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Maupassant

Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:

Ce livre des œuvres complètes de Guy de Maupassant est exhaustif. Il réunit ses huit romans (dont deux inachevés), ses quelques 350 nouvelles réunies en 24 recueils, ses sept pièces de théâtre (dont deux inachevées), toutes ses poésies (réunies en deux volumes), ses carnets de voyages ainsi que les centaines d’articles qu’il écrivit pour la presse entre 1876 et 1891 (classées par dates de publication et par recueils annuels). Une introduction de l’éditeur explique le parcours et l’œuvre de Guy de Maupassant. Ce livre est le fruit d'une somme de travail considérable. Les quelques milliers de pages de « Maupassant : Œuvres complètes » sont réparties en 57 volumes, ayant chacun un sommaire interactif propre. Aussi, un sommaire général permet d’accéder instantanément à n'importe lequel de ses volumes, ou, au choix, à un de ses chapitres, nouvelles, contes fantastiques, poésies, articles de presse, etc. Toutes ces œuvres ont été relues, corrigées lorsque cela était nécessaire, et mises en page avec soin pour en rendre leur lecture aussi agréable que possible.
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
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— Te v’là, Césaire, eh ben ?

L’homme, un garçon maigre à l’air triste, murmura :

— Eh ben, rien de rien, toujou d’même !

— I ne veut pas ?

— I ne veut pas.

— Qué que tu vas faire ?

— J’sais-ti ?

— Va-t’en vé l’curé.

— J’veux ben.

— Vas-y à c’t’heure.

— J’veux ben.

Et ils se regardèrent. Il tenait toujours l’enfant dans ses bras. Il l’embrassa de nouveau et le remit sur les hardes des femmes.

A l’horizon, entre deux fermes, on apercevait une charrue que traînait un cheval et que poussait un homme. Ils passaient tout doucement, la bête, l’instrument et le laboureur, sur le ciel terne du soir.

La femme reprit :

— Alors, qué qu’i dit, ton pé ?

— I dit qu’i n’ veut point.

— Pourquoi ça qu’i ne veut point ?

Le garçon montra d’un geste l’enfant qu’il venait de remettre à terre, puis, d’un regard il indiqua l’homme qui poussait la charrue, là-bas.

Et il prononça :

— Parce que c’est à li, ton éfant.

La fille haussa les épaules, et d’un ton colère :

— Pardi, tout l’monde le sait ben, qu’c’est à Victor. Et pi après ? J’ai fauté ! J’suis-ti la seule ? Ma mé aussi avait fauté, avant mé, et pi la tienne itou, avant d’épouser ton pé ! Qui ça qui n’a point fauté dans l’pays ? J’ai fauté avec Victor, vu qu’i m’a prise dans la grange comme j’dormais, ça, c’est vrai ; et pi j’ai r’fauté que je n’dormais point. J’l’aurais épousé pour sûr, n’eût-il point été un serviteur. J’suis-ti moins vaillante pour ça ?

L’homme dit simplement :

— Mé, j’ te veux ben telle que t’es, avec ou sans l’éfant. N’y a que mon pé qui m’oppose. J’verrons tout d’même à régler ça.

Elle reprit :

— Va t’en vé l’curé à c’t’heure.

— J’y vas.

Et il se mit en route de son pas lourd de paysan ; tandis que la fille, les mains sur les hanches, retournait piquer son colza.

En effet l’homme qui s’en allait ainsi, Césaire Houlbrèque, le fils du vieux sourd Amable Houlbrèque, voulait épouser, malgré son père, Céleste Lévesque qui avait eu un enfant de Victor Lecoq, simple valet employé alors dans la ferme de ses parents et mis dehors pour ce fait. Aux champs, d’ailleurs, les hiérarchies de caste n’existent point, et si le valet est économe, il devient, en prenant une ferme à son tour, l’égal de son ancien maître. Césaire Houlbrèque s’en allait donc, un fouet sous le bras, ruminant ses idées, et soulevant l’un après l’autre ses lourds sabots englués de terre. Certes il voulait épouser Céleste Lévesque, il la voulait avec son enfant, parce que c’était la femme qu’il lui fallait. Il n’aurait pas su dire pourquoi ; mais il le savait, il en était sûr. Il n’avait qu’à la regarder pour en être convaincu, pour se sentir tout drôle, tout remué, comme abêti de contentement. Ça lui faisait même plaisir d’embrasser le petit, le petit de Victor, parce qu’il était sorti d’elle.

Et il regardait, sans haine, le profil lointain de l’homme qui poussait sa charrue sur le bord de l’horizon.

