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Les royaumes du Mur [Kingdoms of the Wall - fr]

Электронная книга - «Les royaumes du Mur [Kingdoms of the Wall - fr]». Краткое содержание книги:

Le Mur est une montagne. Géante, redoutable, empilement de ravins, de falaises, de précipices, elle perce les basses couches de l’atmosphère et pointe sa cime vers l’espace.
Le sommet du Mur est presque inaccessible. Pourtant, chaque année, depuis le village de Jospodar situé au pied de la montagne, quarante jeunes hommes et femmes parmi les meilleurs entrepren­nent de le conquérir. Car là-haut, d’après les légendes et de rares témoignages contradictoires, vivent les dieux détenteurs de la sagesse.
Malheureusement, l’épreuve est telle que presque personne n’est revenu pour transmettre cette sagesse, et ceux qui sont redescen­dus avaient perdu la raison.
Poilar Bancroche, qui a rêvé toute sa courte vie de parler avec les dieux, a été choisi pour commander les quarante. Il lui reste à affron­ter les royaumes du Mur comme autant de remparts protégeant le sommet, et à découvrir, peut-être, le secret terrible et poignant des dieux descendus du vide.
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— Peut-être, fis-je avec un haussement d’épaules. Peut-être pas.

— Ou bien un autre, plus bas. Un Royaume que nous n’aurions pas traversé pendant notre ascension. Un endroit agréable, pas trop bizarre. Rien qui nous rappelle le Kavnalla ou le Kvuz.

— Nous pourrions aussi fonder notre propre Royaume, ajoutai-je, plus pour entendre le son de ma voix que pour toute autre raison, car je n’avais toujours pas ébauché le moindre projet. Ce n’est pas la place qui manque sur Kosa Saag pour fonder de nouveaux Royaumes.

— Tu ferais cela ? demanda-t-elle d’une voix où je crus percevoir un espoir avide.

— Je ne sais pas, dis-je. Je ne sais absolument rien, Hendy.

Je me sentais totalement vide. Les révélations de cette journée m’avaient crevé le cœur. Pas étonnant qu’elle eût craint que je ne mette fin à mes jours. Cela, je ne le ferais pas, c’était sûr. Mais pour ce qui était de ce que j’allais faire, je n’en avais vraiment pas la moindre idée.

25

Traiben alla quand même visiter pendant la nuit le vieux vaisseau délabré, quand il fit assez sombre pour que personne ne remarque sa disparition. J’aurais dû m’y attendre. Kilarion montait la garde dans ce secteur du plateau, mais Traiben réussit à se faufiler et il se fondit dans les ténèbres.

Je n’appris son escapade qu’en pleine nuit, en entendant des voix toutes proches, un cri étouffé, des bruits de bagarre, un gémissement de douleur.

— Vas-tu me lâcher, imbécile ! lança une voix.

C’était celle de Traiben.

J’ouvris un œil. J’étais couché, seul, dans une sorte de demi-sommeil, en bordure de notre bivouac, pitoyablement recroquevillé dans mon sac de couchage pour essayer de résister au froid. Depuis la transformation d’Hendy, nous n’avions jamais dormi ensemble ni accompli les Changements. M’efforçant de tourner aussi rapidement que possible mon attention dans la direction du vacarme, je levai la tête et découvris, à la clarté de la lune, se découpant sur le ciel étoilé, la silhouette de Traiben qui se débattait pour échapper à l’étreinte de quelqu’un de beaucoup plus grand que lui, qui lui avait passé le bras autour du cou et le tenait fermement. Je reconnus Talbol. C’est lui qui était chargé de protéger notre sommeil dans cette partie du bivouac.

— Que se passe-t-il ? lançai-je sans élever la voix. Que faites-vous, tous les deux ?

— Demande-lui de me lâcher, s’écria Traiben d’une voix étranglée.

— Silence ! Tu vas réveiller tout le monde !

Je me levai et m’avançai vers eux, puis je donnai une tape sur le bras de Talbol pour lui faire lâcher prise. Traiben fit quelques pas en arrière et son regard lançait des éclairs.

Talbol avait l’air tout aussi menaçant.

— Il s’est glissé dans le campement en plein milieu de la nuit, sans dire un mot pour se faire reconnaître. Comment voulais-tu que je sache que ce n’était pas un de ces singes venus nous attaquer ?

— Je ressemble à un singe ? demanda Traiben.

— Je préfère ne pas dire à quoi tu… commença Talbol.

D’un geste, je lui intimai de faire silence et l’envoyai rejoindre son poste en bordure du campement. Traiben se massa la gorge. J’étais à la fois furieux et amusé, mais plus furieux qu’amusé.

