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La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]

Электронная книга - «La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]». Краткое содержание книги:

Une ère nouvelle s’ouvre sur la Terre; après un siècle de guerre, de famine et de désespoir, l’humanité survivante a entrepris de soigner le monde. Et le dispose du chronoscope, qui lui montre le visage des hommes d’autrefois et lui fait entendre leur voix. L’Observatoire du temps scrute les siècles passés.
Ainsi du grand voyage qui conduisit Christophe Colomb le 12 octobre 1492 sur les rives du Nouveau Monde.
« J’ai rêvé, dit Putukam du peuple taïno d’Haïti, qu’un homme et une femme nous observaient, plus jeune que nous de quarante générations… Pourquoi n’empêchent-ils pas les Blancs de nous asservir ? »
Pour les chercheurs de l’Observatoire, n’y a-t-il pas une douleur insupportable à regarder l’Histoire dérouler son cours implacable ? Mais est-il possible d’intervenir ? Et le remède ne serait-il pas pire que le mal ?
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Quant à Chipa, elle serait broyée dans la tourmente. Je la tuerai de mes propres mains, se dit Pedro, avant que Pinzón puisse la toucher. Je la tuerai, puis je me tuerai moi-même. Tiens, mieux encore, pourquoi ne pas tuer Pinzón ? Tant qu’à envisager d’assassiner quelqu’un, pourquoi ne pas frapper celui que je hais plutôt que ceux que j’aime ?

Telles étaient les sombres réflexions que ruminait Pedro en tendant un saladier de melon en tranches à Martin Pinzón. L’homme lui sourit en faisant un clin d’œil. Il sait à quoi je pense et il se moque de moi, songea Pedro ; il sait que je sais ce qu’il mijote. Et il sait aussi que je ne peux rien y faire.

Soudain, une terrible explosion ébranla l’air du soir. Presque aussitôt, la terre trembla sous les pieds du page et un violent coup de vent venu de la mer le projeta par terre. Il s’écroula sur Pinzón, qui se mit à le frapper en l’injuriant. Pedro s’écarta de lui aussi vivement que possible et il devint rapidement évident, même pour Pinzón, que leur collision ne résultait pas de la maladresse du jeune homme. La plupart des hommes étaient étendus au sol et l’atmosphère s’emplissait de cendre et de fumée. Le nuage paraissait plus épais du côté de la grève.

« La Pinta ! » hurla Pinzón ; son cri fut repris par tous les marins, qui se précipitèrent dans l’écran de fumée en direction de la plage.

La Pinta n’était pas en train de flamber. Elle n’était carrément plus là.

La brise vespérale dissipait peu à peu la fumée lorsqu’on trouva enfin les deux hommes de garde. Pinzón était déjà occupé à les frapper du plat de son épée quand Colon le fit maîtriser par deux matelots.

« Mon bateau ! mugit Pinzón. Qu’avez-vous fait à mon bateau ?

— Si vous cessiez de les battre et de leur crier dessus, dit Colon, ils pourraient peut-être nous apprendre ce qui s’est passé.

— Mon bateau a disparu ! Ce sont eux qui le gardaient ! hurla Pinzón en se débattant contre la poigne des deux marins.

— C’était mon bateau, qui m’avait été donné par le roi et la reine, répliqua Colon. Faut-il vous garrotter ou allez-vous enfin vous conduire comme un gentilhomme ? »

Pinzón acquiesça d’un air furieux et les hommes le lâchèrent.

Une des sentinelles était Rascôn, propriétaire d’une part de la Pinta. « Martin, je suis navré mais nous n’avons rien pu faire. Il nous a obligés à descendre dans la chaloupe et à ramer vers la terre. Ensuite il nous a forcés à nous cacher derrière ce rocher. Et puis le bateau a… il a explosé.

— Qui cela, "il" ? demanda Colon sans s’arrêter au fait que Rascôn s’était adressé à Pinzón et non au capitaine-général.

— L’homme responsable de l’explosion.

— Où est-il à présent ?

— Il ne doit pas être loin, répondit Rascôn.

— Il est parti par là, dit Gil Pérez, l’autre homme de garde.

— Señor Pinzón, auriez-vous l’amabilité d’organiser une battue ? »

Sa rage convenablement canalisée, l’homme divisa aussitôt l’équipage en plusieurs groupes de recherche, sans oublier de laisser un contingent pour garder l’enceinte contre le vol ou le sabotage. Malgré lui, Pedro reconnut que Pinzón était un bon chef, à l’esprit vif, capable de se faire promptement comprendre et obéir. Du point de vue du page, cela ne l’en rendait que plus dangereux.

