Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:
– Au nom du roi!… Il y a sursis!…
À ce cri «au nom du roi», tous demeurèrent immobiles, jusqu’au bourreau qui laissa tomber les chaînettes dont il commençait à lier les jambes du chevalier, jusqu’à Maurevert qui se mordit les poings pour étouffer un hurlement de rage, jusqu’à Catherine de Médicis qui, dans son ombre, tressaillit violemment.
Et tous virent alors une femme, une jeune femme à tournure élégante, modestement vêtue, qui jetait un regard de compassion émue et de joie profonde sur les deux condamnés, et qui, les mains jointes, murmurait:
– Que bénie soit la Vierge Marie, ma sainte patronne, j’arrive à temps!
Les deux Pardaillan s’étaient saisis par la main.
– Marie Touchet! murmura le chevalier qui s’inclina d’un air de grâce d’une simplicité prodigieuse en un tel moment.
– Qui êtes-vous, madame? demanda Montluc en s’avançant vers la jeune femme.
– Je suis une messagère du roi de France, voilà tout ce qui vous importe, monsieur, dit Marie Touchet.
– Comment êtes-vous parvenue ici?
Sans répondre, elle tendit un papier que Montluc alla lire à la lueur d’une torche. Il contenait ses mots:
«Ordre au gouverneur, portiers et tous geôliers du Temple de laisser passer le porteur des présentes jusqu’à la chambre des questions. Signé: Charles, roi.»
– Et maintenant, lisez ceci, reprit Marie Touchet.
Et elle tendit à Montluc stupéfait un deuxième papier sur lequel le roi avait, de sa main, tracé cette ligne:
«Ordre de surseoir à l’interrogatoire de messieurs de Pardaillan père et fils. Signé: Charles, roi.»
Montluc, ayant lu, se tourna vers le sergent qui commandait les gardes, et dit:
– Emmenez les prisonniers dans leur cachot. Bourreau, tu reviendras quand il plaira au roi.
– Un instant, gronda Maurevert. Tout n’est pas dit…
– Tout est dit quand le roi ordonne, dit Montluc. Gardes, emmenez les prisonniers.
Le chevalier et le vieux routier, pendant ces quelques instants, avaient tenu leurs yeux fixés sur Marie Touchet et l’éloquence de leurs regards la remerciait. Ils sortirent, environnés de leurs gardes, déjà plus respectueux; ils étaient étourdis, l’âme endolorie de cette joie puissante que peu de condamnés en pareilles circonstances peuvent supporter sans défaillir.
Alors Marie Touchet s’éloigna à son tour, pareille à un de ces anges de la légende descendu un instant dans la demeure des démons.
Il n’y eut plus dans la lugubre salle que Maurevert et Montluc.
– Confiez-moi ces papiers, dit Maurevert. Le roi sera sans doute heureux de votre promptitude à obéir; mais enfin, s’ils n’étaient pas de lui!…
– Ma foi, mon cher monsieur, dit le soudard, qu’ils soient du roi ou d’un autre, peu m’en chaut. Y a-t-il un cachet sur ces papiers? Oui: ce cachet est-il aux armes du roi? Oui. Le reste ne me regarde pas. Au surplus, voici les deux chiffons. Interrogez là-dessus la vieille donzelle qui est venue ici au nom de la reine…
Maurevert eut un sourire aigu à entendre le gouverneur parler avec si peu de respect: cette vieille donzelle, c’était la reine elle-même. Elle devait avoir entendu. Et Maurevert haïssait maintenant Montluc.
Il prit les papiers, saisit un flambeau et entra dans le cabinet.
– J’ai tout entendu, dit la reine en jetant à peine un coup d’œil sur les papiers. Je connais la personne qui est venue.
– Ainsi, c’est bien le roi qui a signé? balbutia Maurevert. Que faire alors?
