Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
«Ah! fit Ayrton, ils ont aperçu des casoars!
– Quoi! Il s’agit d’une chasse? dit Glenarvan.
– Il faut voir cela, s’écria Paganel. Ce doit être curieux! Peut-être le boomerang va-t-il fonctionner encore.
– Qu’en pensez-vous, Ayrton?
– Ce ne sera pas long, mylord», répondit le quartier-maître.
Les indigènes n’avaient pas perdu un instant. C’est pour eux un coup de fortune de tuer des casoars. La tribu a ses vivres assurés pour quelques jours. Aussi les chasseurs emploient-ils toute leur adresse à s’emparer d’une pareille proie. Mais comment, sans fusils, parviennent-ils à abattre, et, sans chiens, à atteindre un animal si agile? C’était le côté très intéressant du spectacle réclamé par Paganel.
L’ému ou casoar sans casque, nommé «moureuk» par les naturels, est un animal qui commence à se faire rare dans les plaines de l’Australie. Ce gros oiseau, haut de deux pieds et demi, a une chair blanche qui rappelle beaucoup celle du dindon; il porte sur la tête une plaque cornée; ses yeux sont brun clair, son bec noir et courbé de haut en bas; ses doigts armés d’ongles puissants; ses ailes, de véritables moignons, ne peuvent lui servir à voler; son plumage, pour ne pas dire son pelage, est plus foncé au cou et à la poitrine. Mais, s’il ne vole pas, il court et défierait sur le turf le cheval le plus rapide. On ne peut donc le prendre que par la ruse, et encore faut-il être singulièrement rusé.
C’est pourquoi, à l’appel de l’indigène, une dizaine d’australiens se déployèrent comme un détachement de tirailleurs. C’était dans une admirable plaine, où l’indigo croissait naturellement et bleuissait le sol de ses fleurs. Les voyageurs s’arrêtèrent sur la lisière d’un bois de mimosas.
À l’approche des naturels, une demi-douzaine d’émus se levèrent, prirent la fuite, et allèrent se remiser à un mille. Quand le chasseur de la tribu eut reconnu leur position, il fit signe à ses camarades de s’arrêter. Ceux-ci s’étendirent sur le sol, tandis que lui, tirant de son filet deux peaux de casoar fort adroitement cousues, s’en affubla sur-le-champ.
Son bras droit passait au-dessus de sa tête, et il imitait en remuant la démarche d’un ému qui cherche sa nourriture.
L’indigène se dirigea vers le troupeau; tantôt il s’arrêtait, feignant de picorer quelques graines; tantôt il faisait voler la poussière avec ses pieds et s’entourait d’un nuage poudreux. Tout ce manège était parfait. Rien de plus fidèle que cette reproduction des allures de l’ému. Le chasseur poussait des grognements sourds auxquels l’oiseau lui-même se fût laissé prendre. Ce qui arriva. Le sauvage se trouva bientôt au milieu de la bande insoucieuse. Soudain, son bras brandit la massue, et cinq émus sur six tombèrent à ses côtés.
Le chasseur avait réussi; la chasse était terminée.
Alors Glenarvan, les voyageuses, toute la petite troupe prit congé des indigènes. Ceux-ci montrèrent peu de regrets de cette séparation. Peut-être le succès de la chasse aux casoars leur faisait-il oublier leur fringale satisfaite. Ils n’avaient même pas la reconnaissance de l’estomac, plus vivace que celle du cœur, chez les natures incultes et chez les brutes.
Quoi qu’il en soit, on ne pouvait, en de certaines occasions, ne point admirer leur intelligence et leur adresse.
Chapitre XVII
Après une nuit tranquillement passée par 14615 de longitude, les voyageurs, le 6 janvier, à sept heures du matin, continuèrent à traverser le vaste district. Ils marchaient toujours vers le soleil levant, et les empreintes de leurs pas traçaient sur la plaine une ligne rigoureusement droite. Deux fois, ils coupèrent des traces de squatters qui se dirigeaient vers le nord, et alors ces diverses empreintes se seraient confondues, si le cheval de Glenarvan n’eût laissé sur la poussière la marque de Black-Point, reconnaissable à ses deux trèfles.
