Le vicomte de Bragelonne Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:
– Quelqu’un m’attend là-haut. Louis! Louis, n’entendez-vous pas?
– Eh! n’êtes-vous pas celle que j’attends? dit le roi avec tendresse. Que les autres désormais vous attendent.
Mais elle, secouant doucement la tête:
– Bonheur caché!… dit-elle avec deux grosses larmes, pouvoir caché… Mon orgueil doit se taire comme mon cœur.
Le bruit recommença.
– J’entends la voix de Montalais, dit-elle.
Et elle monta précipitamment l’escalier.
Le roi montait avec elle, ne pouvant se décider à la quitter et couvrant de baisers sa main et le bas de sa robe.
– Oui, oui, répéta La Vallière, la moitié du corps déjà passé à travers la trappe, oui, la voix de Montalais qui appelle; il faut qu’il soit arrivé quelque chose d’important.
– Allez donc, cher amour, dit le roi, et revenez vite.
– Oh! pas aujourd’hui. Adieu! adieu!
Et elle s’abaissa encore une fois pour embrasser son amant, puis elle s’échappa.
Montalais attendait en effet, tout agitée, toute pâle.
– Vite, vite, dit-elle, il monte.
– Qui cela? qui est-ce qui monte?
– Lui! Je l’avais bien prévu.
– Mais qui donc, lui? tu me fais mourir!
– Raoul, murmura Montalais.
– Moi, oui, moi, dit une voix joyeuse dans les derniers degrés du grand escalier.
La Vallière poussa un cri terrible et se renversa en arrière.
– Me voici, me voici, chère Louise, dit Raoul en accourant. Oh! je savais bien, moi, que vous m’aimiez toujours.
La Vallière fit un geste d’effroi, un autre geste de malédiction; elle s’efforça de parler et ne put articuler qu’une seule parole:
– Non, non! dit-elle.
Et elle tomba dans les bras de Montalais en murmurant:
– Ne m’approchez pas!
Montalais fit signe à Raoul, qui, pétrifié sur le seuil, ne chercha pas même à faire un pas de plus dans la chambre.
Puis jetant les yeux du côté du paravent:
– Oh! dit-elle, l’imprudente! la trappe n’est pas même fermée!
Et elle s’avança vers l’angle de la chambre pour refermer d’abord le paravent, et puis, derrière le paravent, la trappe.
Mais de cette trappe s’élança le roi, qui avait entendu le cri de La Vallière et qui venait à son secours.
Il s’agenouilla devant elle en accablant de questions Montalais qui commençait à perdre la tête.
Mais, au moment où le roi tombait à genoux, on entendit un cri de douleur sur le carré et le bruit d’un pas dans le corridor. Le roi voulut courir pour voir qui avait poussé ce cri, pour reconnaître qui faisait ce bruit de pas.
Montalais chercha à le retenir, mais ce fut vainement.
Le roi, quittant La Vallière, alla vers la porte; mais Raoul était déjà loin, de sorte que le roi ne vit qu’une espèce d’ombre tournant l’angle du corridor.
Chapitre CLXXIX – Deux vieux amis
Tandis que chacun pensait à ses affaires à la Cour, un homme se rendait mystérieusement derrière la place de Grève, dans une maison qui nous est déjà connue pour l’avoir vue assiégée, un jour d’émeute, par d’Artagnan.
Cette maison avait sa principale entrée par la place Baudoyer.
Assez grande, entourée de jardins, ceinte dans la rue Saint-Jean par des boutiques de taillandiers qui la garantissaient des regards curieux, elle était renfermée dans ce triple rempart de pierres, de bruit et de verdure, comme une momie parfumée dans sa triple boîte.
L’homme dont nous parlons marchait d’un pas assuré, bien qu’il ne fût pas de la première jeunesse. À voir son manteau couleur de muraille et sa longue épée, qui relevait ce manteau, nul n’eût pu reconnaître le chercheur d’aventurer; et si l’on eût bien consulté ce croc de moustaches relevé, cette peau fine et lisse qui apparaissait sous le sombrero, comment ne pas croire que les aventures dussent être galantes?
