Trouble dans les andains
- Автор: Виан Борис
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: Éditions 10/18
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Trouble dans les andains». Краткое содержание книги:
Texte intégral
Le garage communiquait, par des tunnels creusés dans les profondeurs du sol de la capitale, avec diverses localités de la Seine-et-Oise, où Antioche et le Major possédaient quelques pied-à-terre.
Ils n’employaient aucun domestique, car ils n’aimaient pas les gêneurs. Tout, chez eux, se faisait à l’électricité.
Le moteur de la Cadillac blanche ronronna doucement. Antioche alluma trois fois ses phares. Les cellules photo-électriques qui commandaient l’ouverture de la trappe rougirent aussitôt, et la voiture absorba la rampe de sortie en moins de temps qu’il n’en faut à un moineau pour se reproduire. La trappe retomba avec un grondement sourd, faisant frémir légèrement la tête des colchiques. Antioche ouvrit la grille de l’hôtel par le même procédé, et sa monture s’élança sur la route en vibrionnant de toutes les dentelures de ses pneus.
Antioche, peu de temps après, stoppa devant l’Adelphin’s. Dunœud, fidèle au poste, n’était pas là. Il cuisait des pâtisseries pour le voyage.
Antioche sonna. La grille s’ouvrit. Il remonta dans la voiture et décrivit une gracieuse courbe du troisième degré avant de s’arrêter devant le perron de marbre boiteux[1]. Il descendit derechef, ferma soigneusement les portes de la voiture et rejoignit les trois autres dans la bibliothèque.
CHAPITRE XXI.
EXPERTISE
— Have a drink ! said the Major, while Antioche was bursting into the room.
— Sorta seems to suit me like a Persian rug, said Antioche.
Then came Dunœud with a tray, on which a big glass was standin’half full with rye[2].
Antioche prit le verre et le vida d’un trait.
Un peu plus, dit-il à Dunœud. J’ai soif.
Il se tourna vers le Major.
— Alors, vieille noix, tu es prêt ?
— Partons, dit le Major.
Le Comte et Alvaraide redescendaient l’escalier du premier étage, revêtus d’élégants costumes de tweed violâtre à carreaux jaunes. Adelphin portait en outre un béret basque blanc, enfoncé jusqu’aux oreilles. Sérafinio, plus mâle, avait un feutre gris coquettement orné d’une plume de plumeau rouge et incliné à 60°, sur l’horizontale et sur la tête.
Vous avez vos revolvers ? dit le Major.
— Oui ! répondit Sérafinio.
— Donnez ! ordonna le Major.
Il enleva les chargeurs, s’assura qu’il n’y avait pas de cartouches dans le canon des armes, et rendit les revolvers à leurs possesseurs.
— Moins dangereux, commenta Antioche.
Et les deux autres approuvèrent.
Les quatre hommes prirent place dans la somptueuse voiture et, à soixante-dix milles à l’heure, Antioche repassa la grille, en marche arrière. Un bref virage, et la machine fonça sur le boulevard.
— Où allons-nous ? demanda Antioche au bout de cinq minutes.
— Là, répondit le Major. Nous sommes arrivés.
L’auto stoppa devant un immeuble à huit étages dont on devinait la population grouillante.
Au moment où le Major, descendu seul, pénétrait dans l’entrée, une assistante sociale en uniforme descendait l’escalier de ciment armé. Il n’y fit pas attention et monta jusqu’au cinquième.
La porte, en tôle ondulée, portait une plaque de carton à chapeau gravée sur laquelle on lisait ces mots :
Le Major donna un grand coup de pied dans la tôle qui tomba en désuétude, et pénétra dans l’appartement d’Isaac.
Celui-ci lisait une traduction du Talmud en langue verte, car il voyait rouge et souffrait de daltonisme.
— Bonjour ! dit le Major.
— Comment vas-tu ? dit Isaac.
— Que vaut ce barbarin ? demanda le Major.
— Je vais te dire ça, grogna l’autre.
— Vite ! Je suis pressé.