Mais le père Amable ne voulait pas de ce mariage. Il s’y opposait avec un entêtement de sourd, avec un entêtement furieux.

Césaire avait beau lui crier dans l’oreille, dans celle qui entendait encore quelques sons :

— J’vous soignerons ben, mon pé. J’vous dis que c’est une bonne fille et pi vaillante, et pi d’épargne.

Le vieux répétait :

— Tant que j’ vivrai, j’ verrai point ça.

Et rien ne pouvait le vaincre, rien ne pouvait fléchir sa rigueur. Un seul espoir restait à Césaire. Le père Amable avait peur du curé par appréhension de la mort qu’il sentait approcher. Il ne redoutait pas beaucoup le bon Dieu, ni le diable, ni l’enfer, ni le purgatoire, dont il n’avait aucune idée, mais il redoutait le prêtre, qui lui représentait l’enterrement, comme on pourrait redouter les médecins par horreur des maladies. Depuis huit jours, Céleste, qui connaissait cette faiblesse du vieux, poussait Césaire à aller trouver le curé ; mais Césaire hésitait toujours, parce qu’il n’aimait point beaucoup non plus les robes noires qui lui représentaient, à lui, des mains toujours tendues pour des quêtes ou pour le pain bénit.

Il venait pourtant de se décider et il s’en allait vers le presbytère, en songeant à la façon dont il allait conter son affaire.

L’abbé Raffin, un petit prêtre vif, maigre et jamais rasé, attendait l’heure de son dîner en se chauffant les pieds au feu de sa cuisine.

Dès qu’il vit entrer le paysan, il demanda, en tournant seulement la tête :

— Eh bien ! Césaire, qu’est-ce que tu veux ?

— J’voudrais vous causer, m’sieu lcuré.

L’homme restait debout, intimidé, tenant sa casquette d’une main et son fouet de l’autre.

— Eh bien ! Cause.

Césaire regardait la bonne, une vieille qui traînait ses pieds en mettant le couvert de son maître sur un coin de table, devant la fenêtre. Il balbutia :

— C’est que, c’est quasiment une confession.

Alors l’abbé Raffin considéra avec soin son paysan ; il vit sa mine confuse, son air gêné, ses yeux errants, et il ordonna :

— Maria, va-t’en cinq minutes à ta chambre, que je cause avec Césaire.

La servante jeta sur l’homme un regard colère, et s’en alla en grognant.

L’ecclésiastique reprit :

— Allons, maintenant, défile ton chapelet.

Le gars hésitait toujours, regardait ses sabots, remuait sa casquette ; puis, tout à coup, il se décida :

— V’là : j’voudrais épouser Céleste Lévesque.

— Eh bien ! Mon garçon, qui est-ce qui t’en empêche ?

— C’est l’pé qui n’veut point.

— Ton père ?

— Oui, mon pé.

— Qu’est-ce qu’il dit, ton père ?

— I dit qu’alle a eu un éfant.

— Elle n’est pas la première à qui ça arrive, depuis notre mère Eve.

— Un éfant avec Victor, Victor Lecoq, le domestique à Anthime Loisel.

— Ah-ah !.. Alors, il ne veut pas ?

— I ne veut point.

— Mais là, pas du tout ?

— Pas pu qu’une bourrique qui r’fuse d’aller, sauf vot’ respect.

— Qu’est-ce que tu lui dis, toi, pour le décider ?

— J’li dis qu’ c’est eune bonne fille, et pi vaillante, et pi d’épargne.

— Et ça ne le décide pas. Alors tu veux que je lui parle.

— Tout juste. Vous l’ dites !

— Et qu’est-ce que je lui raconterai, moi, à ton père ?

— Mais… c’que vous racontez au sermon pour faire donner des sous.

Dans l’esprit du paysan tout l’effort de la religion consistait à desserrer les bourses, à vider les poches des hommes pour emplir le coffre du ciel. C’était une sorte d’immense maison de commerce dont les curés étaient les commis, commis sournois, rusés, dégourdis comme personne, qui faisaient les affaires du bon Dieu au détriment des campagnards.

Il savait fort bien que les prêtres rendaient des services, de grands services aux plus pauvres, aux malades, aux mourants, assistaient, consolaient, conseillaient, soutenaient, mais tout cela moyennant finances, en échange de pièces blanches, de bel argent luisant dont on payait les sacrements et les messes, les conseils et la protection, le pardon des péchés et les indulgences, le purgatoire et le paradis, suivant les rentes et la générosité du pécheur.

L’abbé Raffin, qui connaissait son homme et qui ne se fâchait jamais, se mit à rire.

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