Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
Pendant quatre heures, la cavalcade parcourut les allées et avenues de ce parc grand comme un petit état d’Allemagne. Le Reuss-Schleitz ou la Saxe-Cobourg -Gotha y auraient tenu tout entiers.
Si l’on y rencontrait moins d’habitants, les moutons, en revanche, foisonnaient. Quant au gibier, une armée de rabatteurs n’en eût pas jeté davantage sous le fusil des chasseurs. Aussi, ce fut bientôt une série de détonations inquiétantes pour les hôtes paisibles des bois et des plaines. Le jeune Robert fit des merveilles à côté du major Mac Nabbs. Ce hardi garçon, malgré les recommandations de sa sœur, était toujours en tête, et le premier au feu.
Mais John Mangles se chargea de veiller sur lui, et Mary Grant se rassura.
Pendant cette battue, on tua certains animaux particuliers au pays, et dont jusqu’alors Paganel ne connaissait que le nom: entre autres, le «wombat «et le «bandicoot.»
Le wombat est un herbivore qui creuse des terriers à la manière des blaireaux; il est gros comme un mouton, et sa chair est excellente.
Le bandicoot est une espèce de marsupiaux, qui en remontrerait au renard d’Europe et lui donnerait des leçons de pillage dans les basses-cours. Cet animal, d’un aspect assez repoussant, long d’un pied et demi, tomba sous les coups de Paganel, qui, par amour-propre de chasseur, le trouva charmant.
«Une adorable bête,» disait-il.
Robert, entre autres pièces importantes, tua fort adroitement un «dasyure viverrin», sorte de petit renard, dont le pelage noir et moucheté de blanc vaut celui de la martre, et un couple d’opossums qui se cachaient dans le feuillage épais des grands arbres.
Mais de tous ces hauts faits, le plus intéressant fut, sans contredit, une chasse au kanguroo. Les chiens, vers quatre heures, firent lever une bande de ces curieux marsupiaux. Les petits rentrèrent précipitamment dans la poche maternelle, et toute la troupe s’échappa en file. Rien de plus étonnant que ces énormes bonds du kanguroo, dont les jambes de derrière, deux fois plus longues que celles de devant, se détendent comme un ressort. En tête de la troupe fuyante décampait un mâle haut de cinq pieds, magnifique spécimen du «macropus giganteus, «
Un «vieil homme, «comme disent les bushmen.
Pendant quatre à cinq milles, la chasse fut activement conduite. Les kanguroos ne se lassaient pas, et les chiens, qui redoutent, non sans raison, leur vigoureuse patte armée d’un ongle aigu, ne se souciaient pas de les approcher. Mais enfin, épuisée par sa course, la bande s’arrêta et le «vieil homme «s’appuya contre un tronc d’arbre, prêt à se défendre. Un des pointers, emporté par son élan, alla rouler près de lui. Un instant après, le malheureux chien sautait en l’air, et retombait éventré. Certes, la meute tout entière n’aurait pas eu raison de ces puissants marsupiaux. Il fallait donc en finir à coups de fusil, et les balles seules pouvaient abattre le gigantesque animal.
En ce moment, Robert faillit être victime de son imprudence. Dans le but d’assurer son coup, il s’approcha si près du kanguroo, que celui-ci s’élança d’un bond.
Robert tomba, un cri retentit. Mary Grant, du haut du break, terrifiée, sans voix, presque sans regards, tendait les mains vers son frère. Aucun chasseur n’osait tirer sur l’animal, car il pouvait aussi frapper l’enfant.
Mais soudain John Mangles, son couteau de chasse ouvert, se précipita sur le kanguroo au risque d’être éventré, et il frappa l’animal au cœur. La bête abattue, Robert se releva sans blessure. Un instant après, il était dans les bras de sa sœur.
«Merci, Monsieur John! Merci! dit Mary Grant, qui tendit la main au jeune capitaine.
– Je répondais de lui», dit John Mangles, en prenant la main tremblante de la jeune fille.
