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Trouble dans les andains

Электронная книга - «Trouble dans les andains». Краткое содержание книги:

Conçu durant l’hiver 1942–1943, révélé en 1966, Trouble dans les Andains, premier roman de Boris Vian, n’est ni l’ébauche ni la version primitive de quelqu’une de ses autres œuvres. C’est un récit d’inspiration originale, pleinement achevé, conduit avec allégresse et que rien ne bride puisqu’il est mû tout entier par la dynamique des mots. Exemple le plus direct du langage-univers de Boris Vian, cette aventure où se mêlent la terreur (drolatique), l’enquête policière (cocasse) et l’espionnage-bouffe, ce sont les mots en effet qui la mènent et la tissent, l’embrouillent et la dénouent, y rebondissent et cabriolent, et nous font trembler à force de rire de leurs galipettes. Boris Vian s’y dédouble, s’y multiplie en dix personnages qui se poursuivent d’Auteuil à Bornéo, nagent dans des flots de sang de crapaud et s’entretuent joyeusement en se disputant un mystérieux engin, le barbarin fourchu. Une histoire que Boris Vian s’était racontée à lui-même faute de pouvoir la lire dans le livre d’un autre. Oui, une histoire totalement inventée, une histoire pour le plaisir, pour s’amuser, on en a bien le droit, non ?
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Le Baron, saisissant son revolver, fit sauter la lampe de mille watts qui éclairait cette scène d’horreur. Puis, bondissant par-dessus les formes confuses qui s’agitaient dans le noir, au milieu des cris et des vociférations, il atteignit la porte et se perdit dans l’ombre, car sept heures s’étaient écoulées depuis qu’il avait franchi l’entrée du bar…

CHAPITRE XXXII.

TOUJOURS LE MANUSCRIT

Brisavion, le célèbre détective, fumait sa cent-septième pipe quotidienne derrière un bureau plaqué de palissandre ronéoté quand un coup de sonnette impérieux se fit entendre. Sans quitter sa pipe, il souleva délicatement le couvercle d’un classeur de bureau qui trônait à sa droite.

Un ensemble de cadrans apparut à sa vue, et une petite lampe verte s’alluma trois fois. Des aiguilles s’immobilisèrent sur les cadrans. Brisavion prit quelques notes rapides et pressa un petit bouton blanc qu’il avait sous l’index. À son hurlement, car c’était un panaris, un domestique parut.

— Faites entrer, Sarcopte, dit Brisavion.

— Bien, chef, dit Sarcopte en saluant réglementairement.

Il avait conservé, de son séjour dans les rangs des balayeurs municipaux, des habitudes paramilitaires et une haine prononcée des chiens et des chevaux.

Quelques secondes s’écoulèrent et le Baron Visi fit son entrée.

— C’est bien le célèbre Brisavion ?… dit-il d’une voix coupante comme un tranchet de cordonnier.

— Lui-même… Baron Visi, répondit le détective.

Le Baron eut un léger sourire.

— Sans doute allez-vous m’indiquer ma taille à un millimètre près… demanda-t-il d’une voix railleuse.

— 1 m 87, répondit Brisavion qui rougit légèrement.

— Vos petits appareils sont bien réglés, conclut le Baron. Donc, inutile de m’apprendre que je pèse quatre-vingt-cinq kilos, que je mesure 1 m 22 de tour de poitrine, et que je chausse du quarante-trois. Je sais tout ça. Dites-moi plutôt qui a tué le Cénobite.

Et son regard se perdit en dehors, sur les arbres qui brillaient tout verts sous le soleil du matin. La fenêtre de Brisavion restait toujours ouverte.

— Je suis navré, murmura Brisavion. C’est une erreur… C’est vous que Sarcopte devait tuer…

D’un geste vif, il tira un petit levier qui dépassait à peine la surface polie du bureau. Le lustre de bronze de cent trois kilos qui oscillait légèrement une seconde plus tôt au-dessus de la tête du Baron, s’écrasa sur le sol car le Baron avait fait un pas de côté.

— Vous aurez du mal avec moi, remarqua-t-il simplement en essuyant la sueur rougeâtre que la colère faisait perler à ses tempes.

Il y eut quelques instants de silence. Les deux hommes s’observaient sans rien dire.

— Vous avez l’air blindé, conclut Brisavion. Associons-nous.

Il tendit au Baron une liasse de billets qui représentait au bas mot vingt millions de roupies. C’était la monnaie légale depuis que, par peur du Ghandi Raton, tout le monde s’était converti au bouddhisme.

