Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
Sam Smith ne conserva pourtant pas la moindre rancune aux auteurs involontaires de ce double échec. Ce fantaisiste avait pour coutume, quand il dépouillait un mineur d’un riche pécule, de lui en laisser une certaine partie pour lui permettre de reprendre ses travaux. Quand au contraire il tombait sur des gens en détresse, il leur fournissait volontiers des provisions et leur donnait une somme parfois assez ronde. Quand il s’adressa au policeman et au faux missionnaire, ses poches étaient absolument vides. Ne pouvant leur offrir sa traditionnelle aumône, il s’enquit du service qui lui serait possible de leur rendre. Le Révérend lui demanda le moyen de passer sur l’île du jardin.
Smith qui depuis plusieurs jours rôdait aux environs de la cataracte, n’avait pas été sans remarquer les allées et venues d’Alexandre, ainsi que le lieu où le jeune homme dissimulait sa pirogue. Cette légère embarcation pouvait, dans un danger pressant, lui permettre de se réfugier de l’autre côté du fleuve, car, le bushranger privé depuis quelques temps de son cheval en était réduit à marcher à pied, sans savoir quand il lui serait possible de remplacer ce rapide et indispensable auxiliaire.
En Australie où chaque « station » possède des centaines et des milliers de chevaux, Sam Smith n’eût pas longtemps traîné ses bottes dans les sables et les fragments de quartz. Tout coureur de buisson est un voleur de chevaux émérite ; mais les admirables pur-sang dont les éleveurs australiens ont perpétué la race avec un soin minutieux, sont rares sur les bords du Zambèze.
Il opéra donc volontiers le transbordement des deux compagnons et les laissa sur l’îlot, tout en trouvant extraordinaire ce besoin d’isolement.
Au moment où le bandit revenait de son excursion nautique, il aperçut Alexandre, Joseph et Albert, fuyant à toute bride devant les mineurs furieux.
– Comme ce cheval géant ferait bien mon affaire, se dit master Smith dissimulé derrière une pointe de roc, en voyant l’apocalyptique monture de Cornélis le Boër, sur laquelle galopait Alexandre.
» Tiens ! c’est l’homme à la pirogue. Bonne affaire. Il s’enfuit avec ses compagnons dans la direction du fleuve... Ils se dirigent tous trois vers le point où devrait se trouver l’embarcation... Mais, elle n’y est plus, mes gaillards.
» Troc pour troc... S’ils ont envie de passer, il me faut leurs chevaux. Je vais leur compter un boniment quelconque... Comme ils sont pressés, ils n’y regarderont pas de si près.
C’est alors que le coquin joua avec son aplomb habituel la comédie racontée à la fin du troisième chapitre, et se trouva possesseur du cheval du Boër.
Monté sur cette bête incomparable, dont la vigueur et la rapidité défiaient toute poursuite, Smith se donna le malin plaisir de venir narguer les mineurs qui, le prenant pour Alexandre, revinrent à sa vue sur leurs pas et essayèrent, mais en vain, de lui couper la retraite.
Quelques moments après, il rencontrait les traces du dray monté par Klaas ainsi que les deux jeunes femmes, et trouvait le volume sur lequel madame de Villeroge avait écrit son appel désespéré.
Les diggers, déconcertés tout d’abord par l’évasion des trois Européens et par le change que leur donna le bushranger, reprirent bientôt tout leur sang-froid. Il y avait au Kraal d’autres chevaux qui furent sellés et bridés en un tour de main. Une poursuite enragée fut rapidement organisée sous la conduite de Pieter et de Cornélis, et l’escadron des chercheurs de diamants s’élança bientôt sur les traces du fugitif.
Collés à sa piste comme d’incomparables limiers, les deux Boërs, croyant avoir affaire à leur ennemi, jurèrent de le ramener mort ou vif. Une pareille menace, dans la bouche de ces colosses, n’était pas une vaine fanfaronnade, car les deux sauvages blancs, rompus à la vie d’aventures, batteurs d’estrade habiles au point de rivaliser avec le plus habile rastreador de la Plata, étaient hommes à suivre le bushranger jusqu’à Cape-Town si besoin en était.