La plaine était parfois sillonnée de creeks capricieux, entourés de buis, aux eaux plutôt temporaires que permanentes. Ils prenaient naissance sur les versants des «Buffalos-Ranges», chaîne de médiocres montagnes dont la ligne pittoresque ondulait à l’horizon.
On résolut d’y camper le soir même. Ayrton pressa son attelage, et, après une journée de trente-cinq milles, les bœufs arrivèrent, un peu fatigués. La tente fut dressée sous de grands arbres; la nuit était venue, le souper fut rapidement expédié. On songeait moins à manger qu’à dormir, après une marche pareille.
Paganel, à qui revenait le premier quart, ne se coucha pas, et, sa carabine à l’épaule, il veilla sur le campement, se promenant de long en large pour mieux résister au sommeil.
Malgré l’absence de la lune, la nuit était presque lumineuse sous l’éclat des constellations australes.
Le savant s’amusait à lire dans ce grand livre du firmament toujours ouvert et si intéressant pour qui sait le comprendre. Le profond silence de la nature endormie n’était interrompu que par le bruit des entraves qui retentissaient aux pieds des chevaux.
Paganel se laissait donc entraîner à ses méditations astronomiques, et il s’occupait plus des choses du ciel que des choses de la terre, quand un son lointain le tira de sa rêverie.
Il prêta une oreille attentive, et, à sa grande stupéfaction, il crut reconnaître les sons d’un piano; quelques accords, largement arpégés, envoyaient jusqu’à lui leur sonorité frémissante.
Il ne pouvait s’y tromper.
«Un piano dans le désert! Se dit Paganel. Voilà ce que je n’admettrai jamais.»
C’était très surprenant, en effet, et Paganel aima mieux croire que quelque étrange oiseau d’Australie imitait les sons d’un Pleyel ou d’un Érard, comme d’autres imitent des bruits d’horloge et de rémouleur.
Mais, en ce moment, une voix purement timbrée s’éleva dans les airs. Le pianiste était doublé d’un chanteur. Paganel écouta sans vouloir se rendre.
Cependant après quelques instants, il fut forcé de reconnaître l’air sublime qui frappait son oreille.
C’était il mio tesoro tanto, du Don Juan.
«Parbleu! Pensa le géographe, si bizarres que soient les oiseaux australiens, et quand ce seraient les perroquets les plus musiciens du monde, ils ne peuvent pas chanter du Mozart!»
Puis il écouta jusqu’au bout cette sublime inspiration du maître. L’effet de cette suave mélodie, portée à travers une nuit limpide, était indescriptible.
Paganel demeura longtemps sous ce charme inexprimable; puis la voix se tut, et tout rentra dans le silence.
Quand Wilson vint relever Paganel, il le trouva plongé dans une rêverie profonde. Paganel ne dit rien au matelot; il se réserva d’instruire Glenarvan, le lendemain, de cette particularité, et il alla se blottir sous la tente.
Le lendemain, toute la troupe était réveillée par des aboiements inattendus. Glenarvan se leva aussitôt.
Deux magnifiques «pointers», hauts sur pied, admirables spécimens du chien d’arrêt de race anglaise, gambadaient sur la lisière d’un petit bois. À l’approche des voyageurs, ils rentrèrent sous les arbres en redoublant leurs cris.
«Il y a donc une station dans ce désert, dit Glenarvan, et des chasseurs, puisque voilà des chiens de chasse?»
Paganel ouvrait déjà la bouche pour raconter ses impressions de la nuit passée, quand deux jeunes gens apparurent, montant deux chevaux de sang de toute beauté, de véritables «hunters.»