Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:
– Écris, dit-elle, écris un ordre de sursis. Ah! qu’ils ne soient pas tenaillés!… Ils seront tout de même en prison, puisqu’on les tient!…
Charles écrivit l’ordre de sursis…
– Où sont-ils? demanda-t-elle.
– Au Temple. Je vais envoyer…
– Non, non! J’y vais! J’y cours! s’écria Marie Touchet en jetant à la hâte une capeline sur sa tête et un manteau sur ses épaules. Donne-moi seulement un sauf-conduit…
Charles écrivit le laisser-passer. Il apposa son cachet sur les deux papiers et les remit à Marie Touchet qui les serra dans ses bras.
– Ô mon Charles, comme tu es bon… comme je t’aime!…
Et elle s’élança au dehors, laissant le roi tout effaré, mais charmé. On sait le reste. Le roi demeura quelques minutes encore dans la paisible maison, alla revoir son fils qui dormait dans son berceau; puis, calme, l’âme purifiée, les yeux brillants, il reprit le chemin du Louvre.
XXVIII LE MESSIE DE LA SAINTE-INQUISITION
La reine, en quittant le Temple, était rentrée secrètement au Louvre où l’attendaient quelques seigneurs à qui elle avait donné rendez-vous pour huit heures. L’ordre de surseoir à l’interrogatoire des Pardaillan était pour elle une grosse déception.
En effet, elle avait espéré surprendre enfin la preuve de la trahison de Guise.
Par avance, elle avait préparé un coup de théâtre qui devait mettre Henri de Guise à sa discrétion…
Mais renvoyant à plus tard ses projets, écartant de son esprit méthodique toute préoccupation de cet ordre, la reine arriva au Louvre sans que rien de son visage ou son attitude révélât qu’elle venait d’éprouver une terrible contrariété.
Passant par un couloir secret, elle arriva à son oratoire.
Sa suivante florentine l’attendait.
– Qui est là? demanda la reine en désignant la porte de son cabinet.
– Monseigneur le duc d’Anjou, le jeune duc de Guise, le duc d’Aumale, M. de Birague, M. Gondi, le maréchal de Tavannes et le maréchal de Damville, M. le duc de Nevers et M. le duc de Montpensier.
– Où est Nancey?
– Le capitaine est à son poste avec les cent gardes.
– Que fait le roi?
– Sa Majesté est sortie ce matin de bonne heure; je l’ai su par le petit Loriot qui surveille la poterne; mais tout le monde croit au Louvre que le roi dort.
Catherine alla soulever une tenture et vit Nancey, son capitaine, l’épée nue à la main. Elle eut un geste de satisfaction et, venant s’asseoir près d’une petite table qui supportait un lourd missel, elle s’assura que son poignard était bien en place à portée de sa main, et elle dit:
– Fais prévenir M. le duc de Guise que je l’attends.
Deux minutes plus tard, le duc, somptueusement vêtu comme à son ordinaire, pénétrait dans l’oratoire et s’inclinait devant la reine avec cette grâce hautaine et comme narquoise qu’il affectait vis-à-vis de Catherine.
La reine s’arma de son plus charmant sourire et désigna un siège au duc qui, sans se faire prier davantage, s’assit, campa son poing sur la hanche et regarda fixement la souveraine, comme d’égal à égal.
Il y eut une minute de silence pendant laquelle Catherine chercha à faire baisser les yeux du duc.
Malgré toute sa puissance sur elle-même, elle ne put s’empêcher de frémir.
– Il se croit déjà roi! songea-t-elle.
Quel était donc cet homme qui faisait trembler l’indomptable Catherine? Quelle force énorme et mystérieuse représentait-il pour qu’il pût, sans pâlir, soutenir le choc de ce regard mortel qui avait courbé tant de têtes?…
Henri Ier de Lorraine, duc de Guise, était alors âgé de vingt-deux ans.
Il était très beau.
C’était le vivant portrait de sa mère, Anne d’Este – fille d’Hercule II d’Este, duc de Ferrare – duchesse de Nemours. Il avait donc cette beauté mâle et régulière de la superbe Italienne qui avait peut-être dans les veines un peu du sang de Lucrèce Borgia. Cette filiation éclatait sur son visage en orgueil et en dédain. Il était trop jeune encore pour être retors; mais déjà l’astuce pétillait parfois dans son regard et détruisait l’harmonie de force et de violence qui, pour le moment, paraissait être le fond de son caractère.
Il s’habillait magnifiquement, entretenait une maison plus fastueuse que celle du roi; il portait au cou un triple collier de perles d’une inestimable valeur, et la garde de son épée était constellée de diamants; les soieries les plus chatoyantes, les velours les plus fins composaient son costume. Il penchait un peu la tête en arrière et fermait à demi les yeux pour parler aux gens, comme s’il eût voulu laisser tomber sa parole de plus haut. Toutes ses attitudes respiraient la confiance, la force, l’orgueil. Pour tout dire, sa certitude de monter sur le trône de France était, à cette époque, absolue.
D’où lui venait cette certitude qui, seule, lui donnait cette superbe confiance, cette morgue fastueuse, cet orgueil intraitable? D’où venait que ce jeune homme parlait, pensait, agissait en monarque devant qui tout doit trembler? D’où venait qu’il se croyait chez lui au Louvre et qu’il considérait Catherine et Charles IX comme des intrus?
Nous l’allons dire.
Mais notons en passant que ce magnifique cavalier qui éclipsait jusqu’au duc d’Anjou en élégance, que ce type achevé de la beauté, que cet homme enfin qui semblait personnifier l’orgueil, connut toute sa vie la singulière destinée d’être outrageusement trompé par sa femme: les amants se succédaient dans son lit, et toujours le duc de Guise montrait la morgue d’un être à demi divin que le ridicule ne saurait atteindre. Ridicule, il le fut pourtant – jusque dans ses prétentions à l’absolutisme.
Or, toutes les fois qu’il cessa d’être un grotesque infatué que tous les bellâtres de Paris et de province cocufient à qui mieux mieux, ce fut pour devenir odieux. Sa férocité dans les massacres n’avait-elle au fond la même cause que son orgueil à la cour, c’est-à-dire l’incapacité de penser, la nullité de l’âme, ce vide d’esprit grâce auquel il passa dans la vie comme une belle statue!
Voyons donc ce qu’il y avait derrière cette statue.
Si Henri de Guise tenait de sa mère la beauté du visage et la noblesse outrée des attitudes, il tenait de son père la froide cruauté, la stupide férocité du reître rué sur le monde comme un fléau.
François de Lorraine, duc de Guise et d’Aumale, prince de Joinville et marquis de Mayenne, avait été l’un de ces fléaux. Calculateur sans scrupule, professant pour la vie humaine un effroyable mépris, résolu à se couvrir de sang pour se couvrir de gloire, incapable des plus primitifs sentiments de justice et de pitié qui peuvent vagir au fond de la conscience humaine capable de mettre un royaume à feu et à sang pour la satisfaction des plus basses vanités, tuant quelquefois pour le seul plaisir de tuer – comme à Vassy [24] – sans cœur, sans esprit, sans entrailles, tel avait été l’illustre, le magnanime, le brave et glorieux François de Guise que les écrivains se sont toujours efforcés de nous présenter comme un modèle de vertu civique et guerrière.
La reine, ayant essayé de faire baisser les yeux de son redoutable interlocuteur, résolut d’abattre au moins pour un temps ses espérances.
[24] Vassy: localité en Champagne où les catholiques du duc de Guise massacrèrent quarante-deux huguenots à la suite d’une banale querelle (1562).