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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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Pardaillan espérait le reconnaître à la voix mais l’inconnu, à son discours, ne répondit qu’en tirant sa rapière. Le chevalier salua et dégaina aussitôt.

– Monsieur, reprit-il, avant d’engager les fers, je vous prie de remarquer que j’ai toutes les raisons possibles de demeurer caché dans Paris; malgré cela, je n’ai pas hésité à me rendre à votre invitation. En outre, j’ai été dérangé de mon somme, ce qui va me mettre de méchante humeur pour toute la journée. Contre tant de déférence que je vous témoigne, vous pourriez me rendre un service. Je ne vous connais pas du tout. Et vous me connaissez trop, vous. Pourriez-vous me dire comment et par qui vous avez su que je passais cette nuit à la Devinière? Je sais bien que vous comptez me coucher proprement sur cette chaussée; mais si mon étoile voulait que je ne sois pas tout à fait tué par vous, j’aurais un intérêt énorme à savoir comment et par qui ma retraite fut connue. Voulez-vous me le dire?…

Pour toute réponse, l’inconnu tomba en garde.

– Vous n’êtes pas galant, monsieur, dit Pardaillan, et à mon grand regret, je vais être obligé de vous arracher votre masque pour savoir ce que j’ai à savoir. Défendez-vous donc bien… défendez votre visage… je vous promets de ne pas tirer ailleurs qu’au masque.

Depuis quelques instants, les épées étaient engagées; dans la rue silencieuse et obscure, sous le regard pâle des dernières étoiles qui s’éteignaient, les deux ombres agiles qui s’attaquaient apparaissaient seules, et le cliquetis des fers troublait seul le silence.

Dès le premier engagement, Pardaillan eut un moment de surprise: il s’était battu cent fois peut-être, il connaissait les plus fines lames du royaume, il avait dans la main les passes les plus difficiles et, cette fois, il trouvait un redoutable adversaire. Jamais il n’avait rencontré poignet plus souple et plus ferme, rapière plus vivante, pointe plus menaçante. Il essaye de faire rompre l’inconnu.

Celui-ci demeura ferme, cloué sur place, les épaules effacées, n’offrant aucune prise, le bras pour ainsi dire immobile mais la main vivante d’une vie prodigieuse. Soudain, ce bras se détendit comme un ressort, et ce fut Pardaillan qui dut faire un bond en arrière…

– Mes compliments, dit le chevalier, avec un coup pareil, vous aviez toutes les chances de me tuer… toutes, moins une. C’est justement cette une qui me sauve!

À son tour, il attaqua, et peut-être, avec sa science consommée de l’escrime, trouva-t-il à diverses reprises l’occasion de toucher son adversaire à la poitrine. Mais Pardaillan avait dit qu’il ne toucherait qu’au visage, et, avec ses idées spéciales, il se fût déshonoré à ses propres yeux s’il n’avait tenu parole.

Maintenant le jour grandissait. Quelques fenêtres commençaient à s’ouvrir. Des têtes curieuses se penchèrent pour assister à ce duel, sans trop d’effarement d’ailleurs, car il était tout simple que deux gentilshommes, après avoir passé la nuit dans quelque cabaret mal famé, en fussent venus aux mains pour les beaux yeux de quelque donzelle sans doute. Tout à coup, ces spectateurs tressaillirent; l’un des deux combattants venait de jeter un cri terrible, le cri de l’homme blessé à mort… Pourtant aucun des deux adversaires ne tombait!…

Celui qui avait poussé ce cri, c’était l’inconnu. Pardaillan, après une série d’attaques combinées avec un art supérieur, l’avait touché au front… La pointe avait traversé le masque et, dans le retrait du bras, ce masque arraché était demeuré fixé au bout de sa rapière.

– Une femme! fit Pardaillan stupéfait.

Et il abaissa aussitôt la pointe de sa rapière. Le masque noir glissa sur la chaussée. Pardaillan le considéra quelques instants, pensif, puis, relevant les yeux sur son adversaire, il la reconnut à l’instant, et dès lors, cette sorte de gêne qu’il venait d’éprouver se dissipa.

