Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Il l’essuya, l’enveloppa d’un torchon qui séchait devant le feu et le posa sur un tas de linge à repasser demeuré sur la table ; puis il revint à la mère.
Il la mit de nouveau par terre, changea le lit, la recoucha. Elle balbutiait : « Merci, Benoist, t’es un brave cœur. » Et elle pleurait un peu, comme si un regret l’eût envahie.
Lui, il ne l’aimait plus, plus du tout. C’était fini. Pourquoi ? Comment ? Il n’eût pas su le dire. Ce qui venait de se passer l’avait guéri mieux que n’auraient fait dix ans d’absence.
Elle demanda, épuisée et palpitante :
— Qué que c’est ?
Il répondit d’une voix calme :
— C’est une fille qu’est bien avenante.
Ils se turent de nouveau. Au bout de quelques secondes, la mère, d’une voix faible, prononça :
— Montre-la-moi, Benoist.
Il alla chercher la petite et il la présentait comme s’il eût tenu le pain bénit, quand la porte s’ouvrit et Isidore Vallin parut.
Il ne comprit point d’abord ; puis, soudain, il devina.
Benoist, consterné, balbutiait :
— J’passais, je passais comme ça, quand j’ai entendu qu’elle criait et j’ suis v’nu… v’là t’ n’éfant, Vallin !
Alors le mari, les larmes aux yeux, fit un pas, prit le frêle moutard que lui tendait l’autre, l’embrassa, demeura quelques secondes suffoqué, reposa l’enfant sur le lit, et présentant à Benoist ses deux mains :
— Tope là, tope là, Benoist, maintenant entre nous, vois-tu, tout est dit. Si tu veux, j’ s’rons une paire d’amis, mais là, une paire d’amis !..
Et Benoist répondit :
— J’ veux bien, pour sûr, j’ veux bien.
UNE SOIRÉE
Le maréchal des logis Varajou avait obtenu huit jours de permission pour les passer chez sa sœur, Mme Padoie. Varajou, qui tenait garnison à Rennes et y menait joyeuse vie, se trouvant à sec et mal avec sa famille, avait écrit à sa sœur qu’il pourrait lui consacrer une semaine de liberté. Ce n’est point qu’il aimât beaucoup Mme Padoie, une petite femme moralisante, dévote, et toujours irritée ; mais il avait besoin d’argent, grand besoin, et il se rappelait que, de tous ses parents, les Padoie étaient les seuls qu’il n’eût jamais rançonnés.
Le père Varajou, ancien horticulteur à Angers, retiré maintenant des affaires, avait fermé sa bourse à son garnement de fils et ne le voyait guère depuis deux ans. Sa fille avait épousé Padoie, ancien employé des finances, qui venait d’être nommé receveur des contributions à Vannes.
Donc Varajou, en descendant du chemin de fer, se fit conduire à la maison de son beau-frère. Il le trouva dans son bureau, en train de discuter avec des paysans bretons des environs. Padoie se souleva sur sa chaise, tendit la main pardessus sa table chargée de papiers, murmura : « Prenez un siège, je suis à vous dans un instant », se rassit et recommença sa discussion.
Les paysans ne comprenaient point ses explications, le receveur ne comprenait pas leurs raisonnements ; il parlait français, les autres parlaient breton, et le commis qui servait d’interprète ne semblait comprendre personne.
Ce fut long, très long, Varajou considérait son beau-frère en songeant : « Quel crétin ! » Padoie devait avoir près de cinquante ans ; il était grand, maigre, osseux, lent, velu, avec des sourcils en arcade qui faisaient sur ses yeux deux voûtes de poils. Coiffé d’un bonnet de velours orné d’un feston d’or, il regardait avec mollesse, comme il faisait tout. Sa parole, son geste, sa pensée, tout était mou. Varajou se répétait : « Quel crétin ! »
Il était, lui, un de ces braillards tapageurs pour qui la vie n’a pas de plus grands plaisirs que le café et la fille publique. En dehors de ces deux pôles de l’existence, il ne comprenait rien. Hâbleur, bruyant, plein de dédain pour tout le monde, il méprisait l’univers entier du haut de son ignorance. Quand il avait dit : « Nom d’un chien, quelle fête ! » il avait certes exprimé le plus haut degré d’admiration dont fût capable son esprit.
