Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Nous sommes venus dans cette ville et — pardonnez-moi, père — je suis devenue amoureuse. Oh, j’ai résisté longtemps ! Presque deux ans, vous lisez bien, presque deux ans, et puis j’ai cédé, je suis devenue coupable, je suis devenue une femme perdue.
Quant à lui ? — Vous ne devinerez pas qui. Je suis bien tranquille là-dessus, puisqu’ils étaient douze officiers, toujours autour de moi et avec moi, que vous appeliez mes douze constellations.
Père, ne cherchez pas à le connaître et ne le haïssez pas, lui. Il a fait ce que n’importe qui aurait fait à sa place, et puis, je suis sûre qu’il m’aimait aussi de tout son cœur.
Mais, écoutez — un jour, nous avions rendez-vous dans l’île des Bécasses, vous savez la petite île, après le moulin. Moi, je devais y aborder en nageant, et lui devait m’attendre dans les buissons, et puis rester là jusqu’au soir pour qu’on ne le vit pas partir. Je venais de le rejoindre, quand les branches s’ouvrent et nous apercevons Philippe, votre ordonnance, qui nous avait surpris. J’ai senti que nous étions perdus et j’ai poussé un grand cri ; alors il m’a dit — lui, mon ami ! — Allez-vous-en à la nage, tout doucement, ma chère, et laissez-moi avec cet homme.
Je suis partie, si émue que j’ai failli me noyer, et je suis rentrée chez vous, m’attendant à quelque chose d’épouvantable.
Une heure après, Philippe me disait, à voix basse, dans le corridor du salon où je l’ai rencontré : « Je suis aux ordres de Madame, si elle avait quelque lettre à me donner. » Alors je compris qu’il s’était vendu, et que mon ami l’avait acheté.
Je lui ai donné des lettres, en effet — toutes mes lettres. — Il les portait et me rapportait les réponses.
Cela a duré deux mois environ. Nous avions confiance en lui, comme vous aviez confiance en lui, vous aussi.
Or, père, voici ce qui arriva. Un jour, dans la même île où j’étais venue à la nage, mais, seule, cette fois, j’ai retrouvé votre ordonnance. Cet homme m’attendait et il m’a prévenue qu’il allait nous dénoncer à vous et vous livrer des lettres gardées par lui, volées, si je ne cédais point à ses désirs.
Oh ! Père, mon père, j’ai eu peur, une peur lâche, indigne, peur de vous surtout, de vous si bon, et trompé par moi, peur pour lui encore — vous l’auriez tué — pour moi aussi, peut-être, est-ce que je sais, j’étais affolée, éperdue, j’ai cru l’acheter encore une fois ce misérable qui m’aimait aussi, quelle honte !
Nous sommes si faibles, nous autres, que nous perdons la tête bien plus que vous. Et puis, quand on est tombé, on tombe toujours plus bas, plus bas. Est-ce que je sais ce que j’ai fait ? J’ai compris seulement qu’un de vous deux et moi allions mourir — et je me suis donnée à cette brute.
Vous voyez, père, que je ne cherche pas à m’excuser.
Alors, alors — alors, ce que j’aurais dû prévoir est arrivé — il m’a prise et reprise quand il a voulu en me terrifiant. Il a été aussi mon amant, comme l’autre, tous les jours. Est-ce pas abominable ? Et quel châtiment, père ?
Alors, moi, je me suis dit. Il faut mourir. Vivante, je n’aurais pu vous confesser un pareil crime. Morte, j’ose tout. Je ne pouvais plus faire autrement que de mourir, rien ne m’aurait lavée, j’étais trop tachée. Je ne pouvais plus aimer, ni être aimée ; il me semblait que je salissais tout le monde, rien qu’en donnant la main.
Tout à l’heure, je vais aller prendre mon bain et je ne reviendrai pas.
Cette lettre pour vous ira chez mon amant. Il la recevra après ma mort, et sans rien comprendre, vous la fera tenir, accomplissant mon dernier vœu. Et vous la lirez, vous, en revenant du cimetière.
Adieu, père, je n’ai plus rien à vous dire. Faites ce que vous voudrez, et pardonnez-moi. »