Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
— Oui, mais je complète vos renseignements : c’est une femme entretenue qui se fait respecter de ses amants plus que si elle ne couchait pas avec eux. C’est là un rare mérite ; car, de cette façon, on obtient ce qu’on veut d’un homme. Celui qu’elle a choisi, sans qu’il s’en doute, lui fait la cour longtemps, la désire avec crainte, la sollicite avec pudeur, l’obtient avec étonnement et la possède avec considération. Il ne s’aperçoit point qu’il la paye, tant elle s’y prend avec tact ; et elle maintient leurs relations sur un tel ton de réserve, de dignité, de comme il faut, qu’en sortant de son lit il souffletterait l’homme capable de suspecter la vertu de sa maîtresse. Et cela de la meilleure foi du monde.
J’ai rendu à cette femme, à plusieurs reprises, quelques services. Et elle n’a point de secrets pour moi.
Or, dans les premiers jours de janvier, elle est venue me trouver pour m’emprunter trente mille francs. Je ne les lui ai point prêtés, bien entendu ; mais comme je désirais l’obliger, je l’ai priée de m’exposer très complètement sa situation afin de voir ce que je pourrais faire pour elle.
Elle me dit les choses avec de telles précautions de langage qu’elle ne m’aurait pas conté plus délicatement la première communion de sa fillette. Je compris enfin que les temps étaient durs et qu’elle se trouvait sans un sou.
La crise commerciale, les inquiétudes politiques que le gouvernement actuel semble entretenir à plaisir, les bruits de guerre, la gêne générale avaient rendu l’argent hésitant, même entre les mains des amoureux. Et puis elle ne pouvait, cette honnête femme, se donner au premier venu.
Il lui fallait un homme du monde, du meilleur monde, qui consolidât sa réputation tout en fournissant aux besoins quotidiens. Un viveur, même très riche, l’eût compromise à tout jamais et rendu problématique le mariage de sa fille. Elle ne pouvait non plus songer aux agences galantes, aux intermédiaires déshonorants qui auraient pu, pour quelque temps, la tirer d’embarras.
Or elle devait soutenir son train de maison, continuer à recevoir à portes ouvertes pour ne point perdre l’espérance de trouver, dans le nombre des visiteurs, l’ami discret et distingué qu’elle attendait, qu’elle choisirait.
Moi je lui fis observer que mes trente mille francs avaient peu de chance de me revenir ; car, lorsqu’elle les aurait mangés, il faudrait qu’elle en obtînt, d’un seul coup, au moins soixante mille pour m’en rendre la moitié.
Elle semblait désolée en m’écoutant. Et je ne savais qu’inventer quand une idée, une idée vraiment géniale, me traversa l’esprit.
Je venais d’acheter ce Christ de la Renaissance que je vous ai montré, une admirable pièce, la plus belle, dans ce style, que j’aie jamais vue.
— Ma chère amie, lui dis-je, je vais faire porter chez vous cet ivoire-là. Vous inventerez une histoire ingénieuse, touchante, poétique, ce que vous voudrez, pour expliquer votre désir de vous en défaire. C’est, bien entendu, un souvenir de famille hérité de votre père.
Moi, je vous enverrai des amateurs, et je vous en amènerai moi-même. Le reste vous regarde. Je vous ferai connaître leur situation par un mot, la veille. Ce Christ-là vaut cinquante mille francs ; mais je le laisserais à trente mille. La différence sera pour vous.
Elle réfléchit quelques instants d’un air profond et répondit : « Oui, c’est peut-être une bonne idée. Je vous remercie beaucoup. »
Le lendemain, j’avais fait porter mon Christ chez elle, et le soir même je lui envoyais le baron de Saint-Hospital.
Pendant trois mois je lui adressai des clients, tout ce que j’ai de mieux, de plus posé dans mes relations d’affaires. Mais je n’entendais plus parler d’elle.
Or, ayant reçu la visite d’un étranger qui parlait fort mal le français, je me décidai à le présenter moi-même chez la Samoris, pour voir.