Cet incident termina la chasse. La bande de marsupiaux s’était dispersée après la mort de son chef, dont les dépouilles furent rapportées à l’habitation. Il était alors six heures du soir. Un dîner magnifique attendait les chasseurs. Entre autres mets, un bouillon de queue de kanguroo, préparé à la mode indigène, fut le grand succès du repas.
Après les glaces et sorbets du dessert, les convives passèrent au salon. La soirée fut consacrée à la musique. Lady Helena, très bonne pianiste, mit ses talents à la disposition des squatters. Michel et Sandy Patterson chantèrent avec un goût parfait des passages empruntés aux dernières partitions de Gounod, de Victor Massé, de Félicien David, et même de ce génie incompris, Richard Wagner.
À onze heures, le thé fut servi; il était fait avec cette perfection anglaise qu’aucun autre peuple ne peut égaler. Mais Paganel ayant demandé à goûter le thé australien, on lui apporta une liqueur noire comme de l’encre, un litre d’eau dans lequel une demi-livre de thé avait bouilli pendant quatre heures. Paganel, malgré ses grimaces, déclara ce breuvage excellent.
À minuit, les hôtes de la station, conduits à des chambres fraîches et confortables, prolongèrent dans leurs rêves les plaisirs de cette journée.
Le lendemain, dès l’aube, ils prirent congé des deux jeunes squatters. Il y eut force remercîments et promesses de se revoir en Europe, au château de Malcolm. Puis le chariot se mit en marche, tourna la base du mont Hottam, et bientôt l’habitation disparut, comme une vision rapide, aux yeux des voyageurs. Pendant cinq milles encore, ils foulèrent du pied de leurs chevaux le sol de la station.
À neuf heures seulement, la dernière palissade fut franchie, et la petite troupe s’enfonça à travers les contrées presque inconnues de la province victorienne.
Chapitre XVIII
Une immense barrière coupait la route dans le sud-est.
C’était la chaîne des Alpes australiennes, vaste fortification dont les capricieuses courtines s’étendent sur une longueur de quinze cents milles, et arrêtent les nuages à quatre mille pieds dans les airs.
Le ciel couvert ne laissait arriver au sol qu’une chaleur tamisée par le tissu serré des vapeurs. La température était donc supportable, mais la marche difficile sur un terrain déjà fort accidenté. Les extumescences de la plaine se prononçaient de plus en plus. Quelques mamelons, plantés de jeunes gommiers verts, se gonflaient çà et là. Plus loin, ces gibbosités, accusées vivement, formaient les premiers échelons des grandes Alpes. Il fallait monter d’une manière continue, et l’on s’en apercevait bien à l’effort des bœufs dont le joug craquait sous la traction du lourd chariot; ils soufflaient bruyamment, et les muscles de leurs jarrets se tendaient, près de se rompre. Les ais du véhicule gémissaient aux heurts inattendus qu’Ayrton, si habile qu’il fût, ne parvenait pas à éviter. Les voyageuses en prenaient gaiement leur parti.
John Mangles et ses deux matelots battaient la route à quelques centaines de pas en avant; ils choisissaient les passages praticables, pour ne pas dire les passes, car tous ces ressauts du sol figuraient autant d’écueils entre lesquels le chariot choisissait le meilleur chenal. C’était une véritable navigation à travers ces terrains houleux.
Tâche difficile, périlleuse souvent. Maintes fois, la hache de Wilson dut frayer un passage au milieu d’épais fourrés d’arbustes. Le sol argileux et humide fuyait sous le pied. La route s’allongea des mille détours que d’inabordables obstacles, hauts blocs de granit, ravins profonds, lagunes suspectes, obligeaient à faire. Aussi, vers le soir, c’est à peine si un demi-degré avait été franchi. On campa au pied des Alpes, au bord du creek de Cobongra, sur la lisière d’une petite plaine couverte d’arbrisseaux hauts de quatre pieds, dont les feuilles d’un rouge clair égayaient le regard.