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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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Des vivats ont jailli, mais aucune dans notre partie des gradins.

« Julian connaît de première main le prix et la valeur de la liberté. Il a déjà risqué anonymement sa vie comme soldat du rang. Un sacrifice suffisant pour quiconque, diriez-vous, et en temps normal, j’en conviendrais. Mais nous ne sommes pas en temps normal. L’ennemi nous presse. Des armes barbares sont déployées contre nos soldats. Les étendues sauvages du Nord-Est grouillent de campements étrangers et les districts de Terre-Neuve sont à nouveau en danger. Nous sommes donc appelés à faire des sacrifices. » Il a marqué un temps d’arrêt sur ce mot de mauvais augure. « Nous sommes tous appelés à faire des sacrifices. Moi compris ! Comme chaque citoyen, je dois renoncer à mon propre bonheur, s’il va à l’encontre d’un plus vaste but national. Et malgré toute ma joie de voir le fils de mon frère revenir dans le giron familial, nous ne pouvons nous passer d’un soldat aussi doué que Julian en cette heure critique. C’est pour cette raison que j’ai déjà relevé de son commandement le général de division Griffin et que j’ai l’intention de le remplacer à la tête de la Division boréale de l’armée des Laurentides par mon bien-aimé neveu. »

Le public a eu le souffle coupé par l’audace de cette annonce. C’était d’une grande bienveillance de la part du Président, du moins à ce qu’il voulait nous faire croire. Les Eupatridiens ont recommencé à applaudir à tout rompre. Des cris d’encouragement « Julian ! Julian Comstock ! » se sont mêlés dans la nuit aux odeurs de poudre à canon.

La mère de Julian ne s’est quant à elle pas jointe aux braillements. Comme prise de faiblesse, elle a appuyé la tête sur l’épaule de Calyxa.

« D’abord Bryce, a-t-elle murmuré. Et maintenant Julian.

— C’est le couperet dont je parlais », a dit Sam.

ACTE QUATRE

Une saison dans la terre que Dieu donna à Caïn

Thanksgiving 2174

Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes.

Première Épître aux Corinthiens, 1:27

1

Je n’exténuerai pas le lecteur en racontant chacun des incidents relatifs à notre départ au Labrador, antérieurement aux tragiques et triomphaux événements qui se sont déroulés aux alentours de Thanksgiving 2174. Je parle bien de notre départ, et pas seulement de celui de Julian, car l’ordre de renvoi au combat promulgué par Deklan le Conquérant nous incluait aussi, Sam Godwin et moi.

En bref, j’ai été forcé de quitter mon épouse de quelques mois, ainsi que ma brève carrière d’auteur à New York, pour voguer jusqu’au Labrador comme membre de l’état-major du général de division Julian Comstock… et pas dans l’une des parties les plus agréables du Labrador telle que la rivière Saguenay, mais dans une région encore plus inhospitalière et hostile de cet État disputé, pour une mission dont le véritable objet consistait à transformer l’encombrant héritier potentiel qu’était Julian en martyr muet et peu gênant.

Nous avons quitté New York à la mi-octobre sur un clipper de la Marine qui a mis le cap au nord. C’était une période agitée sur l’Atlantique et nous avons essuyé une féroce tempête, durant laquelle notre vaisseau a été secoué comme une puce sur la croupe d’un étalon irascible, avant de rejoindre au large du port de Belle-Isle (désormais aux mains américaines) une flotte dirigée par l’amiral Fairfield.

La Marine de l’Union n’est pas une entité politique aussi puissante que les deux grandes armées nationales, à laquelle elle sert d’extension nautique, mais elle avait tout récemment harcelé les Mitteleuropéens avec davantage d’efficacité que nos forces terrestres.

Au cours de l’une de ses rares initiatives stratégiques vraiment utiles, Deklan Comstock avait annoncé un blocus complet des transports maritimes européens au large de Terre-Neuve et du Labrador. Un tel blocus avait déjà été tenté, avec des résultats décevants, mais la Marine était à présent plus importante et mieux équipée pour mener à bien un projet aussi ambitieux.