Un valet de pied tout en noir nous reçut et nous fit entrer dans un joli salon, sombre, meublé avec goût, où nous attendîmes quelques minutes. Elle apparut, charmante, me tendit la main, nous fit asseoir ; et quand je lui eus expliqué le motif de ma visite, elle sonna.
Le valet de pied reparut.
— Voyez, dit-elle, si Mlle Isabelle peut laisser entrer dans sa chapelle.
La jeune fille apporta elle-même la réponse. Elle avait quinze ans, un air modeste et bon, toute la fraîcheur de sa jeunesse.
Elle voulait nous guider elle-même dans sa chapelle.
C’était une sorte de boudoir pieux où brûlait une lampe d’argent devant le Christ, mon Christ, couché sur un lit de velours noir. La mise en scène était charmante et fort habile.
L’enfant fit le signe de la croix, puis nous dit : « Regardez, Messieurs, est-il beau ? »
Je pris l’objet, je l’examinai et je le déclarai remarquable. L’étranger aussi le considéra, mais il semblait beaucoup plus occupé par les deux femmes que par le Christ.
On sentait bon dans leur logis, on sentait l’encens, les fleurs et les parfums. On s’y trouvait bien. C’était là vraiment une demeure confortable qui invitait à rester.
Quand nous fûmes rentrés dans le salon, j’abordai, avec réserve et délicatesse, la question de prix. Mme Samoris demanda, en baissant les yeux, cinquante mille francs.
Puis elle ajouta : « Si vous désiriez le revoir, Monsieur, je ne sors guère avant trois heures ; et on me trouve tous les jours. »
Dans la rue, l’étranger me demanda des détails sur la baronne qu’il avait trouvée exquise. Mais je n’entendis plus parler de lui ni d’elle.
Trois mois encore se passèrent.
Un matin, voici quinze jours à peine, elle arriva chez moi à l’heure du déjeuner, et posant un portefeuille entre mes mains : « Mon cher, vous êtes un ange. Voici cinquante mille francs ; c’est moi qui achète votre Christ, et je le paye vingt mille francs de plus que le prix convenu, à la condition que vous m’enverrez toujours… toujours des clients… car il est encore à vendre… mon Christ…
UNE VENTE
Les nommés Brument (Césaire-Isidore) et Cornu (Prosper-Napoléon) comparaissaient devant la cour d’assises de la Seine-Inférieure sous l’inculpation de tentative d’assassinat, par immersion, sur la femme Brument, épouse légitime du premier des prévenus.
Les deux accusés sont assis côte à côte sur le banc traditionnel. Ce sont deux paysans. Le premier est petit, gros, avec des bras courts, des jambes courtes et une tête ronde, rouge bourgeonnante, plantée directement sur le torse, rond aussi, court aussi, sans une apparence de cou. Il est éleveur de porcs et demeure à Cacheville-la-Goupil, canton de Criquetot.
Cornu (Prosper-Napoléon) est maigre, de taille moyenne, avec des bras démesurés. Il a la tête de travers, la mâchoire torse et il louche. Une blouse bleue, longue comme une chemise, lui tombe aux genoux, et ses cheveux jaunes, rares et collés sur le crâne, donnent à sa figure un air usé, un air sale, un air abîmé tout à fait affreux. On l’a surnommé « le curé » parce qu’il sait imiter dans la perfection les chants d’église et même le bruit du serpent. Ce talent attire en son café, car il est cabaretier à Criquetot, un grand nombre de clients qui préfèrent la « messe à Cornu » à la messe au bon Dieu.
Mme Brument, assise au banc des témoins, est une maigre paysanne qui semble toujours endormie. Elle demeure immobile, les mains croisées sur ses genoux, le regard fixe, l’air stupide.
Le président continue l’interrogatoire :
— Ainsi donc, femme Brument, ils sont entrés dans votre maison et ils vous ont jetée dans un baril plein d’eau. Dites-nous les faits par le détail. Levez-vous.