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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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« Le pauvre ! Je vois qu’il est également obligé de rester debout.

« Ma foi, je suppose qu’on ne doit pas essayer de se montrer plus malin que l’Empereur, répondit Flère-Imsaho. Quoi qu’il en soit, il aura bientôt fait son temps.

« Pas de remise de peine pour bonne conduite ?

« Le Service Impérial des Affaires Pénales ne pratique pas le rabais. En revanche, quand on se conduit mal, ils rallongent la sentence. »

Gurgeh secoua la tête en regardant, à l’autre bout de la salle, le prisonnier dans sa geôle individuelle.

« Impitoyable, hein, ce vieil Empire ?

« Ça, on peut le dire… Mais qu’il essaie de jouer des tours à la Culture et il apprendra ce qu’impitoyable veut dire. »

Gurgeh tourna la tête et posa sur la machine un regard surpris. Elle ronflait en flottant sur place dans sa grosse coque gris-brun qui paraissait encore plus dure et encore plus sinistre par rapport à l’éclat terne de l’armure vide.

« Mais dites-moi, je vous trouve d’humeur bien belliqueuse, ce soir !

« Et alors ? Vous feriez bien d’en faire autant.

« Vous voulez parler des jeux ? Je suis prêt.

« Vous allez vraiment prendre part à cet acte de propagande ?

« Quel acte de propagande ?

« Vous le savez très bien. Celui qui consiste à aider le Bureau à justifier artificiellement votre propre défaite. À faire semblant d’avoir perdu. À donner des interviews et à mentir.

« Mais oui. Pourquoi pas ? Cela me permet de jouer. Sinon, ils emploieraient peut-être d’autres moyens pour m’en empêcher.

« Vous voulez dire qu’ils vous tueraient ?

« Ou plutôt qu’ils me disqualifieraient, répondit Gurgeh en haussant les épaules.

« À votre avis, ça vaut le coup ? Rien que pour pouvoir jouer ?

« Non, mentit Gurgeh, mais je peux bien dire quelques mensonges ; ce n’est pas le bout du monde.

« Hmm », fit la machine.

Gurgeh attendit la suite, mais rien ne vint. Ils s’en allèrent quelques instants plus tard. Une fois debout, Gurgeh se dirigea tout droit vers la porte ; il fallut que le drone lui rappelle qu’il devait se retourner vers Nicosar et faire une génuflexion.

La première partie à laquelle il participa sur Echronédal, celle qu’il était officiellement censé perdre de toute façon, était naturellement un jeu à dix. Cette fois-ci, il n’y eut pas le moindre signe de coalition contre lui ; au contraire, quatre joueurs vinrent le trouver afin de former avec lui un front uni contre les cinq autres. C’était ainsi que se jouaient traditionnellement les jeux à dix, mais Gurgeh n’en avait pas encore fait l’expérience, sauf en tant que victime des alliances des autres.

Il se retrouva donc en train de discuter stratégie avec deux amiraux de la Flotte, un général et un ministre de l’Empire dans une pièce garantie inviolable – tant sur le plan optique que sur le plan électronique – par le Bureau des Jeux, et située dans une aile du château. Ils débattirent pendant trois jours de la tactique à adopter, puis jurèrent devant Dieu – Gurgeh donna sa parole comme les autres – qu’ils respecteraient cette entente jusqu’à ce que les cinq autres aient perdu, ou qu’ils aient eux-mêmes été contraints de s’incliner.

À l’issue des parties mineures, les deux camps étaient à peu près à égalité. Gurgeh découvrait que la stratégie de groupe comportait des avantages et des inconvénients. Il faisait de son mieux pour s’adapter et jouer en conséquence. Les joueurs se consultèrent à nouveau, puis se préparèrent pour la bataille qui allait se livrer sur le Tablier d’Origine.

