Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
– Mais il est prisonnier? dit Mary Grant.
– Et surveillé, ajouta Ayrton, de façon à ne pouvoir faire un pas, ni jour ni nuit!
– Cependant, vous êtes parvenu à vous échapper, Ayrton, dit le major, qui vint se mêler à la conversation.
– Oui, Monsieur Mac Nabbs, à la faveur d’un combat entre ma tribu et une peuplade voisine. J’ai réussi.
Bien. Je ne le regrette pas. Mais si c’était à refaire, je préférerais, je crois, un éternel esclavage aux tortures que j’ai éprouvées en traversant les déserts de l’intérieur. Dieu garde le capitaine Grant de tenter une pareille chance de salut!
– Oui, certes, répondit John Mangles, nous devons désirer, miss Mary, que votre père soit retenu dans une tribu indigène. Nous trouverons ses traces plus aisément que s’il errait dans les forêts du continent.
– Vous espérez toujours? demanda la jeune fille.
– J’espère toujours, miss Mary, vous voir heureuse un jour, avec l’aide de Dieu!»
Les yeux humides de Mary Grant purent seuls remercier le jeune capitaine.
Pendant cette conversation, un mouvement inaccoutumé s’était produit parmi les sauvages; ils poussaient des cris retentissants; ils couraient dans diverses directions; ils saisissaient leurs armes et semblaient pris d’une fureur farouche.
Glenarvan ne savait où ils voulaient en venir, quand le major, interpellant Ayrton, lui dit:
«Puisque vous avez vécu pendant longtemps chez les australiens, vous comprenez sans doute le langage de ceux-ci?
– À peu près, répondit le quartier-maître, car, autant de tribus, autant d’idiomes. Cependant, je crois deviner que, par reconnaissance, ces sauvages veulent montrer à son honneur le simulacre d’un combat.»
C’était en effet la cause de cette agitation. Les indigènes, sans autre préambule, s’attaquèrent avec une fureur parfaitement simulée, et si bien même, qu’à moins d’être prévenu on eût pris au sérieux cette petite guerre. Mais les australiens sont des mimes excellents, au dire des voyageurs, et, en cette occasion, ils déployèrent un remarquable talent.
Leurs instruments d’attaque et de défense consistaient en un casse-tête, sorte de massue de bois qui a raison des crânes les plus épais, et une espèce de «tomahawk», pierre aiguisée très dure, fixée entre deux bâtons par une gomme adhérente. Cette hache a une poignée longue de dix pieds. C’est un redoutable instrument de guerre et un utile instrument de paix, qui sert à abattre les branches ou les têtes, à entailler les corps ou les arbres, suivant le cas.
Toutes ces armes s’agitaient dans des mains frénétiques, au bruit des vociférations; les combattants se jetaient les uns sur les autres; ceux-ci tombaient comme morts, ceux-là poussaient le cri du vainqueur. Les femmes, les vieilles principalement, possédées du démon de la guerre, les excitaient au combat, se précipitaient sur les faux cadavres, et les mutilaient en apparence avec une férocité qui, réelle, n’eût pas été plus horrible. À chaque instant, lady Helena craignait que le jeu ne dégénérât en bataille sérieuse. D’ailleurs, les enfants, qui avaient pris part au combat, y allaient franchement. Les petits garçons et les petites filles, plus rageuses, surtout, s’administraient des taloches superbes avec un entrain féroce.
Ce combat simulé durait déjà depuis dix minutes, quand soudain les combattants s’arrêtèrent. Les armes tombèrent de leurs mains. Un profond silence succéda au bruyant tumulte. Les indigènes demeurèrent fixes dans leur dernière attitude, comme des personnages de tableaux vivants.
On les eût dit pétrifiés.
Quelle était la cause de ce changement, et pourquoi tout d’un coup cette immobilité marmoréenne. On ne tarda pas à le savoir.
Une bande de kakatoès se déployait en ce moment à la hauteur des gommiers. Ils remplissaient l’air de leurs babillements et ressemblaient, avec les nuances vigoureuses de leur plumage, à un arc-en-ciel volant. C’était l’apparition de cette éclatante nuée d’oiseaux qui avait interrompu le combat. La chasse, plus utile que la guerre, lui succédait.
Un des indigènes, saisissant un instrument peint en rouge, d’une structure particulière, quitta ses compagnons toujours immobiles, et se dirigea entre les arbres et les buissons vers la bande de kakatoès.
Il ne faisait aucun bruit en rampant, il ne frôlait pas une feuille, il ne déplaçait pas un caillou.
C’était une ombre qui glissait.
Le sauvage, arrivé à une distance convenable, lança son instrument suivant une ligne horizontale à deux pieds du sol. Cette arme parcourut ainsi un espace de quarante pieds environ; puis, soudain, sans toucher la terre, elle se releva subitement par un angle droit, monta à cent pieds dans l’air, frappa mortellement une douzaine d’oiseaux, et, décrivant une parabole, revint tomber aux pieds du chasseur.
Glenarvan et ses compagnons étaient stupéfaits; ils ne pouvaient en croire leurs yeux.
«C’est le «boomerang!» dit Ayrton.
– Le boomerang! s’écria Paganel, le boomerang australien.»
Et, comme un enfant, il alla ramasser l’instrument merveilleux, «pour voir ce qu’il y avait dedans.»
On aurait pu penser, en effet, qu’un mécanisme intérieur, un ressort subitement détendu, en modifiait la course. Il n’en était rien.
Ce boomerang consistait tout uniment en une pièce de bois dur et recourbé, longue de trente à quarante pouces. Son épaisseur au milieu était de trois pouces environ, et ses deux extrémités se terminaient en pointes aiguës. Sa partie concave rentrait de six lignes et sa partie convexe présentait deux rebords très affilés. C’était aussi simple qu’incompréhensible.
«Voilà donc ce fameux boomerang! dit Paganel après avoir attentivement examiné le bizarre instrument.
Un morceau de bois et rien de plus. Pourquoi, à un certain moment de sa course horizontale, remonte-t-il dans les airs pour revenir à la main qui l’a jeté?
Les savants et les voyageurs n’ont jamais pu donner l’explication de ce phénomène.
– Ne serait-ce pas un effet semblable à celui du cerceau qui, lancé d’une certaine façon, revient à son point de départ? dit John Mangles.
– Ou plutôt, ajouta Glenarvan, un effet rétrograde, pareil à celui d’une bille de billard frappée en un point déterminé?
– Aucunement, répondit Paganel; dans ces deux cas, il y a un point d’appui qui détermine la réaction:
C’est le sol pour le cerceau, et le tapis pour la bille. Mais, ici, le point d’appui manque, l’instrument ne touche pas la terre, et cependant il remonte à une hauteur considérable!
– Alors comment expliquez-vous ce fait, Monsieur Paganel? demanda lady Helena.
– Je ne l’explique pas, madame, je le constate une fois de plus; l’effet tient évidemment à la manière dont le boomerang est lancé et à sa conformation particulière. Mais, quant à ce lancement, c’est encore le secret des australiens.
– En tout cas, c’est bien ingénieux… Pour des singes, «ajouta lady Helena, en regardant le major qui secoua la tête d’un air peu convaincu.
Cependant, le temps s’écoulait, et Glenarvan pensa qu’il ne devait pas retarder davantage sa marche vers l’est; il allait donc prier les voyageurs de remonter dans leur chariot, quand un sauvage arriva tout courant, et prononça quelques mots avec une grande animation.