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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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Aussi la défaite de Guiche fut-elle attribuée, par le plus grand nombre, à son habileté de courtisan.

Mais d’autres aussi – les yeux clairvoyants sont à la cour – mais d’autres aussi remarquèrent sa pâleur et son atonie, pâleur et atonie qu’il ne pouvait ni feindre ni cacher, et ils en conclurent, avec raison, que de Guiche ne jouait pas une comédie d’adulation.

Ces souffrances, ces succès, ces commentaires furent enveloppés, confondus, perdus dans le bruit des applaudissements.

Mais, quand les reines eurent témoigné leur satisfaction, les spectateurs leur enthousiasme, quand le roi se fut rendu à sa loge pour changer de costume, tandis que Monsieur, habillé en femme, selon son habitude, dansait à son tour, de Guiche, rendu à lui-même, s’approcha de Madame, qui, assise au fond du théâtre, attendait la deuxième entrée, et s’était fait une solitude au milieu de la foule, comme pour méditer à l’avance ses effets chorégraphiques.

On comprend que, absorbée par cette grave méditation, elle ne vît point ou fît semblant de ne pas voir ce qui se passait autour d’elle.

De Guiche, la trouvant donc seule auprès d’un buisson de toile peinte, s’approcha de Madame.

Deux de ses demoiselles d’honneur, vêtues en hamadryades, voyant de Guiche s’approcher, se reculèrent par respect.

De Guiche s’avança donc au milieu du cercle et salua Son Altesse Royale.

Mais Son Altesse Royale, qu’elle eût remarqué ou non le salut, ne tourna même point la tête.

Un frisson passa dans les veines du malheureux; il ne s’attendait point à une aussi complète indifférence, lui qui n’avait rien vu, lui qui n’avait rien appris, lui qui, par conséquent, ne pouvait rien deviner.

Donc, voyant que son salut n’obtenait aucune réponse; il fit un pas de plus, et, d’une voix qu’il s’efforçait, mais inutilement, de rendre calme:

– J’ai l’honneur, dit-il, de présenter mes bien humbles respects à Madame.

Cette fois Son Altesse Royale daigna tourner ses yeux languissants vers le comte.

– Ah! monsieur de Guiche, dit-elle, c’est vous; bonjour!

Et elle se retourna.

La patience faillit manquer au comte.

– Votre Altesse Royale a dansé à ravir tout à l’heure, dit-il.

– Vous trouvez? fit négligemment Madame.

– Oui, le personnage est tout à fait celui qui convient au caractère de Son Altesse Royale.

Madame se retourna tout à fait, et, regardant de Guiche avec son œil clair et fixe:

– Comment cela? dit-elle.

– Sans doute.

– Expliquez-vous.

– Vous représentez une divinité, belle, dédaigneuse et légère, fit-il.

– Vous voulez parler de Pomone, monsieur le comte?

– Je parle de la déesse que représente Votre Altesse Royale.

Madame demeura un instant les lèvres crispées.

– Mais vous-même, monsieur, dit-elle, n’êtes-vous pas aussi un danseur parfait?

– Oh! moi, madame, je suis de ceux qu’on ne distingue point, et qu’on oublie si par hasard on les a distingués.

Et sur ces paroles, accompagnées d’un de ces soupirs profonds qui font tressaillir les dernières fibres de l’être, le cœur plein d’angoisses et de palpitations, la tête en feu, l’œil vacillant, il salua, haletant, et se retira derrière le buisson de toile.

Madame, pour toute réponse, haussa légèrement les épaules.

Et comme ses dames d’honneur s’étaient, ainsi que nous l’avons dit, retirées par discrétion durant le colloque, elle les rappela du regard.

C’étaient Mlles de Tonnay-Charente et de Montalais.

Toutes deux, à ce signe de Madame, s’approchèrent avec empressement.

– Avez-vous entendu, mesdemoiselles? demanda la princesse.

– Quoi, madame?

– Ce que M. le comte de Guiche a dit.

– Non.

– En vérité, c’est une chose remarquable, continua la princesse avec l’accent de la compassion, combien l’exil a fatigué l’esprit de ce pauvre M. de Guiche.

Et plus haut encore, de peur que le malheureux ne perdît une parole:

– Il a mal dansé d’abord, continua-t-elle; puis, ensuite, il n’a dit que des pauvretés.

Puis elle se leva, fredonnant l’air sur lequel elle allait danser.

Guiche avait tout entendu. Le trait pénétra au plus profond de son cœur et le déchira.

Alors, au risque d’interrompre tout l’ordre de la fête par son dépit, il s’enfuit, mettant en lambeaux son bel habit de Vertumne, et semant sur son chemin les pampres, les mûres, les feuilles d’amandier et tous les petits attributs artificiels de sa divinité.

Un quart d’heure après, il était de retour sur le théâtre. Mais il était facile de comprendre qu’il n’y avait qu’un puissant effort de la raison sur la folie qui avait pu le ramener, ou peut-être, le cœur est ainsi fait, l’impossibilité même de rester plus longtemps éloigné de celle qui lui brisait le cœur.

Madame achevait son pas.

Elle le vit, mais ne le regarda point; et lui, irrité, furieux, lui tourna le dos à son tour lorsqu’elle passa escortée de ses nymphes et suivie de cent flatteurs.

Pendant ce temps, à l’autre bout du théâtre, près de l’étang, une femme était assise, les yeux fixés sur une des fenêtres du théâtre.

De cette fenêtre s’échappaient des flots de lumière.

Cette fenêtre, c’était celle de la loge royale.

De Guiche en quittant le théâtre, de Guiche en allant chercher l’air dont il avait si grand besoin, de Guiche passa près de cette femme et la salua.

Elle, de son côté, en apercevant le jeune homme, s’était levée comme une femme surprise au milieu d’idées qu’elle voudrait se cacher à elle-même.

Guiche la reconnut. Il s’arrêta.

– Bonsoir, mademoiselle! dit-il vivement.

– Bonsoir, monsieur le comte!

– Ah! mademoiselle de La Vallière, continua de Guiche, que je suis heureux de vous rencontrer!

– Et moi aussi, monsieur le comte, je suis heureuse de ce hasard, dit la jeune fille en faisant un mouvement pour se retirer.

– Oh! non! non! ne me quittez pas, dit de Guiche en étendant la main vers elle; car vous démentiriez ainsi les bonnes paroles que vous venez de dire. Restez, je vous en supplie, il fait la plus belle soirée du monde. Vous fuyez le bruit, vous! Vous aimez votre société à vous seule, vous! Eh bien! oui, je comprends cela; toutes les femmes qui ont du cœur sont ainsi. Jamais on n’en verra une s’ennuyer loin du tourbillon de tous ces plaisirs bruyants! Oh! mademoiselle! mademoiselle!

– Mais qu’avez-vous donc, monsieur le comte? demanda La Vallière avec un certain effroi. Vous semblez agité.

– Moi? Non pas; non.

– Alors, monsieur de Guiche, permettez-moi de vous faire ici le remerciement que je me proposais de vous faire à la première occasion. C’est à votre protection, je le sais, que je dois d’avoir été admise parmi les filles d’honneur de Madame.

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