Je me trouvais à bord du bâtiment amiral de l’armada, le Basilisk, durant la fameuse bataille de l’estuaire de Hamilton. Une énorme flotte de guerre n’étant pas chose aisée à dissimuler, les Hollandais avaient repéré nos mouvements, mais commis l’erreur de supposer que nous allions les attaquer près de la baie de Voisey, d’où ils exportaient les minerais de nickel, de cuivre et de cobalt si abondants au Labrador. (Les nombreux îlots et voies navigables de la région font de la baie de Voisey, même sous étroite surveillance, un refuge idéal pour les forceurs de blocus.) On nous avait cependant fixé un objectif plus audacieux. Nous nous en sommes pris à l’estuaire de Hamilton et tandis que les Hollandais nous cherchaient plus au nord, nos canons réduisaient au silence leur forteresse dans le détroit et nous soumettions sans tarder leurs emplacements d’artillerie à Rigolet et sur l’île des Esquimaux. Les défenses hollandaises n’étant pas préparées à notre arrivée, nous n’avons souffert que de pertes relativement mineures. Des vingt canonnières de notre flotte, une seule, le Griffin, a été perdue corps et biens. Cinq autres ont subi des dommages que les charpentiers du bord ont pu réparer et notre navire n’a pas eu une égratignure, alors même qu’il se trouvait à l’avant-garde.

Un détachement de la Première Division Boréale a été débarqué pour occuper et restaurer les forts capturés. Cela a été un grand jour (et ensoleillé, mais glacé) que celui où nous avons vu les Soixante Étoiles et les Treize Bandes hissées au-dessus du détroit, signifiant que nous contrôlions toute la navigation dans ce goulet large d’un mille.

Devant nous s’étendait l’immense lac Melville, alimenté par les bassins versants de la rivière Naskaupi et du fleuve Churchill. Au sud se dressaient les montagnes Mealy, grises et émoussées… et intimidantes quand elles n’étaient pas masquées par les nuages.

Invisibles au loin se trouvaient nos véritables objectifs : Shesh et Striver, villes tenues par les Hollandais, ainsi que la tête de ligne ferroviaire à Goose Bay, d’une importance capitale.

Julian et Sam ont consacré l’essentiel de cette période à des planifications militaires et des concertations avec l’amiral Fairfield. Un après-midi, Julian est toutefois monté me rejoindre à l’endroit où j’« usais le pont[72] ».

Julian m’a appris que Jacques Cartier, l’explorateur de jadis, avait surnommé le Labrador « la Terre que Dieu donna à Caïn »[73]. « Même si, bien entendu, il faisait plus froid, à l’époque, a-t-il ajouté. Ce n’est plus si désolé, de nos jours… encore que je n’aimerais pas être fermier ici.

— Pas étonnant que Caïn ait été si maussade », ai-je répondu en serrant plus confortablement mon duffel-coat sur mon corps pour me protéger du vent, rude et glacial au point que les marins de quart s’étaient accroupis entre les rouleaux de corde pour pouvoir fumer la pipe et jurer à leur aise. L’endroit n’était de fait pas complètement désertique : il produisait épicéas noirs, bouleaux, sapins baumiers et faux trembles en abondance, dans l’ombre glacée desquels vivaient des caribous et autres rudes créatures. Au mois chaud, m’avait-on dit, le gibier d’eau pullulait. Les forêts du Labrador étaient néanmoins désolées et la terre globalement peu accueillante pour l’Espèce Humaine. « Au moins, nous avons taillé les Hollandais en pièces et nous sommes vivants pour le raconter », ai-je dit.

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72

J’avais tenu à me lier d’amitié avec certains des marins et appris une partie de leur «argot salé», que je pensais pouvoir donner de la vraisemblance aux romans que je prévoyais d’écrire.

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73

«Et Caïn se retira de la présence du Seigneur, et habita dans la terre de Nod, à l’orient d’Éden.» Genèse, 4:16. Aucune mention du lac Melville ou de Goose Bay.

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