours que l’on ne peut tramer chaque fil dans le tissu du passé.

Kalima : Les Paroles de Muad’Dib.
Commentaire de Shuloch.

Muriz pilotait l’ornithoptère avec l’aisance de l’habitude. Leto, assis à côté de lui, sentait la présence armée de Behaleth, derrière eux. Il fallait avoir confiance et s’accrocher au fil mince de sa vision. S’il échouait… Allahu akbahr. Quelquefois, il fallait s’incliner devant un ordre plus grand.

Au sein du désert, la butte de Shuloch était une apparition impressionnante. Le fait qu’elle n’eût jamais été découverte impliquait bien des silences, bien des corruptions, de nombreux morts et aussi de nombreux amis dans les postes les plus élevés. Au cœur de Shuloch, Leto découvrait à présent une cuvette cernée de falaises et à laquelle aboutissaient des canyons qui s’achevaient en cul-de-sac. Une dense végétation d’arbres à thé et de buissons d’arroches en couvraient les bords des canyons. Autour de la cuvette, un cercle de palmiers-éventail révélaient la présence de l’eau. Des cabanes rudimentaires construites de palmes et de fibres d’épice étaient dispersées comme une poignée de boutons verts jetés sur le sable. C’est là que devaient vivre les bannis des Bannis, ceux qui ne pourraient descendre plus bas sinon dans la mort.

Muriz posa l’orni dans la cuvette, à proximité de l’entrée d’un des canyons. Une bâtisse isolée se dressait devant l’appareil : elle était faite de chaume de vignes du désert et de feuilles de bejato et doublée de tissu d’épice soudé à chaud. C’était la réplique des toutes premières ébauches de tentes-distilles et elle en disait long sur la décrépitude de certains des Bannis de Shuloch. La déperdition d’humidité devait être énorme et, la nuit, tous les insectes prédateurs devaient accourir de la végétation proche. Ainsi, son père vivait de la sorte. Et la pauvre Sabiha. Elle expiait ici.

Sur l’ordre de Muriz, il descendit de l’orni et se dirigea vers la hutte. Au loin, entre les palmes, il aperçut une foule de travailleurs. Ils semblaient misérables, loqueteux, et les coups d’œil furtifs qu’ils lançaient vers l’orni révélaient une ambiance d’oppression. Au-delà des travailleurs, il distingua la berge rocheuse d’un qanat et comprit quelle était la source de l’humidité qui imprégnait l’air : l’eau libre. Comme ils passaient près de la hutte, il eut la confirmation de ce qu’il avait pensé. Il se dirigea vers le qanat et, en s’approchant, devina les remous créés par les prédateurs dans l’eau sombre. Les travailleurs évitaient son regard, occupés à chasser le sable des ouvertures.

Muriz s’approcha de Leto et dit : « Tu te trouves sur la frontière entre le poisson et le ver. Il y a un ver dans chacun de ces canyons. Ce qanat a été ouvert et nous allons le débarrasser de ses poissons afin d’attirer la truite. »

« Bien sûr, dit Leto. Des enclos. Vous vendez les truites et les vers aux autres planètes. »

« Muad’Dib lui-même l’a suggéré ! »

« Je sais. Mais, loin de Dune, aucune de vos truites, aucun de vos vers ne survit longtemps. »

« Pas encore, mais un jour…»

« Pas dans les dix mille années à venir », dit Leto. Et il se retourna pour observer le jeu des émotions sur le visage de Muriz. Les questions passaient dans ses yeux comme l’eau dans le qanat. Ce fils de Muad’Dib pouvait-il vraiment lire l’avenir ? Certains croyaient encore que Muad’Dib y était parvenu, mais… comment pouvait-on juger d’une telle chose ?

Muriz se détourna et les ramena vers la hutte. Il ouvrit le sceau rudimentaire de la porte et fit signe à Leto d’entrer. Une lampe à huile d’épice brûlait contre la paroi opposée. Une mince silhouette était accroupie devant, leur tournant le dos. La pièce était saturée de la senteur de cannelle de l’épice.

« Ils ont envoyé une nouvelle captive pour s’occuper du sietch de Muad’Dib, ricana Muriz. Si elle nous sert bien, elle pourra préserver son eau quelque temps. (Il fit face à Leto.) Certains pensent qu’il est mal de prendre l’eau. Ces Fremen en chemise de dentelle font maintenant des tas de détritus dans leurs villes nouvelles ! Des tas de détritus ! Est-ce que l’on a jamais vu cela sur Dune ? Et lorsque nous recevons une fille comme elle… (Il désigna la silhouette immobile devant la lampe à huile.)… elle est habituellement à demi morte de peur, perdue pour les siens mais jamais acceptée par les vrais Fremen. Tu me comprends, Leto-Batigh ? »

« Je te comprends. »

La silhouette accroupie n’avait pas esquissé un geste.

« Tu parles de nous guider. Les Fremen sont conduits par des hommes qui ont été saignés. Vers quoi pourrais-tu nous conduire ? »

« Jusqu’à Kralizec », dit Leto sans détourner les yeux de la silhouette immobile.

Muriz le foudroya du regard. Kralizec ? Il ne s’agissait plus simplement de guerre ou de révolution mais du Combat Typhon. Le mot venait des plus anciennes d’entre les légendes fremen : Kralizec, la bataille des confins de l’univers.

Le grand Fremen avala difficilement sa salive. Ce gringalet était aussi imprévisible qu’un dandy des cités ! Muriz se tourna alors vers la silhouette prostrée. « Femme ! Liban wahid ! » ordonna-t-il. Apporte-nous la boisson d’épice !

La silhouette parut hésiter.

« Fais ce qu’il dit, Sabiha », dit doucement Leto.

Elle sauta sur ses pieds et se tourna vers lui. Elle le fixa, incapable de détacher son regard du visage de Leto.

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