Les groupes dispersés, Colon resta sur la plage à contempler les innombrables débris qui flottaient sur les vagues. « Même si la sainte-barbe de la Pinta avait explosé, dit-il, elle n’aurait pas pu détruire le navire aussi complètement.

— Quelle en est la cause, alors ? demanda Pedro.

— Dieu, peut-être, répondit le capitaine-général. Ou le diable.

— Les Indiens ne connaissent rien à la poudre. Si l’on retrouve l’homme qui serait responsable de ce désastre, crois-tu qu’il s’agira d’un Maure ? »

Ainsi, le capitaine-général n’avait pas oublié la malédiction de la sorcière des montagnes. Calamité sur calamité. Que pouvait-il arriver de pire que de perdre ce dernier bateau ?

Mais, quand on le captura, il s’avéra que l’homme n’était pas maure. Ni indien, d’ailleurs : il était blanc, barbu, grand et fort. On voyait que ses vêtements étaient bizarres avant même que les marins ne les aient mis en pièces. Un garrot autour du cou, il fut jeté à genoux devant le capitaine-général.

« J’ai eu le plus grand mal à empêcher qu’on le tue avant que vous n’ayez eu le temps de lui parler, messire, dit Pinzón.

— Pourquoi as-tu fait ça ? » demanda Colon.

L’inconnu répondit en espagnol – lourdement accentué mais intelligible. « Quand j’ai entendu parler de ton expédition, j’ai juré que, si tu réussissais, tu ne retournerais jamais en Espagne.

— Pourquoi ? fit le capitaine-général d’une voix dure.

— Mon nom est Kemal. Je suis turc. Il n’y a d’autre dieu qu’Allah, et Mahomet est son prophète. »

Un grondement de colère monta de l’équipage : infidèle, païen, démon.

« Je retournerai quand même en Espagne, fit Colon. Tu ne m’as pas arrêté.

— Pauvre fou ! dit Kemal. Comment regagneras-tu l’Espagne alors que tu es entouré d’ennemis ? »

Pinzón rugit : « Le seul ennemi, c’est toi, infidèle !

— Comment crois-tu que je serais arrivé ici si je n’avais pas bénéficié de l’aide de certains d’entre eux ? » De la tête, il indiqua les hommes qui l’entouraient. Puis il regarda Pinzón et lui fit un clin d’œil.

« Menteur ! cria Pinzón. Tuez-le ! Tuez-le ! »

Les marins qui tenaient le Turc obéirent sans une hésitation, alors même que Colon leur hurlait d’arrêter. Peut-être ne l’entendirent-ils pas au milieu des cris de rage. Il ne fallut pas longtemps au Turc pour mourir : au lieu de l’étrangler, ils serrèrent son garrot si violemment qu’ils lui brisèrent la nuque ; un ou deux spasmes d’agonie et il passa de vie à trépas.

Enfin le tumulte s’apaisa. Dans le silence revenu, le capitaine-général s’écria : « Imbéciles ! Vous l’avez tué trop vite. Il ne nous a rien révélé.

— Qu’aurait-il pu nous raconter à part des mensonges ? » fit Pinzón.

Colon le regarda longuement, posément. « Nous n’en saurons jamais rien. Pour autant que je sache, les seuls à s’en réjouir devraient être ceux qu’il aurait pu désigner comme ses conspirateurs.

— De quoi est-ce que vous m’accusez ? grinça Pinzón.

— Je ne vous ai accusé de rien. »

Alors seulement, l’homme parut se rendre compte que, par ses actes, il avait attiré la suspicion sur lui. Il hocha la tête puis sourit. « Je vois, capitaine-général. Vous avez fini par trouver le moyen de me discréditer, même s’il fallait pour cela détruire ma caravelle.

— Faites attention à ce que vous dites au capitaine-général ! » La voix de Segovia avait claqué comme un fouet au-dessus de la foule.

« C’est à lui de faire attention à ce qu’il me dit ! Je n’étais pas obligé de ramener la Pinta ! J’ai fait la preuve de ma loyauté, moi ! Chacun ici me connaît ; ce n’est pas moi l’étranger. Comment savoir si ce Colon est seulement chrétien, et même génois ? Après tout, la sorcière noire et la petite putain d’interprète parlent sa langue alors qu’aucune oreille espagnole honnête ne la comprend ! »

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