Il est faux, soupira Isaac au bout d’un quart d’heure. Tout compte fait il ne doit pas valoir plus de onze millions.
— De dollars ? compléta Jacques.
— Non ! de livres sterling. Je suis preneur à cinquante francs, si tu veux le vendre.
— Trop aimable, grogna à son tour le Major. Pas un mot à personne, ajouta-t-il.
— Bien sûr dit Isaac.
— Tu permets ? dit le Major en tirant sa mitraillette. Je serai plus tranquille.
Il déchargea son arme sur Isaac qui gargouilla quelques secondes et se tut.
— Au revoir, vieux, dit le Major en s’en allant.
CHAPITRE XII.
ROUTE
— Fonce ! dit le Major en remontant dans la Cadillac.
Antioche embraya en prise et la voiture fit un bond terrible en avant.
— Il faut que nous soyons à Bayonne ce soir ! dit le Major. Il est onze heures du matin. Vas-y.
— Nous y serons, fut la brève réponse d’Antioche.
Six heures plus tard, ils entraient à Chartres, à peine en retard sur l’horaire prévu, car ils s’étaient arrêtés cinq heures quarante-deux exactement, pour se restaurer un peu.
La Cadillac s’engageait sur la route d’Orléans lorsqu’un avion parut à l’horizon. C’était un avion de chasse du plus récent modèle qui rejoignit l’auto en quelques secondes.
Antioche appuya sur le champignon, comme on dit dans la basse pègre, et la voiture ralentit car les pédales étaient inverties, pour dérouter les voleurs dont on doit toujours se méfier.
L’avion rasa la route et une giclée de mitraillette fit gicler l’écorce d’un gros chêne noueux, gravant profondément dans le bois les lettres P. A. Puis, il se mit à tourner en spirales autour de la voiture.
Le Major empoigna la manette de l’avertisseur et émit en morse quelques signaux qui parurent incompréhensibles à Adelphin. D’ailleurs, celui-ci ne savait pas le morse. L’avertisseur de la Cadillac était un engin d’une puissance étonnante et couvrait aisément le bruit de la pipe de Sérafinio qui jutait un peu ; lui aussi.
Au bout de quelques secondes, l’avion cessa de tourner et, gagnant de la hauteur, se perdit rapidement dans les nuages.
Il faisait un temps splendide. Le ciel était parfaitement limpide et d’un bleu-vert insoutenable. C’est pourquoi, seul Adelphin, qui était myope, s’en rendait compte. Pour les trois autres, le temps était ordinaire, sans plus. On entendait les cailles grésiller dans les sillons et les alouettes grisoller dans les rillons ou peut-être le contraire.
Antioche Tambrétambre prit enfin la parole.
— C’était Popotepec !… murmura-t-il en lâchant l’accélérateur qui s’arrêta de crier, pour que ses compagnons puissent entendre son murmure.
— Petit cours d’histoire ! annonça le Major en se tournant vers ses complices.
CHAPITRE XXIII.
SUD-AMÉRIQUE
— Comme vous vous en doutiez, reprit le Major, il s’agit du célèbre Popotepec Atlazotl.
Il s’arrêta court, évoquant des souvenirs inoubliables. Il revoyait cette petite ville des Andes, où Popotepec, monté sur une muleta, ralliait ses troupes innombrables autour de lui, en chantant l’hymne des anciens Aztèques.
C’était Inca exceptionnel. Popotepec était parti le matin, et le soir, victorieux, il rapportait les têtes de cent onze ennemis de la nation. Antioche et le Major ayant participé à l’expédition, avaient dû quitter le pays peu de temps après, mais Popotepec leur faisait régulièrement parvenir de ses nouvelles.
La gloire de ces souvenirs lui paraissait impossible à évoquer par le simple langage, le Major termina par ces mots :
— C’est tout.
Adelphin et Sérafinio avaient compris. Il est des présences qui se passent de commentaire.
1
Il s’agit de ce calcaire à petits trous qui porte un nom bien caractéristique et dont je ne me souviens absolument pas.
2
Pour ce passage, nous avons fait appel à la collaboration de Lord Byron.