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Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]

Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Dune, la planète des sables, les anciennes prophéties sont en train de s’accomplir. La transformation écologique s’accélère : l’eau, jadis plus coûteuse que l’or, coule à flots, et les jardins débordent sur le désert. Mais la prospérité nouvelle de Dune menace sa richesse, l’Epice de longévité et de prescience. Les durs Fremen, qui ont porté aux confins de l’univers humain la bannière et la parole de Muad’Dib, s’amollissent. Les vers géants se font rares. Et depuis que Paul est allé au désert pour y mourir selon la tradition Fremen parce qu’il a perdu la vue, ses prêtres ont construit sur son message de paix une théocratie autoritaire qui régit toute la galaxie.
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.

Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
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Brusquement, il y eut un clignotement de couleurs au sud du bled, un signal d’arc-en-ciel produit par un artefact humain au cœur de l’immensité. Leto prit ses jumelles, régla les objectifs à huile et distingua au loin les larges ailes d’un chercheur d’épice qui scintillaient dans le soleil. Tout près, une grosse moissonneuse ressemblait à une chrysalide sur le point de s’éveiller. Leto reposa ses jumelles et la moissonneuse redevint un point minuscule. Il fut alors envahi par l’hadhdhab, l’immense omniprésence du désert. Par elle, il sut comment les chasseurs d’épice le verraient, lui, objet noir entre ciel et désert, symbole Fremen de l’homme. Ils ne pourraient manquer de le voir et ils seraient sur leurs gardes. Ils l’attendraient. Les Fremen étaient toujours soupçonneux envers celui qui surgissait du désert, jusqu’à ce qu’ils l’aient reconnu ou qu’ils se soient assurés qu’il ne représentait aucune menace. Même s’ils avaient tiré une mince patine de la civilisation de l’Imperium et de ses usages sophistiqués, ils demeuraient des sauvages à demi apprivoisés qui n’avaient pas oublié qu’un krys se dissolvait à la mort de son possesseur.

C’est ce qui peut nous sauver, pensa Leto. Ce caractère sauvage.

Dans le lointain, l’appareil de recherche s’inclina sur l’aile droite, puis sur l’aile gauche. Un signal pour ceux qui étaient au sol. Il imagina les hommes d’équipage sondant le désert, derrière lui, redoutant qu’il soit plus qu’un simple voyageur sur un ver isolé.

Il dirigea le ver sur la gauche et le maintint jusqu’à lui faire rebrousser chemin, se laissa glisser sur le flanc, puis sauta. Libéré des hameçons, le ver s’arrêta le temps de quelques souffles, puis s’enfouit dans le sable jusqu’au tiers de sa longueur et resta là, recouvrant ses forces, signe certain qu’il avait accompli une trop longue course.

Il resterait là pour un temps et Leto se décida à s’en éloigner. Le chercheur d’épice tournait en cercles lents au-dessus de la moissonneuse, battant toujours des ailes à son intention. Il avait certainement affaire à des renégats payés par les contrebandiers et qui se méfiaient des communications électroniques. Les chasseurs devaient être occupés sur une veine d’épice. C’était ce que révélait la présence de la chenille.

L’appareil décrivit un dernier cercle, abaissa ses ailes et se dirigea droit sur lui. Leto reconnut un modèle d’orni léger qui avait été introduit sur Arrakis par son grand-père. L’orni le survola, longea la dune où il se tenait et se posa contre le vent. Il s’arrêta à moins de dix mètres de Leto dans un nuage de poussière. La porte s’entrebâilla pour livrer passage à un personnage vêtu d’une lourde robe Fremen. Le symbole de la lance apparaissait sur la droite de sa poitrine. Il approcha lentement et l’un comme l’autre eurent le temps de s’observer. L’homme était de haute taille et ses yeux avaient le bleu-indigo de l’épice. Le masque de son distille dissimulait la partie inférieure de son visage, et son capuchon, rabattu sur son front, protégeait ses sourcils. Les plis de sa robe, tandis qu’il s’avançait, révélaient qu’il tenait un pistolet maula.

Il s’arrêta à deux pas de Leto, plissant les yeux avec une expression perplexe.

« Bonne fortune à nous tous », dit Leto.