— D’accord !… dit le Baron. Voulez-vous appeler Sarcopte.

Et il empocha les billets.

— Volontiers ! rétorqua le détective. Il faut d’ailleurs que je change de domestique.

Il sonna. Sarcopte apparut et se mit au garde-à-vous.

— Sarcopte ! dit Brisavion. Raccroche le lustre.

L’autre s’exécuta péniblement.

— Maintenant, fais un signe de croix.

Le bras du valet venait à peine de retomber et la balle l’atteignit en plein cœur. Avec un cri bizarre qui rappelait le braiement du chat-huant il s’abattit la face contre terre.

— Vous ferez enlever ça, dit le Baron. Maintenant, venons au fait. Où se trouve-t-il ?

— Vous connaissez l’archipel de Touamotou ? dit Brisavion.

— J’irais les yeux fermés.

— Eh bien, ce n’est pas là. C’est dommage. C’est à Bornéo, à deux cents mètres au sud-ouest du piton Malikopi.

— C’est en plein milieu de l’île, remarqua le Baron.

— Oui, dit Brisavion, mais vous aurez des cigarettes et un canot automobile.

— Parfait ! conclut le Baron. Je pars demain.

— C’est tard !…

— Pourquoi ?

— Vandenbouic est sur l’affaire, avoua Brisavion.

CHAPITRE XXXIII.

LE MANUSCRIT N’EST PAS FINI

— Ah, je vois ! murmura le Baron.

— N’est-ce pas ? C’est sérieux !…

— Mais qui est Vandenbouic ?

— Mon ancien associé.

— Vous étiez associés ?

— Il y a dix minutes, soupira Brisavion. Mais vous me plaisez plus.

— Je comprends ça, dit le Baron en prenant un air avantageux.

— Oui ! C’est une brute. Il m’a cassé un lustre. Il a le crâne d’une dureté !…

— Bougre oui !… approuva le Baron. C’était le lustre du vestibule, je pense.

— D’accord, dit Brisavion, mais il pèse encore cinquante kilos.

— Je voudrais le connaître, ce Vandenbouic… murmura le Baron… Je voudrais étriper sa sale carcasse de pseudo-Hollandais dipsomane.

— Vous le verrez demain, il prend le même hydravion que vous.

— Cela sera très commode, admit le Baron. Mais vous m’excuserez. Je dois songer à mon départ.

Il serra la main du détective et quitta la pièce. »

CHAPITRE XXXIV.

INTERLUDE

Le Major qui écoutait attentivement se leva à ce moment-là pour chercher Sérafinio, sorti depuis quelques instants. Sans hésitation, il se dirigea vers une pièce où il savait que les rats avaient élu domicile et il trouva Sérafinio à plat ventre, agité de soubresauts convulsifs.

— Un peu juste le trou, remarqua le Major.

— C’est pas ça, dit Sérafinio, mais il restait un rat dedans. Il ne veut plus me lâcher. Encore une minute et je le noie.

Quand il se fut dégagé, ils revinrent tous deux écouter la suite, et Antioche, qui les attendait, reprit sa lecture.

« … Le Baron Visi descendait l’escalier qui menait à l’embarcadère. Il sauta dans la petite barque orange chargée de mener les voyageurs à l’hydravion clandestin. Celui-ci reposait mollement sur ses longs flotteurs. Une brise légère chantait à travers les haubans du mât porte-biroute. Le feuillage gris-vert des saules introduisait une note mélancolique dans le paysage. La rivière coulait, paresseuse, et les eaux du grand bassin frissonnaient, légèrement chatouillées par l’air folâtre. Le soleil était déjà vif.

Comme la barque approchait de l’hydravion, le Baron piqua une tête dans l’eau claire et disparut. La barque vola en éclats, presque instantanément et coula à pic.

L’homme qui avait lancé la grenade gisait maintenant, le cou brisé, sur le flotteur où la poigne implacable du Baron, surgi à l’improviste, l’avait cloué.

— Charogne ! murmura Visi en s’ébrouant.

Il sortit son automatique, et, posément, comme à la foire, abattit le pilote, l’observateur, et le radio qui avaient successivement passé la tête à la portière de la carlingue.

À ce moment, une balle frôla sa joue gauche et s’aplatit avec un bruit mat sur la coque.

— Ah ! murmura le Baron en s’abritant derrière la jambe profilée supportant le flotteur. Vandenbouic ouvre les hostilités.

On ne voyait rien. D’un saule monta dans l’air une légère fumée.

— Pauvre Vandenbouic ! ricana le Baron. Encore un hydravion que tu ne prendras pas !

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