En effet, à peine le cavalier fut-il entré dans la maison que huit heures sonnèrent à Saint-Gervais.
Et, dix minutes après, une dame, suivie d’un laquais armé, vint frapper à la même porte, qu’une vieille suivante lui ouvrit aussitôt.
Cette dame leva son voile en entrant. Ce n’était plus une beauté, mais c’était encore une femme; elle n’était plus jeune; mais elle était encore alerte et d’une belle prestance. Elle dissimulait, sous une toilette riche et de bon goût, un âge que Ninon de Lenclos seule affronta en souriant.
À peine fut-elle dans le vestibule, que le cavalier, dont nous n’avons fait qu’esquisser les traits, vint à elle en lui tendant la main.
– Chère duchesse, dit-il. Bonjour.
– Bonjour, mon cher Aramis, répliqua la duchesse.
Il la conduisit à un salon élégamment meublé, dont les fenêtres hautes s’empourpraient des derniers feux du jour tamisés par les cimes noires de quelques sapins.
Tous deux s’assirent côte à côte.
Ils n’eurent ni l’un ni l’autre la pensée de demander de la lumière, et s’ensevelirent ainsi dans l’ombre comme ils eussent voulu s’ensevelir mutuellement dans l’oubli.
– Chevalier, dit la duchesse, vous ne m’avez plus donné signe d’existence depuis notre entrevue de Fontainebleau, et j’avoue que votre présence, le jour de la mort du franciscain, j’avoue que votre initiation à certains secrets, m’ont donné le plus vif étonnement que j’aie eu de ma vie.
– Je puis vous expliquer ma présence, je puis vous expliquer mon initiation, dit Aramis.
– Mais, avant tout, répliqua vivement la duchesse, parlons un peu de nous. Voilà longtemps que nous sommes de bons amis.
– Oui, madame, et, s’il plaît à Dieu, nous le serons, sinon longtemps, du moins toujours.
– Cela est certain, chevalier, et ma visite en est un témoignage.
– Nous n’avons plus à présent, madame la duchesse, les mêmes intérêts qu’autrefois, dit Aramis en souriant sans crainte dans cette pénombre, car on n’y pouvait deviner que son sourire fût moins agréable et moins frais qu’autrefois.
– Aujourd’hui, chevalier, nous avons d’autres intérêts. Chaque âge apporte les siens, et comme nous nous comprenons aujourd’hui, en causant, aussi bien que nous le faisions autrefois sans parler, causons; voulez-vous?
– Duchesse, à vos ordres. Ah! pardon, comment avez-vous donc retrouvé mon adresse? Et pourquoi?
– Pourquoi? Je vous l’ai dit. La curiosité. Je voulais savoir ce que vous êtes à ce franciscain, avec lequel j’avais affaire, et qui est mort si étrangement. Vous savez qu’à notre entrevue à Fontainebleau, dans ce cimetière, au pied de cette tombe, récemment fermée, nous fûmes émus l’un et l’autre au point de ne nous rien confier l’un à l’autre.
– Oui, madame.
– Eh bien! je ne vous eus pas plutôt quitté, que je me repentis. J’ai toujours été avide de m’instruire, vous savez que Mme de Longueville est un peu comme moi, n’est-ce pas?
– Je ne sais, dit Aramis discrètement.
– Je me rappelai donc, continua la duchesse, que nous n’avions rien dit dans ce cimetière, ni vous de ce que vous étiez à ce franciscain dont vous avez surveillé l’inhumation, ni moi de ce que je lui étais. Aussi, tout cela m’a paru indigne de deux bons amis comme nous, et j’ai cherché l’occasion de me rapprocher de vous pour vous donner la preuve que je vous suis acquise, et que Marie Michon, la pauvre morte, a laissé sur terre une ombre pleine de mémoire.