Trouble dans les andains
- Автор: Виан Борис
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: Éditions 10/18
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Trouble dans les andains». Краткое содержание книги:
Texte intégral
Poussant un ricanement satisfait, il bondit sur ses pieds, se précipita en avant et se cogna violemment la tête contre une cloison en briques pleines, car le boyau tournait brusquement à angle droit.
Le Baron frotta sa bosse avec un linge enduit de liniment Sloan, saupoudra la contusion de farine de moutarde et reprit sa marche reptilienne. Il n’était pas arrivé à l’âge de dix-neuf ans sans avoir cultivé ses facultés. Aussi, comme il avait plus de dix-neuf ans, il voyait dans le noir comme un chat dans un violon, ce qui lui permettait de progresser avec une grande rapidité.
Au bout de neuf kilomètres, il s’arrêta.
Sa main, tenue derrière lui pour tâter le terrain, rencontra un objet ligneux qu’il reconnut rapidement pour une torche faite du bois résineux du mata-hari. L’enflammant avec son briquet consulaire, il poursuivit sa route, précédé d’une vive lumière.
— J’approche… murmura-t-il, car un septième sens l’avertissait de la proximité du but. »
CHAPITRE XXXVII.
C’EST TOUT
Le manuscrit s’arrêtait là. La fin, illisible, maculée de taches rouges en lesquelles les quatre complices eurent tôt fait de reconnaître du jus de punaise, laissait apparaître quelques lambeaux de phrases hachés… et quelques centimètres avant l’extrémité inférieure de la dernière page, Antioche lut avec un sursaut… « … onné le barbarin en cadeau de… ançailles… à la… tite… élaïde de Beaumashin… rompit aussitôt… partie avec… rival infâme… vengeance… fils… engera son père… »
Il y eut un silence. Adelphin était blême, plus blanc que son béret dont la petite queue se courbait sur le côté comme pour implorer le pardon de ses juges.
— La chose est claire ! dit le Major. Adelphin vous portez bien le nom de votre mère ?
— Oui, dit Adelphin. Mon père, ce héros au sourire en saindoux, l’a plaquée à soixante-sept ans…
— Lui ?
— Non, elle !…
— Il est un peu excusable, dit le Major, surtout si elle vous ressemblait. Ainsi votre mère vous a légué le barbarin à sa mort ?
— Oui… murmura Adelphin.
— Et vous n’avez jamais eu l’idée de lui en demander la provenance ?
— Je savais tout ! dit Adelphin dont les yeux égarés tournaient vertigineusement dans les orbites caves, produisant le même bruit que fait une assiette.
— Et vous saviez que Antioche Tambrétambre était le fils du Baron Visi ? L’ancien fiancé de votre mère ?
— Non ! rugit Adelphin. Ça je le jure ! Sans ça, je l’aurais tué tout de suite !…
— Pourquoi votre mère n’avait-elle pas rendu le barbarin au Baron Visi ? reprit le Major qui sembla ne pas entendre le hurlement d’Adelphin, mais dont la main s’enfonça dans la poche droite de la veste.
— Parce que c’était un beau barbarin et qu’elle a préféré le garder, ricana Adelphin. Elle a même essayé d’empoisonner le Baron… Et moi aussi, quand j’ai été plus grand… à six ans… J’ai tenté de lui faire ingurgiter des chocolats au cyanure de pétase…
— Vous le voyiez donc ?
— Je savais où le trouver… murmura Adelphin. Une annonce dans l’Ami du Peuple suffisait.
— Je comprends, dit Antioche. Il a perdu la trace de mon malheureux père depuis que l’Ami du Peuple ne paraît plus.
À ce moment, une balle jaillit des profondeurs du fauteuil où le Major, depuis quelques minutes, semblait somnoler. Elle traversa l’œil gauche d’Adelphin et vint se loger dans le repli latéral du sphénoïde, paralysant complètement les croco-aryténoïdiens et privant complètement le comte de Beaumashin de l’usage de la parole. Comme il était mort, cela n’avait plus aucune importance.
— Justice est faite ! dit Sérafinio.
