Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
Parfois, un essaim de perruches traversait une allée lointaine et l’animait d’un rapide rayon multicolore.
Mais, en somme, un profond silence régnait dans ce vaste temple de verdure, et le pas des chevaux, quelques mots échangés dans une conversation décousue, les roues du chariot qui grinçaient, et, de temps en temps, un cri d’Ayrton excitant son indolent attelage, troublaient seuls ces immenses solitudes.
Le soir venu, on campa au pied d’eucalyptus qui portaient la marque d’un feu assez récent. Ils formaient comme de hautes cheminées d’usines, car la flamme les avait creusés intérieurement dans toute leur longueur. Avec le seul revêtement d’écorce qui leur restait, ils ne s’en portaient pas plus mal.
Cependant, cette fâcheuse habitude des squatters ou des indigènes finira par détruire ces magnifiques arbres, et ils disparaîtront comme ces cèdres du Liban, vieux de quatre siècles, que brûle la flamme maladroite des campements. Olbinett, suivant le conseil de Paganel, alluma le feu du souper dans un de ces troncs tubulaires; il obtint aussitôt un tirage considérable, et la fumée alla se perdre dans le massif assombri du feuillage. On prit les précautions voulues pour la nuit, et Ayrton, Mulrady, Wilson, John Mangles, se relayant tour à tour, veillèrent jusqu’au lever du soleil.
Pendant toute la journée du 3 janvier l’interminable forêt multiplia ses longues avenues symétriques.
C’était à croire qu’elle ne finirait pas. Cependant, vers le soir, les rangs des arbres s’éclaircirent, et à quelques milles, dans une petite plaine, apparut une agglomération de maisons régulières.
«Seymour! s’écria Paganel. Voilà la dernière ville que nous devons rencontrer avant de quitter la province de Victoria.
– Est-elle importante? demanda lady Helena.
– Madame, répondit Paganel, c’est une simple paroisse qui est en train de devenir une municipalité.
– Y trouverons-nous un hôtel convenable? dit Glenarvan.
– Je l’espère, répondit le géographe.
– Eh bien, entrons dans la ville, car nos vaillantes voyageuses ne seront pas fâchées, j’imagine, de s’y reposer une nuit.
– Mon cher Edward, répondit lady Helena, Mary et moi nous acceptons, mais à la condition que cela ne causera ni un dérangement, ni un retard.
– Aucunement, répondit lord Glenarvan; notre attelage est fatigué; d’ailleurs, demain, nous repartirons à la pointe du jour.»
Il était alors neuf heures. La lune s’approchait de l’horizon et ne jetait plus que des rayons obliques, noyés dans la brume. L’obscurité se faisait peu à peu. Toute la troupe pénétra dans les larges rues de Seymour sous la direction de Paganel, qui semblait toujours parfaitement connaître ce qu’il n’avait jamais vu. Mais son instinct le guidait, et il arriva droit à Campbell’s north british hôtel.
Chevaux et bœufs furent menés à l’écurie, le chariot remisé, et les voyageurs conduits à des chambres assez confortables. À dix heures, les convives prenaient place à une table, sur laquelle Olbinett avait jeté le coup d’œil du maître. Paganel venait de courir la ville en compagnie de Robert, et il raconta son impression nocturne d’une très laconique façon. Il n’avait absolument rien vu.
Cependant, un homme moins distrait eût remarqué certaine agitation dans les rues de Seymour: des groupes étaient formés çà et là, qui se grossissaient peu à peu; on causait à la porte des maisons; on s’interrogeait avec une inquiétude réelle; quelques journaux du jour étaient lus à haute voix, commentés, discutés. Ces symptômes ne pouvaient échapper à l’observateur le moins attentif. Cependant Paganel n’avait rien soupçonné.
Le major, lui, sans aller si loin, sans même sortir de l’hôtel, se rendit compte des craintes qui préoccupaient justement la petite ville. Dix minutes de conversation avec le loquace Dickson, le maître de l’hôtel, et il sut à quoi s’en tenir.
Mais il n’en souffla mot. Seulement, quand le souper fut terminé, lorsque lady Glenarvan, Mary et Robert Grant eurent regagné leurs chambres, le major retint ses compagnons et leur dit:
«On connaît les auteurs du crime commis sur le chemin de fer de Sandhurst.
– Et ils sont arrêtés? demanda vivement Ayrton.
– Non, répondit Mac Nabbs, sans paraître remarquer l’empressement du quartier-maître, empressement très justifié, d’ailleurs, dans cette circonstance.
– Tant pis, ajouta Ayrton.
– Eh bien! demanda Glenarvan, à qui attribue-t-on ce crime?
– Lisez, répondit le major, qui présenta à Glenarvan un numéro de l’Australian and New Zealand gazette, et vous verrez que l’inspecteur de police ne se trompait pas.»
Glenarvan lut à haute voix le passage suivant:
«Sydney, 2 janvier 1866. – On se rappelle que, dans «la nuit du 29 au 30 décembre dernier, un accident eut lieu à Camden-Bridge, à cinq milles au delà de la station de Castlemaine, railway de Melbourne à Sandhurst. L’express de nuit de 11 h 45, lancé à toute vitesse, est venu se précipiter dans la Lutton-river. Le pont de Camden était resté ouvert au passage du train.
«Des vols nombreux commis après l’accident, le «cadavre» du garde retrouvé à un demi-mille de Camden-Bridge, prouvèrent que cette catastrophe était le résultat d’un crime.
«En effet, d’après l’enquête du coroner, il résulte que ce crime doit être attribué à la bande de convicts échappés depuis six mois du pénitentiaire de Perth, Australie occidentale, au moment où ils allaient être transférés à l’île Norfolk.
«Ces convicts sont au nombre de vingt-neuf; ils sont commandés par un certain Ben Joyce, malfaiteur de la plus dangereuse espèce, arrivé depuis quelques mois en Australie, on ne sait par quel navire, et sur lequel la justice n’a jamais pu mettre la main.
«Les habitants des villes, les colons et squatters des stations sont invités à se tenir sur leurs gardes, et à faire parvenir au surveyor général tous les renseignements de nature à favoriser ses recherches.
«J P Mitchell, S G»
Lorsque Glenarvan eut terminé la lecture de cet article, Mac Nabbs se tourna vers le géographe et lui dit:
«Vous voyez, Paganel, qu’il peut y avoir des convicts en Australie.
– Des évadés, c’est évident! répondit Paganel, mais des transportés régulièrement admis, non. Ces gens-là n’ont pas le droit d’être ici.
– Enfin, ils y sont, reprit Glenarvan; mais je ne suppose pas que leur présence puisse modifier nos projets et arrêter notre voyage. Qu’en penses-tu, John?»
John Mangles ne répondit pas immédiatement; il hésitait entre la douleur que causerait aux deux enfants l’abandon des recherches commencées et la crainte de compromettre l’expédition.
«Si lady Glenarvan et miss Grant n’étaient pas avec nous, dit-il, je me préoccuperais fort peu de cette bande de misérables.»
Glenarvan le comprit et ajouta:
«Il va sans dire qu’il ne s’agit pas de renoncer à accomplir notre tâche; mais peut-être serait-il prudent, à cause de nos compagnes, de rejoindre le Duncan à Melbourne, et d’aller reprendre à l’est les traces d’Harry Grant. Qu’en pensez-vous, Mac Nabbs?