Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
« Bientôt ils causèrent, et il prit l’habitude, très douce pour lui, de passer toutes ses soirées à ses côtés. Elle était gracieuse et prévenante comme il convient dans ces commerces à sourires, et elle s’amusait à renouveler sa consommation le plus souvent possible, ce qui faisait aller les affaires. Mais chaque jour Lougère s’attachait davantage à cette femme qu’il ne connaissait pas, dont il ignorait toute l’existence et qu’il aima uniquement parce qu’il n’en voyait pas d’autre.
« La petite, qui était rusée, s’aperçut bientôt qu’elle pourrait tirer parti de ce naïf et elle chercha quelle serait la meilleure façon de l’exploiter. La plus fine assurément était de se faire épouser.
« Elle y parvint sans aucune peine.
« Ai-je besoin de vous dire, Messieurs les jurés, que la conduite de cette fille était des plus irrégulières et que le mariage, loin de mettre un frein à ses écarts, sembla au contraire les rendre plus éhontés ?
« Par un jeu naturel de l’astuce féminine, elle sembla prendre plaisir à tromper cet honnête homme avec tous les employés de son bureau. Je dis : avec tous. Nous avons des lettres, Messieurs. Ce fut bientôt un scandale public, que le mari seul, comme toujours, ignorait.
« Enfin cette gueuse, dans un intérêt facile à concevoir, séduisit le fils même du patron, jeune homme de dix-neuf ans, sur l’esprit et sur les sens duquel elle eut bientôt une influence déplorable. M. Langlais, qui avait jusque-là fermé les yeux par bonté, par amitié pour son employé, ressentit en voyant son fils entre les mains, je devrais dire entre les bras de cette dangereuse créature, une colère bien légitime.
« Il eut le tort d’appeler immédiatement Lougère et de lui parler sous le coup de son indignation paternelle.
« Il ne me reste, Messieurs, qu’à vous lire le récit du crime, fait par les lèvres mêmes du moribond, et recueilli par l’instruction.
« — Je venais d’apprendre que mon fils avait donné, la veille même, dix mille francs à cette femme, et ma colère a été plus forte que ma raison. Certes, je n’ai jamais soupçonné l’honorabilité de Lougère, mais certains aveuglements sont plus dangereux que des fautes.
« Je le fis donc appeler près de moi et je lui dis que je me voyais obligé de me priver de ses services.
« Il restait debout devant moi, effaré, ne comprenant pas. Il finit par demander des explications avec une certaine vivacité.
« Je refusai de lui en donner, en affirmant que mes raisons étaient d’ordre tout intime. Il crut alors que je le soupçonnais d’indélicatesse, et, très pâle, m’adjura, me somma de m’expliquer. Parti sur cette idée, il était fort et prenait le droit de parler haut.
« Comme je me taisais toujours, il m’injuria, m’insulta, arrivé à un tel degré d’exaspération que je craignais des voies de fait.
« Or, soudain, sur un mot blessant qui m’atteignit en plein cœur, je lui jetai à la face la vérité.
« Il demeura debout quelques secondes, me regardant avec des yeux hagards ; puis je le vis prendre sur mon bureau les longs ciseaux dont je me sers pour émarger certains registres, puis je le vis tomber sur moi le bras levé, et je sentis entrer quelque chose dans ma gorge, au sommet de la poitrine, sans éprouver aucune douleur. »
« Voici, Messieurs les jurés, le simple récit de ce meurtre, que dire de plus pour sa défense ? Il a respecté sa seconde femme avec aveuglement parce qu’il avait respecté la première avec raison. »
Après une courte délibération, le prévenu fut acquitté.
LA MARTINE
Cela lui était venu, un dimanche, après la messe. Il sortait de l’église et suivait le chemin creux qui le reconduisait chez lui, quand il se trouva derrière la Martine qui rentrait aussi chez elle.
Le père marchait à côté de sa fille, d’un pas important de fermier riche. Dédaignant la blouse, il portait une sorte de veston de drap gris et il était coiffé d’un chapeau melon à larges bords.
Elle, serrée dans un corset qu’elle ne laçait qu’une fois par semaine, s’en allait droite, la taille étranglée, les épaules larges, les hanches saillantes, en se dandinant un peu.
Coiffée d’un chapeau à fleurs, confectionné par une modiste d’Yvetot, elle montrait tout entière sa nuque forte, ronde, souple, où ses petits cheveux follets voltigeaient, roussis par le grand air et le soleil.
Lui, Benoist, ne voyait que son dos ; mais il connaissait bien le visage qu’elle avait, sans qu’il ne l’eût cependant jamais remarqué plus que ça.
Et tout d’un coup, il se dit : « Nom d’un nom, c’est une belle fille tout de même que la Martine. » Il la regardait aller, l’admirant brusquement, se sentant pris d’un désir. Il n’avait point besoin de revoir la figure, non. Il gardait les yeux plantés sur sa taille, se répétant à lui-même, comme s’il eût parlé : « Non d’un nom, c’est une belle fille. »
La Martine prit à droite pour entrer à « la Martinière », la ferme de son père, Jean Martin ; et elle se retourna en jetant un regard derrière elle. Elle vit Benoist qui lui parut tout drôle. Elle cria : « Bonjour, Benoist ». Il répondit : « Bonjour, la Martine, bonjour, maît’ Martin », et il passa.
Quand il rentra chez lui, la soupe était sur la table. Il s’assit en face de sa mère, à côté du valet et du goujat, tandis que la servante allait tirer le cidre.
Il mangea quelques cuillerées, puis repoussa son assiette. Sa mère demanda :
— C’est-i que t’es indispos ? Il répondit : — Non, c’est comme une bouillie que j’aurais dans l’ vent’e et qui m’ôte la faim. Il regardait les autres manger, tout en coupant de temps à autre une bouchée de pain qu’il portait lentement à ses lèvres et mastiquait longtemps. Il pensait à la Martine : « C’est tout de même une belle fille. » Et dire qu’il ne s’en était pas aperçu jusque-là, et que ça lui venait comme ça, tout d’un coup, et si fort qu’il n’en mangeait plus. Il ne toucha guère au ragoût. Sa mère disait :
— Allons, Benoist, efforce té un p’tieu ; c’est d’ la côte de mouton, ça te fera du bien. Quand on n’a point d’appétit, faut s’efforcer.
Il avalait quelque morceau, puis repoussait encore son assiette ; — non, ça ne se passait point, décidément.
Sur la relevée, il alla faire un tour aux terres et donna congé au goujat, promettant de remuer les bêtes en passant.
La campagne était vide, vu le jour de repos. De place en place, dans un champ de trèfle, des vaches écroulées lourdement, le ventre répandu, ruminaient sous le grand soleil. Des charrues dételées attendaient au coin d’un labouré ; et les terres retournées, prêtes pour la semence, développaient leurs larges carrés bruns au milieu de pièces jaunes où pourrissait le pied court des blés et des avoines fauchés depuis peu.