Fausta portait au front une petite tache rouge: une gouttelette de sang. Elle leva la tête vers le ciel comme pour lui montrer cette tache rouge, cette imperceptible blessure qui était bien peu de chose. Et peut-être songea-t-elle que cette blessure n’atteignait pas seulement son front, mais quelque chose de plus profond qui était en elle depuis des années… la foi…

Oui, c’était cette foi qui était touchée en elle, blessée pour la première fois. Fausta personnifiant en elle toute la foi humaine par un effort de pensée orgueilleuse, se vit déchue, vaincue. Sa croyance recevait une première atteinte.

Pardaillan, d’un geste tranquille, releva son épée. Il recula de deux pas, souleva son chapeau, de ce grand geste un peu théâtral dont il n’avait jamais pu se défaire, et s’inclinant:

– Si j’avais su avoir l’honneur de croiser le fer avec la princesse Fausta, dit-il, je vous jure, madame, que je me fusse laissé toucher.

Il appuya sur ce mot à double sens. Fausta le considéra d’un regard flamboyant et, d’une voix rauque, riposta par ce seul mot:

– Défendez-vous…

Pardaillan rengaina son épée. Elle marcha sur lui, pantelante d’amour et de haine écumante, splendide et terrible.

– Défends-toi ou je te tue! gronda-t-elle.

Pardaillan se croisa les bras. Alors une folie s’empara de Fausta. Elle saisit son épée par le milieu de la lame et, cette épée devenue poignard, elle la leva sur le chevalier; elle se rua, sans un cri, sans un mot, mais avec un tel flamboiement des yeux que la clameur effrayante de son âme éclatait dans son regard. Dans le même instant, elle fut sur Pardaillan qui, d’un geste prompt comme la foudre, saisit le poignet de Fausta d’une main, l’épée de l’autre; presque à la même seconde elle se trouva désarmée et, jetant un deuxième cri pareil à celui qu’elle avait poussé lorsqu’elle avait été atteinte au front, elle recula en portant les deux mains à son visage.

Pardaillan prit l’épée de Fausta par la pointe, et lui tendit la poignée en s’inclinant.

– Madame, dit-il avec une sorte d’émotion, je n’ai pour tout bien au monde que ma pauvre vie à laquelle je tiens encore quelque peu; excusez-moi donc de la défendre, et pardonnez-moi d’être obligé de faire couler les larmes précieuses que je vois dans vos yeux, faute de ne pouvoir laisser couler mon sang.

– Oh! démon! râla-t-elle dans un sanglot, démon que l’enfer a jeté sur ma route pour me tenter, pour me désespérer, tu m’as vaincue deux fois, dans mon cœur et dans mes armes. Mais ne te hâte pas de triompher. Je t’arracherai de mon cœur par l’exorcisme. Et quant à ton cœur à toi… va! la place de Grève, tout à l’heure, me vengera!

Ces paroles insensées, elle les prononça d’une voix si sourde que le chevalier les entendit à peine. Ou du moins il n’en saisit pas le sens.

Déposant alors l’épée aux pieds de Fausta, il se recula. Mais Fausta secoua violemment la tête. Elle leva son pied nerveux et en frappa l’épée, qui se brisa. Alors, réagissant sur elle-même avec la force d’un être accoutumé aux plus savantes dissimulations, elle parvint à retrouver ce calme imposant dont elle se départissait si rarement.

– Adieu, dit-elle, ou plutôt à bientôt vous revoir. Car j’espère bien que vous serez aujourd’hui à dix heures sur la place de Grève…

– La place de Grève! murmura Pardaillan tandis qu’elle s’éloignait. Voici la deuxième fois qu’elle en parle. Pourquoi? Est-ce un rendez-vous qu’elle m’assigne? Un piège qu’elle me tend? Cornes du diable! madame, vous êtes quelque chose comme l’âme damnée de Mgr de Guise qui grille d’envie de me fourrer à la Bastille ou ailleurs, dans cette Bastille dont on ne sort jamais et qui s’appelle une tombe. Le moment me semble donc venu d’ouvrir l’œil. Et pour commencer, il s’agit de décamper vivement de la Devinière.

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