— Une telle canaille, conclut le Major, ne méritait pas de vivre plus longtemps. Maintenant, Antioche, il nous faut retrouver ton père.
— Incidemment, dit Sérafinio, pouvez-vous me dire qui était la Pyssenlied ?
— Une ancienne au Baron, naturellement dit le Major.
— Et, ajouta Sérafinio, le rhizostomus ?
— Rapporté de Bornéo, murmura Antioche. Dans une vessie à glace. L’était tout petit, à ce moment-là. Drôle d’animal. Croyais qu’il était mort depuis longtemps. La vie dure, les rhizostomus. Mais que diable venait foutre mon père dans la région de Bayonne ?
— Mais quoi ? dit Sérafinio, jamais très compréhensif. Alors, le vieillard aux sauts périlleux ?
— C’est le Baron Visi ! conclut le Major. Et, maintenant, nous allons le chercher.
Cependant, Sérafinio montrait un front soucieux.
— Les bourses vous démangent ? demanda poliment Antioche.
— Non ! dit Alvaraide. Mais je dois vous dire que ma mère s’appelait Katrina Van den Bouic… C’était sa sœur…
— Le fils de la sœur de l’ennemi de mon père ! hurla Antioche. Mais je vais le tuer !
— Oooh ! gémit Sérafinio. Ennemi… Il l’a jamais beaucoup gêné… c’était lui qui était dans le petit navion… mon pauvre noncle…
La terreur le rendait gâteux.
Les yeux candides d’Antioche Tambrétambre irradiaient une lueur verte et les démons s’agitaient sous sa calotte crânienne. Il projeta ses mains en avant, les doigts recourbés et saisit Sérafinio Alvaraide à la gorge. Puis, il lui plongea son index gauche dans l’œil, et cet index, horreur ! ressortit par l’autre orbite. Tenant ainsi le malheureux par l’anse du nez, il lui déchira, de la main droite, le ventre et le haut des cuisses, à grands coups de griffes.
Arrachant enfin, d’un seul coup, la virilité entière d’Alvaraide, il la lui planta dans la bouche et rejeta le cadavre au loin… Le corps, fumant le cigare, restait là. Les hurlements du supplicié résonnaient encore dans le crâne du Major qui dégueulait doucement dans une potiche.
— Remets-toi, dit Antioche… C’était une crapule.
— Je sais, dit le Major. Mais ce sont les apéritifs de cette lope d’Adelphin qui me reviennent à la mémoire.
— Maintenant, dit Antioche, il s’agit de retrouver papa.
CHAPITRE XXXVIII.
À LA RECHERCHE DU BARON PERDU
Les deux amis se lavèrent les mains dans une aiguière de caramel taillé qui trônait sur un bahut Empire peint en rouge vif et s’essuyèrent à la chemise d’Alvaraide dont les lambeaux étaient éparpillés un peu dans tous les coins de la pièce. Puis, saisissant les cadavres, un pour chacun, ils se dirigèrent à la cuisine qui comportait un hachoir électrique perfectionné. Les corps, réduits en minces lambeaux, furent jetés dans les vatères, et la chasse d’eau actionnée.
La pratique était courante et bien supérieure au système démodé de la fosse à chaux et de la chaudière. Les chutes des vatères comportaient des regards de glace trempée qui permettaient de contrôler la descente normale de la bidoche.
Cette bonne chose faite, le Major et Antioche descendirent à la cave.
CHAPITRE XXXIX.
VOIR LE TITRE PRÉCÉDENT
Ou plutôt, ils eurent l’intention de descendre à la cave. Car le sang du rhizostomus remplissait maintenant l’endroit de sa masse liquide, un peu grumeleuse, et puissamment fétide. Le spectacle désolant du jaconas à demi immergé dans ce jus noirâtre agit profondément sur les sens du Major qui possédait une âme sensible sous des dehors métallisés. Il recula, chancela, et Antioche eut à peine le temps de le rattraper par un bras. Comme le bras tenait bien, la catastrophe fut évitée. Le Major ne savait pas nager dans le sang de rhizostomus.