Sam Smith qui décidément se trouvait dans un de ses bons jours, était loin de soupçonner l’intensité de l’orage qui le menaçait, alors que Klaas venait de lui faire une aussi brutale réception.
Les cris soudain de : À mort Sam Smith !... À mort le bushranger !... lui montrèrent la gravité de cette situation. Il piqua des deux et se dirigea vers la forêt, dont la lisière se profilait à deux kilomètres à peine vers le Sud.
Les mineurs, pensant que le fugitif allait leur échapper s’il réussissait à gagner les grands bois, redoublaient d’efforts, et excitaient leurs montures de la voix et de l’éperon. La course prit bientôt une de ces allures qui eût fait pâmer d’aise le turfiste européen le moins impressionnable. Si en effet nos sportsmen modernes trouvent un attrait irrésistible à s’élancer sur les traces d’un pauvre animal qui, les flancs battants, le poil gluant, les yeux effarés, va se faire prendre sur le revers d’un fossé ; si, à défaut de gibier, ces hippomanes peuvent satisfaire leur passion avec ce platonique simulacre aujourd’hui naturalisé chez nous sous le nom de rallie-paper, quelles poignantes émotions ne leur procurerait pas la chasse à l’homme ! Un steeple-chase au bandit, terminé par un hallali au bout d’une corde !
Sam Smith en bon Anglais dont le cœur tressaute aux mots d’Epsom ou de Neuw-Markett, oubliant presque qu’il était « la bête » comme on dit en terme de vénerie, et qu’il lui fallait se maintenir bon premier, sous peine de voir le poteau d’arrivée se transformer en potence, savourait cette course avec tout le dilettantisme d’un raffiné.
– Hepp !... hepp !... hepp !... hourra !... rugissait-il en mâchonnant sa moustache fauve, pendant que les mineurs poussaient leurs cris de : À mort !... à mort !... ce Tayaut farouche des chasseurs d’hommes.
Le cheval géant, habilement conduit par son cavalier, conservait tous ses avantages, et le bushranger voyait le moment où il allait enfin pénétrer dans la forêt. Quelques secondes encore et il était hors d’atteinte. Il franchissait déjà une ligne irrégulière d’épais buissons nains émergeant çà et là des herbes serrées, quand le quadrupède, jusqu’alors fort docile, fit un écart si violent que Smith faillit être désarçonné. Comprenant que cet écart d’un cheval familiarisé depuis longtemps avec les multiples éventualités de la vie sauvage n’était pas une fantaisie de bête capricieuse, Sam ne commit pas l’impardonnable faute de le brutaliser. Il le caressa, le calma par ces mots habituels aux cavaliers, et chercha à vaincre son obstination. Peine inutile. L’animal s’ébroua brusquement, se planta les quatre pieds au sol, baissa la tête et se mit à renâcler.
Les clameurs des diggers acharnés à la poursuite se rapprochaient à chaque instant. Smith supposa qu’un nouveau danger le menaçait sous bois. Danger d’autant plus grand qu’il en ignorait la nature. Son sang-froid ne se démentit pourtant pas. Il arma sa carabine et se prépara à descendre pour chercher la cause de cette terreur, quand le buisson sur lequel le cheval collait ses naseaux, s’ouvrit doucement, et un noir, portant un arc, des flèches et un épais faisceau de sagaies apparut aux yeux étonnés du fugitif. Le buisson voisin s’ouvrait également, puis le suivant, puis un autre encore, si bien que, de proche en proche, et en moins de temps qu’il en faut pour l’écrire, le bandit stupéfait assista à ce spectacle inusité d’un taillis d’où surgissait une troupe de trois ou quatre cents Africains armés jusqu’aux dents. C’était une véritable fantasmagorie. Et son étonnement était d’autant plus complet, que rien, dans la configuration du sol, ne pouvait faire supposer la présence d’une embuscade si subtilement préparée. Smith, rompu à la vie d’aventures, ne concevait pas comment lui qui se faisait fort de retrouver sur les herbes à peine foulées l’imperceptible trace de l’antilope, n’avait même pas eu le plus vague pressentiment du voisinage d’une pareille troupe.