– Obéir. Je vais au Louvre et j’arrangerai la chose. Tenez-vous en paix; ce qui est dit est dit; vous aurez ces deux hommes. Dans huit jours, trouvez-vous à mon hôtel. D’ici là, voyagez; ne demeurez pas à Paris. Vous avez commis une première maladresse en manquant l’amiral. Si vous en commettiez une deuxième en vous laissant arrêter – car on cherche le meurtrier – vous seriez, cette fois, perdu sans recours.
Maurevert frémissait. Il croyait comprendre que Pardaillan lui échappait; et résolu à risquer sa vie pour assouvir sa vengeance, convaincu d’ailleurs que Catherine avait encore besoin de lui, il répondit:
– Madame, je crois que mon intérêt exige que je demeure à Paris. Dans huit jours, d’ailleurs, on aura autant d’intérêt que maintenant à trouver l’auteur de l’arquebusade du cloître.
– Je ne crois pas! dit Catherine avec un sourire livide.
Et saisissant le bras de Maurevert:
– Je vous couvre, entendez-vous? Votre grande faute n’est pas d’avoir tiré sur l’amiral, c’est de l’avoir manqué. Mais au surplus, les choses sont mieux ainsi; votre maladresse est peut-être un coup d’adresse extraordinaire. C’est pourquoi, Maurevert, je vous pardonne d’avoir fait grâce à Coligny; c’est pourquoi je vous destine à de plus hautes besognes. Obéissez, partez, revenez dans huit jours, et vous saurez alors ma pensée. Et quant à ces deux hommes, ne craignez rien: je vous en réponds.
– J’obéirai, madame, dit Maurevert qui s’inclina profondément.
Il sortit en disant:
– Je me loge aux abords du Temple et je n’en bouge pas de huit jours: je veux voir, moi!…
La reine s’éloigna à son tour, escortée par un simple sergent des gardes qui la reconduisit jusqu’à la petite porte, car tout le monde, même Montluc, ignorait au Temple qui était la dame voilée de noir.
– Comment et pourquoi la maîtresse du roi s’intéresse-t-elle à ces deux aventuriers? se demandait Catherine. Comment et pourquoi a-t-elle obtenu cet ordre de sursis?… Je le saurai dans quelques jours Les Pardaillan ne peuvent m’échapper. Pour aujourd’hui, écartons ce souci infime et songeons à la grande besogne!
Comment Marie Touchet avait obtenu le sursis? C’est ce que nous devons expliquer rapidement.
Le valet du roi était entré à sept heures du matin dans l’appartement de Charles IX, et l’avait trouvé qui se déshabillait.
– Tu vois, avait dit Charles, j’ai passé la nuit à travailler…
– Aussi Votre Majesté est-elle à faire peur, dit familièrement le valet.
– Je vais réparer cela. Je veux dormir jusqu’à onze heures, tu entends? Que personne n’entre ici; tu diras à mes gentilshommes qu’il n’y aura pas de lever ce matin, et que je les attends à mon jeu de paume après-midi. Va, va… je veux être seul.
Le valet parti, le roi acheva de se déshabiller, mais pour revêtir aussitôt un costume de drap, d’apparence bourgeoise. Bientôt, par des couloirs et des escaliers dérobés, il gagna une cour déserte, atteignit une petite porte située non loin de l’angle qui avoisine Saint-Germain-l’Auxerrois, et l’ayant ouverte avec une clé qu’il était seul à posséder, se trouva sous une voûte. Cette sorte de poterne était fermée du côté intérieur par une lourde porte de fer. Le chemin en pente raide aboutissait au fossé. Une passerelle en planches était jetée sur l’eau courante. Après la passerelle, des marches taillées dans la glaise gazonnée permettaient au roi de remonter sur le bord extérieur du fossé. C’est par là qu’il passait quand il voulait qu’on le crût au Louvre alors qu’il se promenait dans sa bonne ville, comme un écolier heureux d’échapper pour quelques heures à la dure contrainte.