L’homme ne répondit pas tout de suite. Son regard explora les alentours, jusqu’à l’horizon infini, puis il revint à Leto : « Que fais-tu ici, enfant ? » demanda-t-il. Sa voix était étouffée par le masque de son distille. « Essaies-tu d’être le bouchon du trou du ver ? »

Leto répondit par une autre formule Fremen : « Le désert est ma demeure. »

« Wenn ? » demanda l’homme. Où vas-tu ?

« Je viens de Jacurutu et je vais vers le sud. »

L’homme eut un rire brutal.

« Eh bien, Batigh ! Tu es la chose la plus étrange que j’aie rencontrée dans le Tanzerouft. »

« Je ne suis pas ton Petit Melon », dit Leto, répondant au Batigh dont les sous-entendus étaient dangereux : Le Petit Melon, à la lisière du désert, offrait son eau à tous les voyageurs.

« Nous ne te boirons pas, Batigh, dit l’homme. Je suis Muriz, l’Arifa de ce taif. » D’un mouvement de tête, il montra, la chenille à épice.

Leto prit note que l’homme se qualifiait de Juge du groupe et qu’il donnait aux autres, par contre, le nom de taif, c’est-à-dire compagnie ou bande. Ils n’étaient pas ichwan. Il n’avait pas rencontré des frères mais certainement des renégats, des mercenaires. Et le fil dont il avait besoin.

Devant le silence de Leto, Muriz demanda : « As-tu un nom ? »

« Batigh fera l’affaire. »

L’autre rit à nouveau.

« Tu ne m’as pas dit ce que tu faisais ici ? »

« Je cherche les empreintes d’un ver », dit Leto, ce qui, dans le sens religieux, signifiait qu’il était en hajj en quête de son uma propre, sa révélation personnelle.

« Si jeune ? » s’étonna Muriz. Il secoua la tête. « Je ne sais quoi faire de toi. Tu nous as vus. »

« Qu’ai-je vu ? dit Leto. Je parle de Jacurutu et tu ne me réponds point. »

« Le jeu des énigmes, commenta Muriz. Alors, qu’est-ce que cela ? » Il désignait la butte dans le lointain.

« Ce n’est que Shuloch » dit Leto, faisant appel à sa vision.

Muriz se raidit brusquement et Leto sentit son cœur battre plus vite.

Un long silence s’ensuivit. Leto pouvait voir l’homme débattre avec lui-même et écarter les réponses, tour à tour. Shuloch ! Après le repas, dans le sietch, on racontait souvent les histoires de la caravane de Shuloch. Ceux qui les avaient entendues considéraient toujours que Shuloch était un mythe, un endroit où l’on situait tous ces récits pour le simple bonheur de l’histoire. Leto se souvenait d’une de ces histoires sur Shuloch : On avait retrouvé un waif au seuil du désert et on l’avait ramené au sietch. Tout d’abord, le waif avait refusé de répondre à ses sauveurs puis, quand il s’était mis à parler, nul n’avait pu le comprendre. Comme les jours passaient, il persistait à ne pas se faire comprendre, refusant de s’habiller ou de partager le moindre travail. Lorsqu’on le laissait seul, il faisait avec ses mains des gestes étranges. Tous les spécialistes du sietch furent convoqués pour examiner ce waif mais aucun ne trouva de réponse. Puis il advint qu’une vieille femme se montra sur le seuil. Voyant les gestes du waif, elle rit. « Il ne fait qu’imiter son père qui tresse les fibres d’épice, expliqua-t-elle. C’est ainsi qu’ils travaillent encore à Shuloch. Il essaie simplement de se sentir moins seul. » Dans les vieux usages de Shuloch, il y a la sécurité et le sentiment d’appartenir au fil doré de la vie.

Comme Muriz restait silencieux, Leto déclara : « Je suis le waif de Shuloch qui sait seulement bouger ses mains. »

Un bref mouvement de tête confirma à Leto que Muriz connaissait l’histoire. Il lui répondit enfin, lentement, d’une voix grave chargée de menaces. « Es-tu humain ? »

« Aussi humain que toi. »

« Tu t’exprimes bien étrangement pour un enfant. Je te rappelle que je suis un juge qui peut répondre au taqwa. »

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