Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:
– Monsieur le duc, dit-elle d’une voix glaciale, on vous a sans doute appris que le roi votre maître s’est décidé à débarrasser le royaume de hérétiques qui l’encombrent.
– Je connais cette résolution, et vous m’en voyez tout heureux, madame, bien qu’elle soit un peu tardive…
– Le roi est maître de choisir son heure. Mieux que les intrigants et les brouillons, il sait l’heure propice pour frapper les ennemis de l’Église… et ceux du trône.
Guise ne sourcilla pas et continua de sourire.
– Le roi, reprit la reine, le roi peut-il compter sur votre concours?
– Vous le savez bien, madame! Mon père et moi nous avons assez fait pour le salut de la religion pour que je puisse reculer au dernier moment.
– Bien, monsieur. De quelle besogne spéciale voulez-vous vous charger?
– Je prends Coligny, dit froidement Guise. Je prétends envoyer sa tête à mon frère le cardinal.
Catherine pâlit. Cette tête, c’est elle qui avait promis de l’envoyer aux inquisiteurs! Guise lui arrachait le meilleur morceau! Pourtant, elle ne laissa rien paraître de ses craintes et de sa haine.
– Soit! dit-elle. Vous agirez au signal convenu: le tocsin de Saint-Germain-l’Auxerrois.
– Est-ce tout, madame?
– C’est tout, dit Catherine. Pourtant, comme vous êtes le rempart du trône, comme vous êtes le fils chéri de l’Église, je prétends vous montrer les précautions que j’ai prises pour le cas où le Louvre serait attaqué… par les damnés parpaillots… Nancey!…
Le capitaine des gardes de la reine parut aussitôt.
– Nancey, demanda la reine, combien avons-nous d’arquebusiers en ce moment dans le Louvre?
– Douze cents, madame.
Guise sourit.
– Et puis? reprit Catherine en le regardant de côté.
– Et puis, continua Nancey, nous avons deux mille suisses, quatre cents arbalétriers et mille cavaliers logés comme nous avons pu.
Cette fois, le front de Guise devint soucieux.
– Et puis? reprit la reine. Vous pouvez tout dire devant M. le duc, qui est un fidèle serviteur du roi.
– Et puis, enfin, nous avons douze canons…
– Les bombardes des jours de fête? insista Catherine.
– Non pas, madame: douze canons de bataille qui sont entrés secrètement au Louvre la nuit dernière.
Guise pâlit. Il ne souriait plus. D’instinct, il se leva et prit une attitude où commençait à paraître une nuance de respect.
– Achevez de rassurer M. le duc, dit Catherine. Que nous ont annoncé les messagers qui nous arrivent depuis trois jours?
– Mais, fit Nancey d’un air étonné, ces messagers annoncent simplement que les ordres du roi s’exécutent, et que chaque gouverneur a mis des troupes en marche sur Paris…
– En sorte que?…
– En sorte que six mille cavaliers nous ont été signalés ce matin, et seront dans la journée à Paris; en sorte que huit à dix mille fantassins doivent arriver ce soir ou demain matin au plus tard; en sorte que sous trois jours, il y aura dans Paris ou sur les murs de Paris une armée de vingt-cinq mille combattants aux ordres du roi.
Cette fois, Henri de Guise ne dissimula plus: il était atterré.
– La partie est perdue! gronda-t-il.
Et il s’inclina devant la reine avec un respect qu’il ne lui avait jamais témoigné: il était vaincu.
Mais déjà Nancey reprenait:
– Puisque nous parlons de ces choses, madame, voulez-vous me dire qui doit prendre le commandement des troupes du Louvre? Est-ce M. de Cosseins?
Le duc de Guise tressaillit d’espoir: Cosseins était à lui, on le sait. Mais cet espoir fut de courte durée.
– Monsieur de Cosseins, dit la reine, a obtenu du roi la garde de l’hôtel-amiral. Qu’il y reste. Nancey, vous commanderez. Je sais à quel point vous êtes dévoué.
Nancey mit un genou à terre et dit:
– Jusqu’à la mort, Majesté!
– Je le sais. Faites donc, dès la nuit tombante, charger les arquebuses. Placez vos hommes en les distribuant à chaque porte. Que les canons soient chargés et pointés dans toutes les directions. Que les cavaliers se tiennent à cheval dans la grande cour, prêts à charger. Mettez quatre cents suisses autour du roi, et si on tente de marcher sur le Louvre, feu, Nancey, feu de vos arquebuses, feu de vos canons, feu partout et contre qui que ce soit, manants, bourgeois, prêtres, gentilshommes, huguenots ou catholiques… tuez tout!
– Je tuerai tout! s’écria Nancey en se relevant. Mais, madame, autour de Votre Majesté… qui dois-je placer?
Catherine se leva, tendit son bras vers le Christ d’argent, et d’une voix qui eut des sonorités étranges, elle répondit:
– Autour de moi? Personne: j’ai Dieu pour moi!…
– Madame, dit Guise d’une voix altérée, lorsque Nancey fut sorti, Votre Majesté sait qu’elle peut faire état de moi pour le service du roi aussi bien que pour la défense de la religion…
– Je le sais, monsieur le duc. Aussi, croyez bien que si vous n’aviez vous-même choisi votre besogne dans la grande œuvre qui se prépare, c’est à vous que j’eusse demandé de prendre le commandement au Louvre.
Guise se mordit les lèvres jusqu’au sang: il s’était enferré lui-même.
– Madame, reprit-il, il ne me reste plus qu’à vous demander la faveur de vouloir bien recevoir l’homme à qui j’ai donné des ordres pour la nuit prochaine. Cet homme a des scrupules et ne veut agir que sur un ordre positif de Votre Majesté.
– Qu’il vienne! dit Catherine.
Guise alla ouvrir la porte d’un couloir et fit un signe. Une sorte de colosse à figure niaise et poupine, aux mains énormes, aux yeux ronds à fleur de tête, bleu faïence, au front bas et têtu, entra en se dandinant.
Cet homme s’appelait Dianowitz. Mais comme il était d’origine bohémienne, le duc de Guise, selon l’usage qui faisait nommer les domestiques du nom de leur province, l’appelait Bohème et par abréviation, simplement Bême.
La reine regarda le géant avec une admiration exagérée. Le géant sourit et caressa sa moustache.
– Tu t’es chargé de quelque chose pour cette nuit? demanda Catherine.
– De tuer l’Antéchrist, oui. Si Votre Majesté veut, je lui coupe la tête.
– Je le veux, dit la reine. Va, et obéis à ton maître.
Le géant se dandina sur ses jambes, mais demeura sur place.
– Eh bien, Bême! as-tu entendu? fit le duc.
– Oui; mais je veux pouvoir sortir tranquillement de Paris avec deux ou trois bons compagnons qui m’escorteront jusqu’à Rome… vous savez que toutes les portes sont fermées, monseigneur.
Catherine s’assit et écrivit rapidement quelques lignes sur un papier qu’elle signa et sur lequel elle apposa le sceau royal.
Bême le lut attentivement. Il contenait ces mots:
«Sauf-conduit pour toute porte de Paris, valable ce jourd’hui 23 août et jusque dans trois jours. – Laissez passer le porteur des présentes et les personnes qui l’accompagnent. Service du roi.»
Le géant plia le papier et le plaça dans son pourpoint. Puis il fit deux pas vers la porte.