— Alors ? demandai-je au bout d’un moment.

— J’y suis allé.

— Oui. En transgressant mon interdiction. Je n’en reviens pas, Traiben !

— Il fallait que j’aille voir.

— Oui. Bien sûr. Et alors ?

Au lieu de répondre, il lança quelque chose dans ma direction, un objet sombre, de forme indéterminée, qu’il avait gardé dans la main gauche.

— Tiens, dit-il. Regarde. C’est un objet des dieux. Le vaisseau en est rempli, Poilar !

C’était une plaque de métal rouillé, longue d’à peu près trois doigts et large de quatre. En la levant vers la faible clarté lunaire produite par Tibios, je parvins à distinguer, très difficilement, une sorte d’inscription en caractères qui m’étaient totalement inconnus.

— C’est l’écriture des Irtimen, dit Traiben. J’ai trouvé cette plaque sur le sol du vaisseau, à moitié cachée.

— Sais-tu ce que cela signifie ?

— Comment veux-tu que je le sache ? Je ne connais pas l’écriture des Irtimen. Mais, tu sais, Poilar, il y a là-bas un véritable trésor d’objets sacrés. Tout est cassé, rouillé et inutilisable, bien entendu, mais on comprend au premier coup d’œil qu’ils sont très anciens. Les premiers Irtimen ont dû se servir de ces objets ! Ceux que nous adorons sous les noms de Kreshe, de Thig et…

— Arrête de dire ça ! le coupai-je d’un ton exaspéré. Les premiers Irtimen étaient des précepteurs, pas des dieux ! Les dieux sont des êtres d’un niveau supérieur aux Irtimen et à nous !

— Comme tu voudras, fit Traiben. Veux-tu m’accompagner demain matin, Poilar, pour explorer ensemble le vaisseau ?

— Peut-être.

— Le mieux serait d’y aller tous ensemble. Les Irtimen pourraient nous créer des ennuis. Je parle de ceux qui vivent dans les cavernes. J’en ai vu deux ou trois qui rôdaient autour du vieux vaisseau pendant que j’étais à l’intérieur. Je pense qu’ils le considèrent un peu comme un sanctuaire. Ils ont élevé juste derrière une sorte d’autel autour duquel sont entassées des brindilles et des pierres peintes ; en faisant le tour pour voir ce qui se passait, j’ai vu qu’ils faisaient brûler des brins d’herbe sèche et je les ai entendus psalmodier un chant.

— Tu as pénétré dans leur territoire ? dis-je en lui lançant un regard stupéfait. Ils auraient pu te tuer !

— Je ne crois pas. Je pense que, pour l’instant, ils ont plus peur de nous que nous ne les craignons. Ils ont dû avoir des expériences douloureuses avec d’autres groupes de Pèlerins. Dès qu’ils m’ont vu, ils ont bondi et se sont enfuis précipitamment. C’est ainsi que j’ai pu entrer dans le vaisseau et, quand j’en suis ressorti, je n’ai vu personne. Mais ils finiront bien par comprendre que nous ne représentons pas une grande menace pour eux et alors…

— Poilar ? fit une voix derrière moi.

Je me retournai. C’était Thissa. À la faible clarté de la lune, je vis la peur briller dans ses yeux. Ses narines frémissaient comme si elle avait senti un danger flottant dans l’air.

— Que veux-tu ? lui demandai-je.

— J’ai quelque chose à te dire, répondit-elle en tournant vers Traiben un regard hésitant.

— Je t’écoute.

— Mais il…

— Tu peux parler devant Traiben, Thissa. Tu sais que j’ai pleine et entière confiance en lui… Ce que tu as à me dire ne le concerne pas ?

— Non. Non.

Elle se rapprocha et me montra quelque chose qu’elle tenait dans la main, une petite amulette luisante.

— Touche-la, dit-elle.

Traiben murmura quelque chose et je le vis se pencher avec intérêt pour examiner l’objet. Je l’écartai avec agacement et posai le bout de mon doigt sur le petit bijou sculpté. Sa surface dégageait de la chaleur.

— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

— Une amulette de santha-nilla, répondit Thissa. Elle appartenait à ma mère qui la tenait elle-même de sa propre mère. Elle se met à luire quand il y a une menace de trahison.

— Tu veux dire que c’est une sorte d’instrument qui capte les pensées, qui est capable de déceler…

— Pas maintenant, Traiben, le coupai-je avec impatience. Quel genre de trahison ? poursuivis-je en me retournant vers Thissa. D’où viendrait-elle ?

J’avais depuis longtemps appris à prendre au sérieux les prémonitions de Thissa.

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