Gurgeh éprouvait un grand plaisir. La répartition en équipes multipliait l’intérêt du jeu ; il ressentait une réelle solidarité envers les apicaux qui jouaient à ses côtés. Ils se secouraient mutuellement en temps de crise, se reposaient les uns sur les autres pendant les assauts conjugués et, dans l’ensemble, jouaient comme si leurs forces additionnées ne formaient véritablement qu’un seul camp. En tant qu’individus, il ne les trouvait pas excessivement sympathiques, mais, en tant que partenaires, il ne pouvait nier la tendresse qu’ils lui inspiraient ; à mesure que le jeu avançait et qu’ils repoussaient leurs concurrents, il se sentait de plus en plus triste à l’idée que bientôt ils en seraient réduits à s’entre-déchirer.

Lorsque vint le moment où les dernières résistances de l’adversaire furent écrasées, ces émotions disparurent presque entièrement. On s’était joué de lui, au moins en partie ; alors que lui respectait ce qu’il considérait comme l’esprit de leur convention, les autres s’en tenaient à la lettre. Pas un d’entre eux ne monta à l’assaut tant que les pions de l’autre équipe n’eurent pas été capturés ou neutralisés en totalité, mais quand il apparut clairement qu’ils allaient gagner, on assista à quelques manœuvres subtiles visant des positions qui prendraient de la valeur plus tard, au moment où l’entente qui les liait tomberait en désuétude. Lorsque Gurgeh s’en aperçut, il était presque trop tard ; et lorsqu’ils attaquèrent la deuxième partie de la manche, il était de loin le plus faible des cinq.

En outre, il devint évident que les deux amiraux coopéraient officieusement contre le reste, ce qui n’était guère surprenant, d’ailleurs. Une fois ligués, ces deux-là étaient bien plus forts que les trois autres.

En un sens, ce fut la faiblesse même de Gurgeh qui le sauva ; il montra par son jeu qu’il ne valait pas la peine qu’on lui consacre du temps et laissa les quatre autres se battre jusqu’au bout. Plus tard, il attaqua les amiraux ; ceux-ci avaient alors acquis suffisamment de force pour conjurer un éventuel débordement massif, mais à ce moment-là le potentiel modeste de Gurgeh était mieux à même de les entamer que les forces, pourtant supérieures, du général et du ministre.

La partie traîna en longueur tandis que les uns et les autres gagnaient puis perdaient alternativement du terrain ; Gurgeh remontait lentement mais sûrement et, à la fin, même s’il se fit éliminer avant les quatre autres, il avait accumulé suffisamment de points pour être assuré de passer au tablier suivant. Trois membres de l’équipe avaient si mal joué qu’ils durent déclarer forfait.

Gurgeh ne se remit jamais vraiment de l’erreur qu’il avait commise sur le premier tablier, et se tira très médiocrement du tablier de Forme. Il commençait à se dire que, finalement, l’Empire n’aurait pas besoin de mentir sur son compte en affirmant qu’il avait été éliminé à l’issue de la première manche.

Il poursuivait ses entretiens avec le Facteur limite en employant Flère-Imsaho comme relais ; l’écran-de-jeu de sa chambre lui permettait d’afficher les parties.

Il avait l’impression de s’être adapté à la gravité plus forte de la planète. Flère-Imsaho dut lui rappeler qu’il s’agissait d’une réaction génomanipulée ; ses os s’épaississaient rapidement, et sa musculature s’était développée sans attendre qu’il s’en occupe activement.

« Mais enfin, vous n’aviez pas remarqué que vous deveniez plus râblé ? lui demanda le drone d’un ton exaspéré tandis que Gurgeh se regardait dans le miroir de sa chambre.

« En fait, je croyais manger plus que de raison, répondit ce dernier en secouant la tête.

« Quelle perspicacité ! Je me demande s’il y a autre chose de nouveau en vous dont vous n’ayez pas conscience. On ne vous a donc rien appris sur la biologie de votre corps ?

« J’ai oublié », fit l’homme en haussant les épaules.

Il s’était également adapté au cycle jour/nuit plus court en vigueur sur cette planète, et plus vite que tous les autres invités, s’il fallait en croire leurs nombreuses récriminations. La plupart des gens, lui apprit le drone, prenaient des drogues qui faisaient coïncider leur rythme biologique avec le cycle local, dont les journées ne duraient que les trois quarts d’un jour standard.

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