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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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Le feu céleste était assurément une excellente publicité pour le savoir-faire chinois. Je n’avais jamais vu pareille démonstration. Oh, nous avions eu des feux d’artifice à Williams Ford… de très jolis qui m’avaient impressionné durant mon enfance. Celui-là était toutefois nettement plus spectaculaire. L’odeur de cordite a imprégné le tiède air estival et dans le ciel ont crépité d’Occultes Étoiles Rayonnantes, du Feu Bleu, des Salamandres Tournoyantes, des Brise-Baril et autres engins exotiques. C’était presque aussi bruyant qu’un duel d’artillerie et j’ai dû me retenir de tressaillir à chaque déplaisant souvenir de guerre que réveillaient ces explosions et ces odeurs infectes. Je n’ai toutefois pas oublié qu’il s’agissait de la fête de l’Indépendance à Manhattan, non de l’hiver à Chicoutimi, et Calyxa m’a apaisé en mettant le bras sur mes épaules quand elle a vu que je tremblais.

Le spectacle s’est achevé au bout d’une bonne demi-heure avec une Croix de Feu au-dessus de Lower Manhattan comme la bénédiction d’un Ange incendiaire. L’orchestre a joué The Star-Spangled Banner. L’assemblée d’Eupatridiens a applaudi avec vigueur l’hymne national, puis est venu le moment pour Deklan Comstock de prononcer le dernier discours de la soirée.

Le palais exécutif, entièrement électrifié, était alimenté par des dynamos dont on avait confié la conception et le fonctionnement aux plus habiles des techniciens de l’Union. Une puissante lumière artificielle s’est déversée sur l’estrade dressée pour le Président[69]. Celui-ci est monté sur la plate-forme temporaire en bois, a appuyé une main de chaque côté du podium et s’est mis à parler.

Il a commencé par des sermons et des platitudes adaptées à l’occasion. Il a évoqué la Nation et la formation de celle-ci durant un acte de rébellion contre l’impie Empire britannique. Il a cité le grand Philosophe Patriotique du dix-neuvième siècle, M. John C. Calhoun[70]. Il a décrit de quelle manière la Nation originelle avait été corrompue par le pétrole et l’athéisme, jusqu’à la Reconstruction consécutive à la Fausse Affliction. Il a parlé des deux grands généraux ayant exercé la présidence en période de crise nationale, Washington et Otis, en citant leurs noms comme s’il s’agissait d’amis personnels.

Cela a fini par le conduire au sujet de la guerre. Sa voix s’est alors animée davantage et ses gestes ont témoigné qu’il s’agissait là d’une priorité personnelle.

« Elle a beau nous faire très envie, a-t-il dit, la paix permanente est un rêve. La guerre, par contre ! La guerre fait partie intégrante de l’ordonnancement divin de l’univers, sans lequel le monde baignerait dans l’égoïsme et le matérialisme. La guerre est le vaisseau même de l’honneur, et qui de nous pourrait supporter un monde dépourvu de la divine folie de l’honneur ? Cette foi est particulièrement sincère et adorable qui conduit un soldat à sacrifier sa vie dans l’obéissance à un devoir aveuglément accepté, pour une cause qu’il comprend mal, durant une campagne dont il n’a qu’une faible notion, conformément à des tactiques dont il ne voit pas l’usage[71]. Sur le champ de bataille, où la vie et la mort d’un homme dépendent du caprice d’une balle ou du verdict d’une baïonnette, l’existence est à son meilleur et à son plus sain. »

« Voilà une définition de la santé que je ne connaissais pas », a dit Julian, mais Sam l’a fait taire.

« À ce jour, a déclaré Deklan le conquérant, nous avons connu au Labrador des succès notables ainsi que de regrettables échecs. L’échec est inévitable dans toute guerre, inutile de le préciser. Les campagnes ne se terminent pas toutes par une victoire. Mais le nombre d’échecs au cours des derniers mois donne crédit à une consternante possibilité : celle que les résultats de l’armée des Laurentides s’expliquent par la trahison plutôt que par le hasard. » L’expression du Président s’est tout à coup faite sombre et judiciaire, suscitant un mouvement de recul parmi son public. « C’est pourquoi j’ai pris aujourd’hui d’audacieuses mesures pour consolider et améliorer nos forces armées. Plusieurs généraux de division, que je ne nommerai pas, ont été emprisonnés à l’instant où je vous parle. Ils seront jugés publiquement et auront tout loisir de reconnaître et abjurer leurs complots avec les Hollandais. » Sam a gémi tout bas : des hommes qu’il connaissait et respectait figuraient sans doute parmi ces généraux de division dont le nom n’avait pas été donné.

