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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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Il avait fallut l’instinct de son cheval, dressé sans doute par son premier maître à la chasse des esclaves fugitifs, pour éventer les noirs guerriers. Il était trop tard d’ailleurs pour obliquer, car la troupe, toujours silencieuse, avait manœuvré de façon à couper la retraite de deux côtés. Quelque brave qu’il fût, Smith se sentit frémir à la vue de ce va-et-vient de corps agiles évoluant au milieu d’un fourmillement de piques, de ces visages impassibles aux gros yeux de porcelaine, aux dents luisantes sous les lèvres lippues.

– Allons ! c’en est fait, murmura-t-il avec une philosophie résignée. Cela devait arriver tôt ou tard. Le dernier bushranger va mourir. Pendu par les uns ou mangé par les autres, mon affaire n’est pas douteuse.

« Mais, by God, je préfère cent fois encore une bonne brasse de ficelle au genre de mort que m’infligeront ces moricauds. Pendu, passe encore... C’est un supplice national dont un gentleman peut s’accommoder... quand il ne peut faire mieux... Tandis que être déchiqueté morceau par morceau, avoir pour tombeau des estomacs où l’on descend avec une garniture de patates douces, est une fin indigne...

» Allons donc nous faire prendre...

» Master Smith, for ever !

– À mort !... À mort !... hurlaient les mineurs qui se rapprochaient tumultueusement.

– Voilà !... gentleman, voilà !... s’écria le bushranger en faisant opérer à son cheval une volte rapide.

Mais un des noirs que son habit rouge et son casque de pompier désignaient comme le chef, éleva au bout d’une pique le faisceau de queues de chacal lui servant de mouchoir et poussa un cri retentissant.

La troupe entière s’ébranla comme un seul homme, avec une précision qui eût fait la joie d’un sergent instructeur du Royal Écossais. D’un mouvement instantané comme la pensée, les noirs se jetèrent devant le bandit, se formèrent sur deux rangs, opérèrent une marche oblique et présentèrent aussitôt aux diggers stupéfaits un front angulaire hérissé de sagaies menaçantes. Master Smith, de plus en plus désorienté, se trouvait au beau milieu d’un bataillon carré, près du chef qui brandissait toujours son étendard bizarre, et le regardait avec des yeux dont l’expression n’avait rien d’anthropophagique.

– Descends de cheval, dit-il enfin en mauvais anglais.

L’invitation était d’autant plus opportune, que Sam perché sur son apocalyptique monture dépassait de tout le buste ces auxiliaires dont il ne pouvait s’expliquer la bienheureuse intervention.

Il était temps, car un coup de feu retentissait au même moment, et le cavalier dégringolait de sa selle, en poussant un juron carabiné de matelot en fureur.

– Ce n’est rien, gronda-t-il en se relevant prestement la face souillée de sang. Les coquins m’ont enlevé un bout d’oreille !... Mais ils payeront cher cette détérioration de mon physique.

Il n’avait pas achevé, qu’une série de détonations éclatait de tous côtés, sans autre résultat, d’ailleurs, qu’une fumée intense et un tintamarre assourdissant.

Smith se mit à rire en entendant siffler les balles.

– Les imbéciles, dit-il en aparté, sont encore tout échauffés de leur course à cheval, et ils n’ont même pas jugé à propos de mettre pied à terre !

» Aussi, Dieu me damne, ils tirent comme de véritables épiciers de la Cité.

» À mon tour et montrons-leur ce qu’un bon rifle peut faire entre des mains qui ne tremblent pas.

Le bushranger épaula son arme et fit rapidement feu de ses deux coups. Deux hommes s’abattirent lourdement. Une clameur de rage, poussée par les mineurs, accompagna cette chute. Les noirs répondirent par un long hurlement de triomphe, et lancèrent leurs sagaies au beau milieu du groupe.

