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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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Je me souviens d’une collègue et amie du CNRS, scandalisée parce que, en 1993, un bandeau publicitaire du tout nouveau Petit Robert affichait événement avec deux é : « L’événement Le Nouveau Petit Robert. » C’était à ses yeux ignominieux, presque un casus belli, tant la possibilité toute nouvelle de l’écrire avec un è, évènement, lui semblait une victoire triomphale de la « nouvelle orthographe » sur l’orthographe traditionnelle. À dire vrai, c’était peut-être donner à un petit accent une bien grande importance quand tout autour dans les établissements scolaires l’orthographe s’effondrait : « Sovon le é d’événemant. »

Hélas, en ce qui me concerne, je ne peux pas soutenir comme l’affirment beaucoup qu’on prononce évènement, ce qui peut justifier cet e accent grave, parce qu’il se trouve que, sans doute nasillard et d’accent probablement trop pointu, comme disent nos amis du Midi dès qu’ils évoquent l’accent du Nord, je ne dis pas évènement mais événement

Cela fait partie de la tradition française de discuter du genre des mots et de notre orthographe. Ne surtout pas croire que c’est la première ou la dernière réforme en route. En février 1901, un arrêté ministériel faisait déjà état de tolérances orthographiques. Ainsi les trouve-t-on présentées au cœur de « L’Orthographe dans les examens », au tout début du Dictionnaire complet illustré de la maison Larousse, en 1905. L’arrêté ministériel du 26 février 1901, est-il affirmé, « ne réforme, ne modifie pas l’orthographe, comme on a eu et comme on a le tort de le dire. Il n’a d’autre objet que de simplifier la syntaxe en admettant des tolérances dans les examens ou concours dépendant du Ministère de l’instruction publique ».

Par exemple : « des prêtres en bonnet carré ou en bonnets carrés. » On tolérera l’accord de l’adjectif : Ex. : se faire fort, forte, forts, fortes… On tolérera la réunion de deux mots constitutifs : un garçon nouveauné, une fille nouveaunée… Avec une négation on tolérera l’emploi de ce mot aussi bien au pluriel qu’au singulier. Ex. : ne faire aucun projet ou aucuns projets. »

Ces tolérances plus d’un siècle après paraissent bien modernistes. Mais tolérances inutiles, car qui ne tiquera pas en lisant : « Elles se sont fait fortes de ne faire aucuns projets orthographiques pour leurs filles nouveaunées » ? Échec assuré dans un concours.

Il n’empêche, je reçois en 2012 une lettre électronique circulaire fort sympathique, m’annonçant qu’« aujourd’hui est un très grand jour pour les rectifications de l’orthographe du français. Bonne nouvelle : le Petit Larousse illustré 2012 intègre enfin l’orthographe rectifiée », avec l’incitation à « rediriger ce message vers vos collègues et vos contacts pour diffuser cette grande nouvelle ». Orthographe impeccable, avec l’indice du militantisme : « C’est donc officiel : la refonte 2012 du Petit Larousse rafraichit les éditions antérieures. » Pas d’accent circonflexe à rafraichir, c’est l’indice. La joie est immense : « Au dos du dictionnaire on peut lire dans le descriptif de l’ouvrage : + la mention de la nouvelle orthographe. » Enfin reconnues, est-il précisé un peu plus loin, des graphies comme « boursoufflé, aigüe, pizzéria, ruissèle, un compte-goutte, etc. » C’est émouvant. Je suis en train de corriger une copie de licence : « En l’occurence, de part sa position, la Gaulle a finit par montré la voix. » Six demi-points en moins. Au prochain partiel, la copie sera relue, et la fiche des mots sur lesquels ne pas se tromper. On verra plus tard pour le compte-goutte.

De Pivot à Martinez en passant par Larousse

J’ai une profonde sympathie pour Bernard Pivot. J’ai raté tous les contacts que j’ai eus avec lui. Je l’ai croisé pourtant assez souvent, mais jamais comme je le souhaitais.

Une première fois, ce fut dans la loge de Pierre Perret, venu pour les Lyriades chaleureusement organisées par Françoise Argot dans la région angevine, berceau du Petit Liré où naquit Du Bellay. J’étais à côté de lui, incapable de dire un mot intelligent.

Une deuxième fois dans une émission que conduisait Pascale Lafitte-Certa, sur Europe 1. Cette émission régna quelques années durant, avec un excellent taux d’écoute, très mérité ; elle portait sur la langue, Bernard Pivot et moi-même en étions les invités. Très joli moment, j’avais apporté quelques vieux dictionnaires, et nous en avons presque confondu le moment de la pause publicitaire avec la reprise de l’émission, tant nous avons échangé sur les dictionnaires pendant ladite pause. Moment inoubliable pour moi, mais évidemment anodin pour Bernard Pivot qui rencontrait toutes les célébrités littéraires dont je ne faisais pas partie.

Je fus ensuite invité par une télévision lorsque, dans les années 2000, les derniers Dicos d’or se profilaient, à Montpellier, en son superbe théâtre. On me donna la parole une minute pour expliquer les mots de la dictée, j’attirai l’attention de Pivot qui était sur la scène en évoquant la banlieue à une lieue du ban, le forban, hors du ban, le four banal, appartenant au ban, etc. Mais ce fut fugace, j’essayai de le rencontrer après l’émission, impossible, les coulisses du théâtre l’avaient englouti. Et à dire vrai, il était submergé par les témoignages de sympathie : mes élans étaient en définitive niais. D’ailleurs j’ai le sourire niais dès que j’essaie de l’aborder.

Ratage presque prévisible aussi au lancement du Petit Larousse illustré où il se rend systématiquement. Difficile de le rejoindre dans la foule, mais j’y réussis une première fois. Juste pour lui dire, toujours tétanisé et sourire niais garanti, que j’avais envie d’écrire. Eh bien, en gros, me répondit-il : « Écrivez. » La loi du bon sens, bien sûr.

Lorsque finalement j’écrivis, mais un Dictionnaire de citations chez Bordas, j’étais très heureux de citer nombre de ses pensées, finement frappées au coin du bon sens. Je lui envoyais mes ouvrages avec des mots sentis. Jamais de réponse : je sus plus tard que j’envoyais mes lettres à une mauvaise adresse.

Enfin, au moment de publier un Dictionnaire du football, je souhaitais que ce soit lui qui rédige la préface. Je parvins à le rejoindre au lancement du Petit Larousse illustré 2012, il était déjà sur le départ, d’évidence très pressé, j’essayai en trois mots, d’autant plus brouillons, de lui présenter le projet sur le chemin de la sortie. Trois mots idiots où j’exprimai bêtement, premier mot maladroit, qu’on avait déjà fait une émission de radio ensemble — la belle affaire, il n’en avait aucun souvenir —, deuxième mot pour le remercier des comptes rendus élogieux qu’il avait donnés de mes quelques ouvrages —, mais il n’avait pas fait le rapport avec moi, au demeurant méconnaissable sans la barbe portée jadis —, et enfin troisième mot pendant qu’il regardait sa montre, pour lui dire que j’allais publier un dictionnaire de football, ce qui éveilla son attention, mais en lui précisant que c’était pour une préface. Uppercut : « Je ne fais jamais de préface. » Je fus ridicule d’un bout à l’autre. Mais je n’abandonne pas : il m’a donné sa bonne adresse et il a apprécié le Dictionnaire du football ! « Je l’aurai, un jour », ce dialogue… Je l’ai d’ailleurs eu, fugacement, quand, pour l’édition 2014, il entrait enfin dans le Petit Larousse. Bien mérité pour ce fils de la Semeuse.

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