Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Souvent il songea à Mlle Donet. Elle lui avait plu. Il l’avait trouvée comme il faut, douce et brave fille, comme avait dit le père. Oui, pour une brave fille, c’était assurément une brave fille. Il était résolu à faire les choses grandement et à lui donner deux mille francs de rente en assurant le capital à l’enfant. Il éprouvait même un certain plaisir à penser qu’il allait la revoir le jeudi suivant, et arranger cela avec elle. Et puis l’idée de ce frère, de ce petit bonhomme de cinq ans, qui était le fils de son père, le tracassait, l’ennuyait un peu et l’échauffait en même temps. C’était une espèce de famille qu’il avait là dans ce mioche clandestin qui ne s’appellerait jamais Hautot, une famille qu’il pouvait prendre ou laisser à sa guise, mais qui lui rappelait le père.
Aussi quand il se vit sur la route de Rouen, le jeudi matin, emporté par le trot sonore de Graindorge, il sentit son cœur plus léger, plus reposé qu’il ne l’avait encore eu depuis son malheur.
En entrant dans l’appartement de Mlle Donet, il vit la table mise comme le jeudi précédent, avec cette seule différence que la croûte du pain n’était pas ôtée.
Il serra la main de la jeune femme, baisa Émile sur les joues et s’assit, un peu comme chez lui, le cœur gros tout de même. Mlle Donet lui parut un peu maigrie, un peu pâlie. Elle avait dû rudement pleurer. Elle avait maintenant un air gêné devant lui comme si elle eût compris ce qu’elle n’avait pas senti l’autre semaine sous le premier coup de son malheur, et elle le traitait avec des égards excessifs, une humilité douloureuse, et des soins touchants comme pour lui payer en attention et en dévouement les bontés qu’il avait pour elle. Ils déjeunèrent longuement, en parlant de l’affaire qui l’amenait. Elle ne voulait pas tant d’argent. C’était trop, beaucoup trop. Elle gagnait assez pour vivre, elle, mais elle désirait seulement qu’Émile trouvât quelques sous devant lui quand il serait grand. César tint bon, et ajouta même un cadeau de mille francs pour elle, pour son deuil.
Comme il avait pris son café, elle demanda :
— Vous fumez ?
— Oui… J’ai ma pipe.
Il tâta sa poche. Nom d’un nom, il l’avait oubliée ! Il allait se désoler quand elle lui offrit une pipe du père, enfermée dans une armoire. Il accepta, la prit, la reconnut, la flaira, proclama sa qualité avec une émotion dans la voix, l’emplit de tabac et l’alluma. Puis il mit Émile à cheval sur sa jambe et le fit jouer au cavalier pendant qu’elle desservait la table et enfermait, dans le bas du buffet, la vaisselle sale pour la laver quand il serait sorti.
Vers trois heures, il se leva à regret, tout ennuyé à l’idée de partir.
— Eh bien ! Mam’zelle Donet, dit-il, je vous souhaite le bonsoir et charmé de vous avoir trouvée comme ça.
Elle restait devant lui, rouge, bien émue, et le regardait en songeant à l’autre.
— Est-ce que nous ne nous reverrons plus ? dit-elle.
Il répondit simplement :
— Mais oui, mam’zelle, si ça vous fait plaisir.
— Certainement, Monsieur César. Alors, jeudi prochain, ça vous irait-il ?
— Oui, mam’zelle Donet.
— Vous venez déjeuner, bien sûr ?
— Mais…, si vous voulez bien, je ne refuse pas.
— C’est entendu, Monsieur César, jeudi prochain, midi, comme aujourd’hui.
— Jeudi midi, mam’zelle Donet !
BOITELLE
À Robert Pinchon.
Le père Boitelle (Antoine) avait dans tout le pays, la spécialité des besognes malpropres. Toutes les fois qu’on avait à faire nettoyer une fosse, un fumier, un puisard, à curer un égout, un trou de fange quelconque, c’était lui qu’on allait chercher.