« Ces traîtres seront remplacés, a poursuivi Deklan le Conquérant, par des hommes issus du rang qui se sont distingués au combat. Nous pouvons donc enfin nous attendre à renouer avec le succès dans nos efforts pour contrôler l’ensemble de ce continent sacré ainsi que les voies navigables d’une importance stratégique qui conduisent au nord de celui-ci. »

Il s’est tu pour boire une gorgée d’eau. Sans les feux d’artifice, la nuit semblait très noire.

« Mais les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises. Loin de là ! Nous avons eu notre part de succès. Je n’ai besoin que de citer l’exemple de la campagne du Saguenay avec la libération de la ville de Chicoutimi, qu’occupaient les Mitteleuropéens. Et laissez-moi répéter, non sans une certaine fierté familiale, que mon propre neveu Julian a joué un rôle crucial dans cette bataille. »

Le Président a alors souri une nouvelle fois avant de marquer un temps d’arrêt qui invitait aux applaudissements. Nerveux, les Eupatridiens se sont dépêchés de les lui accorder.

« Viens donc là, Julian, a lancé le Président, viens près de moi ! »

C’était l’humiliation que Deklan Comstock avait mise en réserve depuis le début de la soirée. Donner Calyxa en spectacle n’en était que le prélude. Il allait obliger à venir à ses côtés le fils de l’homme qu’il avait fait assassiner, s’en servir comme objet décoratif sans que celui-ci pût protester.

Julian n’a pas bougé tout de suite. Il semblait ne pas s’être rendu compte qu’il avait reçu un ordre. C’est Sam qui l’a incité à quitter les gradins. « Fais donc ce qu’il dit, a-t-il chuchoté d’une voix lugubre. Ravale ta fierté, pour une fois, Julian, et obéis… Vas-y, si tu ne veux pas qu’il nous fasse tous tuer. »

Julian a tourné vers Sam un regard vide, mais il s’est levé pour avancer avec une réticence visible jusqu’au podium présidentiel. Il en a grimpé les marches comme s’il montait à l’échafaud pour y être pendu, ce qui n’était peut-être pas très éloigné de la vérité.

« Mon cher Julian », a dit le Président en le serrant dans ses bras comme un oncle sincère et affectueux.

Julian est resté les bras raides le long du corps sans répondre à l’étreinte du fratricide Président. J’ai vu que le moindre contact physique avec celui-ci lui donnait la nausée.

« Tu connais mieux la guerre que la plupart d’entre nous, malgré ton très jeune âge. Qu’as-tu pensé de la campagne du Saguenay ? »

La question a fait ciller Julian.

« C’était sanglant », a-t-il marmonné.

Deklan Comstock n’avait toutefois pas l’intention de laisser son neveu utiliser le podium à sa guise. « Sanglant, tu l’as dit. Mais nous ne sommes ni une nation qui a peur du sang, ni un peuple contraint par la fragilité féminine. Pour nous, tout est permis… même d’être cruels, oui, ou impitoyables, car nous sommes les premiers au monde à lever l’épée non pas au nom de l’asservissement et de l’oppression de quiconque, mais à celui de la libération de la servitude. Nous ne devons pas être avares de sang ! Qu’il coule, si lui seul peut noyer l’ancien monde séculaire. Qu’il y ait douleur, et mort, si la douleur et la mort nous sauvent des tyrannies jumelles de l’Athéisme et de l’Europe. »

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69

La lumière a attiré des brigades d’insectes volants, qui ne cessaient de s’y enfoncer comme pour se baigner. De nombreuses chauves-souris n’ont pas tardé à arriver aussi, attirées par l’abondance de nourriture. C’était comme si un autre Festin se déroulait dans les airs, à présent notre propre dîner achevé.

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70

Brillant porte-parole de l’idéologie sudiste, défenseur de l’esclavagisme, Calhoun a été vice-président des États-Unis et l’un de ses plus importants sénateurs. (N.d.T.)

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71

Une description plutôt succincte de la situation au Labrador telle que je m’en souvenais.

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