Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
Çà et là, une lourde coupole végétale élève son dôme solitaire. Nul arbre ne saurait croître à l’ombre de ce géant des forêts tropicales qui absorbe par ses troncs innombrables, comme par autant de tuyaux d’appel, les sucs du vieil humus primitif. C’est le banian, ce colosse qui peut abriter une tribu tout entière.
De tous côtés, des herbes drues et vigoureuses s’étalent en un interminable tapis, que piquent de fleurs éblouissantes les coquelicots aux tons violents, les Ixia, les Amaryllis et les Brunswigia. On voit aussi une fleur d’une blancheur immaculée, qui couvre chaque matin le sol de sa neige odorante. Les indigènes ont nommé, à cause de la forme de sa corolle, Tlakou ea pitsé (pied de Zèbre), cette splendide éphémère, qui périt le soir même du jour où elle est éclose.
Sur ces corolles éclatantes, s’ébat l’essaim multicolore des papillons, gemmes animées, sorties de l’écrin de la fée des fleurs, que guettent avec une avidité de diggers les criquets agiles, les fourmis affairées, les cigales stridentes.
Sur les arbres grands et petits, sur les brindilles ou les maîtresses branches, sur les herbes ou sur les fleurs, sur les rochers, sur les cailloux du ruisseau, sur les eaux ou sur les terrains vaseux, s’agite, vole, piaule, chasse, pêche, barbote tout un monde étrange d’oiseaux plus disparates encore que les végétaux, et qui se trouvent comme eux réunis en ce point grâce aux multiples propriétés du sol.
De jolis guêpiers,[37] aux ailes d’émeraude, bordées de saphirs, se poursuivent avec des cris joyeux et s’enfoncent au moindre bruit suspect dans les trous leur servant de nid, qu’ils ont pratiqués dans les bords de la rivière. Des martins-pêcheurs bleus et orange[38] plongent, rapides comme des flèches pour saisir leur proie, de gros pélicans, réunis en longues files comprenant parfois cinq cents individus, s’élèvent et s’abaissent au loin en décrivant des courbes régulières, et avec une telle symétrie, qu’on les prendrait pour un gigantesque serpent. Des becs-croisés, mantelés de noir, corselés de blanc, au bec écarlate, surveillent gravement leurs nids creusés dans le sable, et s’apprêtent à défendre leur couvée contre les incursions de la corneille à gorge blanche,[39] et du marabout vorace. Une sorte de pluvier[40] toujours en mouvement, toujours criant, toujours en colère, hargneux comme un roquet, mais brave comme un petit lion, s’efforce, d’ailleurs, par simple bonté de cœur, de rétablir l’ordre au milieu de ces membres si disparates de la gent emplumée. Il poursuit intrépidement les plus gros, gourmande et encourage les petits, et finit par empêcher les conflits. Mais aussi que de tracas, que de peines, que de cris et de contorsions ! Les petits perroquets verts à épaules jaunes,[41] les plus incorrigibles bavards de la contrée, sont forcés de se taire, ainsi que les tisserands[42] noirs, balafrés d’une bande brune, aussi jaseurs que leurs congénères les cassiques et les loriots.
Les ibis pourprés, conservant au milieu de ce tapage leur impassibilité sereine de divinités égyptiennes, évoluent gravement au milieu de ce tapage, sans autre préoccupation que de disputer la larve ou le fretin aux spatules roses, aux grues bleues, aux flamants rouges, aux demoiselles de Numidie, aux jolis hérons blancs[43] ou aux mouettes effrontées.[44]
De grandes oies vêtues de noir,[45] l’aile armée d’un éperon redoutable, paissent des herbes, en compagnie de pintades et de francolins qui guettent sous leurs pas les œufs de fourmis.
De temps en temps, un grand oiseau, au dos bleu-cendré, au poitrail blanchâtre, s’élance d’une cime où il se tenait solitaire dans une fière attitude de gladiateur. Il pousse un cri aigu et s’abat dans les herbes. Une lutte rapide s’engage contre un adversaire invisible. L’oiseau se couvre comme d’un bouclier de son aile éperonnée comme celle de l’oie ; les plumes de sa tête et de son cou se dressent, il porte des coups furieux avec son bec et son éperon, puis il s’enlève majestueusement en tenant entre ses serres un serpent dont il vient de briser le crâne. C’est le Secrétaire, appelé aussi l’oiseau du serpent.[46]
Enfin, aux notes vibrantes que l’on dirait produites par une harpe, et qu’égrène le splendide trogon écarlate, se joint le tinc-tinc-tinc métallique du pluvier de Burschell. Ce bruit d’enclume est à ce point caractéristique, que les noirs ont donné à l’oiseau le nom de sétulatsépi, signifiant : qui forge le fer. En entendant ce triple coup de marteau qui se répercute au loin sous la feuillée, les symphonistes ailés, se taisent soudain. Tous connaissent la vigilance de l’oiseau qui forge le fer. Cet appel sonore est un cri d’alarme qu’il jette à la vue d’un aigle à tête blanche,[47] au corps couleur de rouille, qui se laisse tomber comme un aérolithe au milieu des branches d’un acacia paraissant cependant inhabité. Chose étrange, un vol effaré d’oiseaux d’une belle couleur vert tendre, dont le plumage se confond avec les feuilles, s’envolent avec un bruit de tonnerre. Ce sont des pigeons verts[48] que le cri du sétulatsépi a, pour une fois encore, protégés contre la griffe du rapace.
Bref, de tous côtés, la nature est une fête, la vie surabonde au milieu de ce sous-bois plein d’animation, pendant que les habitants de la demeure roulante se claquemurent étroitement, sans paraître se soucier des morsures du soleil, ni regretter la vue de ce magnifique spectacle.
Mais, que signifie cette panique soudaine à laquelle semblent en proie tout à coup les habitants du bosquet tropical ? Familiarisés sans doute avec la vue du dray dont le voisinage n’a rien eu jusqu’alors d’attentatoire à leur existence ou à leur liberté, ils s’enfuient à tire-d’aile, en jetant des cris effarés, et disparaissent confondus en un pêle-mêle indescriptible d’espèces et de couleurs.
Le motif de cette fuite précipitée s’explique bientôt. Un murmure de voix humaines auquel se mêle le trot étouffé de plusieurs chevaux se fait entendre sous les arbres, et une troupe nombreuse d’hommes aux vêtements sordides, aux traits flétris, aux barbes incultes, fait son apparition à la lisière du bois.
Deux géants marchant en tête, commandent la halte et s’avancent seuls vers la palissade qui défend le wagon. La porte de l’immense véhicule s’entrouvre doucement, et la face bourrue de Klaas le Boër émerge lentement du cadre sombre formé par le retrait de l’épais panneau.
Le sauvage blanc jette un regard soupçonneux sur les nouveaux venus arrêtés sous les arbres, puis, en homme qui prend bravement son parti, s’élance sur le sol en tenant à la main son long roër hollandais.
– C’est vous, Cornélis... c’est vous, Pieter, grogne-t-il de sa voix rude, que voulez-vous encore ?
37
Merops apiaster (guêpier vulgaire).
38
Ceryle rudis.
39
Corvus scapulatus.
40
Charadrius carunculata.
41
Psittacus Meyeri.
42
Loxia capensis.
43
Ardetta.
44
Procellaria.
45
Anser melanogasier.
46
Plotus Levaillantii.
47
Cuncuma vocifer.
48
Phalaeroteron Delalandii.