Il s’en venait avec ses instruments de vidangeur et ses sabots enduits de crasse, et se mettait à sa besogne en geignant sans cesse sur son métier. Quand on lui demandait alors pourquoi il faisait cet ouvrage répugnant, il répondait avec résignation :
— Pardi, c’est pour mes éfants qu’il faut nourrir. Ça rapporte plus qu’autre chose.
Il avait, en effet, quatorze enfants. Si on s’informait de ce qu’ils étaient devenus, il disait avec un air d’indifférence :
— N’en reste huit à la maison. Y en a un au service et cinq mariés.
Quand on voulait savoir s’ils étaient bien mariés, il reprenait avec vivacité :
— Je les ai pas opposés. Je les ai opposés en rien. Ils ont marié comme ils ont voulu. Faut pas opposer les goûts, ça tourne mal. Si je suis ordureux, mé, c’est que mes parents m’ont opposé dans mes goûts. Sans ça j’aurais devenu un ouvrier comme les autres.
Voici en quoi ses parents l’avaient contrarié dans ses goûts.
Il était alors soldat, faisant son temps au Havre, pas plus bête qu’un autre, pas plus dégourdi non plus, un peu simple pourtant. Pendant les heures de liberté, son plus grand plaisir était de se promener sur le quai, où sont réunis les marchands d’oiseaux. Tantôt seul, tantôt avec un pays, il s’en allait lentement le long des cages où les perroquets à dos vert et à tête jaune des Amazones, les perroquets à dos gris et à tête rouge du Sénégal, les aras énormes qui ont l’air d’oiseaux cultivés en serre, avec leurs plumes fleuries, leurs panaches et leurs aigrettes, des perruches de toute taille, qui semblent coloriées avec un soin minutieux par un bon Dieu miniaturiste, et les petits, tout petits oisillons sautillants, rouges, jaunes, bleus et bariolés, mêlant leurs cris au bruit du quai, apportent dans le fracas des navires déchargés, des passants et des voitures, une rumeur violente, aiguë, piaillarde, assourdissante, de forêt lointaine et surnaturelle.
Boitelle s’arrêtait, les yeux ouverts, la bouche ouverte, riant et ravi, montrant ses dents aux kakatoès prisonniers qui saluaient de leur huppe blanche ou jaune le rouge éclatant de sa culotte et le cuivre de son ceinturon. Quand il rencontrait un oiseau parleur, il lui posait des questions ; et si la bête se trouvait ce jour-là disposée à répondre et dialoguait avec lui, il emportait pour jusqu’au soir de la gaieté et du contentement. À regarder les singes aussi il se faisait des bosses de plaisir, et il n’imaginait point de plus grand luxe pour un homme riche que de posséder ces animaux ainsi qu’on a des chats et des chiens. Ce goût-là, ce goût de l’exotique, il l’avait dans le sang comme on a celui de la chasse, de la médecine ou de la prêtrise. Il ne pouvait s’empêcher, chaque fois que s’ouvraient les portes de la caserne, de s’en revenir au quai comme s’il s’était senti tiré par une envie.
Or une fois, s’étant arrêté presque en extase devant un araraca monstrueux qui gonflait ses plumes, s’inclinait, se redressait, semblait faire les révérences de cour du pays des perroquets, il vit s’ouvrir la porte d’un petit café attenant à la boutique du marchand d’oiseaux, et une jeune négresse, coiffée d’un foulard rouge, apparut, qui balayait vers la rue les bouchons et le sable de l’établissement.
L’attention de Boitelle fut aussitôt partagée entre l’animal et la femme, et il n’aurait su dire vraiment lequel de ces deux êtres il contemplait avec le plus d’étonnement et de plaisir.
La négresse, ayant poussé dehors les ordures du cabaret, leva les yeux, et demeura à son tour éblouie devant l’uniforme du soldat. Elle restait debout, en face de lui, son balai dans les mains comme si elle lui eût porté les armes, tandis que l’araraca continuait à s’incliner. Or le troupier au bout de quelques instants fut gêné par cette attention, et il s’en alla à petits pas, pour n’avoir point l’air de battre en retraite.