Padoie, ayant enfin éloigné ses paysans, demanda :
— Vous allez bien ?
— Pas mal, comme vous voyez. Et vous ?
— Assez bien, merci. C’est très aimable d’avoir pensé à nous venir voir.
— Oh ! J’y songeais depuis longtemps ; mais vous savez, dans le métier militaire, on n’a pas grande liberté.
— Oh ! Je sais, je sais ; n’importe, c’est très aimable.
— Et Joséphine va bien ?
— Oui, oui, merci, vous la verrez tout à l’heure.
— Où est-elle donc ?
— Elle fait quelques visites ; nous avons beaucoup de relations ici ; c’est une ville très comme il faut.
— Je m’en doute.
Mais la porte s’ouvrit. Mme Padoie apparut. Elle alla vers son frère sans empressement, lui tendit la joue et demanda :
— Il y a longtemps que tu es ici ?
— Non, à peine une demi-heure.
— Ah ! Je croyais que le train aurait du retard. Si tu veux venir dans le salon. Ils passèrent dans la pièce voisine, laissant Padoie à ses chiffres et à ses contribuables. Dès qu’ils furent seuls :
— J’en ai appris de belles sur ton compte, dit-elle.
— Quoi donc ?
— Il paraît que tu te conduis comme un polisson, que tu te grises, que tu fais des dettes. Il eut l’air très étonné.
— Moi ! Jamais de la vie.
— Oh ! Ne nie pas, je le sais.
Il essaya encore de se défendre, mais elle lui ferma la bouche par une semonce si violente qu’il dut se taire. Puis elle reprit :
— Nous dînons à six heures, tu es libre jusqu’au dîner. Je ne puis te tenir compagnie parce que j’ai pas mal de choses à faire.
Resté seul, il hésita entre dormir ou se promener. Il regardait tour à tour la porte conduisant à sa chambre et celle conduisant à la rue. Il se décida pour la rue.
Donc il sortit et se mit à rôder, d’un pas lent, le sabre sur les mollets, par la triste ville bretonne, si endormie, si calme, si morte au bord de sa mer intérieure, qu’on appelle « le Morbihan ». Il regardait les petites maisons grises, les rares passants, les boutiques vides, et il murmurait : « Pas gai, pas folichon, Vannes. Triste idée de venir ici ! »
Il gagna le port, si morne, revint par un boulevard solitaire et désolé, et rentra avant cinq heures. Alors il se jeta sur son lit pour sommeiller jusqu’au dîner.
La bonne le réveilla en frappant à sa porte.
— C’est servi, Monsieur.
Il descendit.
Dans la salle humide, dont le papier se décollait près du sol, une soupière attendait sur une table ronde sans nappe, qui portait aussi trois assiettes mélancoliques.
M. et Mme Padoie entrèrent en même temps que Varajou.
On s’assit, puis la femme et le mari dessinèrent un petit signe de croix sur le creux de leur estomac, après quoi Padoie servit la soupe, de la soupe grasse. C’était jour de pot-au-feu.
Après la soupe vint le bœuf, du bœuf trop cuit, fondu, graisseux, qui tombait en bouillie. Le sous-officier le mâchait avec lenteur, avec dégoût, avec fatigue, avec rage.
Mme Padoie disait à son mari :
— Tu vas ce soir chez M. le premier président ?
— Oui, ma chère.
— Ne reste pas tard. Tu te fatigues toutes les fois que tu sors. Tu n’es pas fait pour le monde avec ta mauvaise santé.