Le chef faisait entendre en même temps un sifflement aigu qui devait signifier : En retraite ! Car la troupe se replia lentement en bon ordre, au plus épais de la futaie. Smith, que ce retour inespéré de la fortune avait mis en belle humeur, savourait avec l’ivresse d’un homme échappé miraculeusement à la corde et à la broche le bonheur de se sentir vivre. Il ne pouvait encore s’expliquer comment et pourquoi ses libérateurs s’étaient avec tant d’à propos jetés entre lui et ses ennemis, mais, en somme, leur intervention avait aussitôt amené sa délivrance, et il attendait le moment de s’expliquer, tout en canardant les diggers avec l’aisance et l’habileté d’un rifleman émérite.

Ces derniers n’osèrent, et pour cause, pénétrer dans le taillis qui offrait aux noirs un asile impénétrable. Lardés sans trêve ni merci par les flèches et les sagaies, décimés par le feu du bushranger, ils durent bientôt opérer une retraite qui s’acheva par un sauve-qui-peut général.

Le chef, radieux de ce succès, se carrait dans son habit écarlate, se dandinait sous son casque de cuivre, et semblait attendre de l’Européen quelques mots longs à venir. Smith, pensant avec raison qu’il devait la vie à un quiproquo jusqu’alors inexplicable, se taisait et restait tout embarrassé sous le feu croisé des regards de ses libérateurs.

– Eh ! quoi, dit enfin le chef de la noire cohorte, le blanc ne reconnaît-il plus les Batokas ?... A-t-il donc oublié son ami Magopo, le chef des guerriers du Zambézi ?

» Magopo, lui, se souvient du blanc qui lui a sauvé la vie, en frappant l’éléphant d’un coup mortel.

» Magopo se souvient avec ses yeux et avec son cœur, car la reconnaissance est une vertu noire.

Smith sentit qu’il fallait payer d’audace. Il avait pu, depuis qu’il courait les bois et la plaine, se familiariser suffisamment avec les différents dialectes, pour comprendre les paroles de son interlocuteur.

– Il paraît, se dit-il en lui-même, que j’ai occis un éléphant et sauvé la vie à ce brave homme. Ne nous entortillons pas dans les feux de file, comme disait jadis master Friquet, ce diable à quatre de Parisien, et soyons sobre de paroles.

» Oui, chef, reprit-il, je te reconnais bien, car ton souvenir est pour moi celui d’un homme intrépide et bon.

» Tu veux bien te souvenir que je t’ai sauvé la vie et je te remercie. Mais il eût été indigne, de la part d’un blanc, de rappeler un service rendu.

» Tu m’as d’ailleurs et au-delà récompensé de toutes façons, et je suis plus que jamais ton obligé.

» Magopo est un grand guerrier, et les Batokas sont des braves.

Un murmure approbateur accueillit ces lieux communs qui n’avaient rien de compromettant, et qui suffisaient pour affermir les Batokas dans cette pensée qu’ils avaient devant eux non pas un misérable aventurier, mais Alexandre, avec lequel le hasard lui avait donné une aussi incroyable ressemblance.

Magopo allait, d’ailleurs, inconsciemment et avec une telle candeur, au-devant de ses réponses, qu’un plus naïf que Sam Smith se fût tiré sans embarras de cette situation délicate. Or, le bushranger était un de ces gaillards qu’on ne prend jamais à l’improviste et qui savent en un moment s’accommoder des situations les plus épineuses.

Il ne fut pas longtemps sans s’apercevoir que les Batokas et leur chef le prenaient pour Alexandre. Les quelques mots échappés au Révérend et à master Will, pendant le trajet de la rive droite du Zambèze à l’Îlot du Jardin, lui permirent d’entrer suffisamment dans la peau de son Sosie pour en jouer à peu près le personnage. Son timbre de voix et son accent anglais eussent pu, seuls, trahir son origine, mais les braves Africains ne devaient pas, on le comprend, y regarder de si près.

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