La citadelle de l'Autarque [The Citadel of the Autarch - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25635-9
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La citadelle de l'Autarque [The Citadel of the Autarch - fr]». Краткое содержание книги:
Nous trouvâmes une sandale d’homme, usée mais non ancienne, dans une rue envahie d’herbe. « On m’a dit qu’il y avait des pillards qui rôdaient dans ces ruines ; c’est une des raisons pour lesquelles je vous ai demandé de m’accompagner, expliquai-je. Si j’étais seul en cause, je n’aurais fait appel à personne. »
Roche acquiesça de la tête, et tira son épée, mais Drotte répondit : « Il n’y a personne ici. Tu es devenu beaucoup plus sage et savant que nous, Sévérian, mais cependant, je pense que tu t’es un peu trop habitué aux choses qui font peur aux gens ordinaires. »
Je lui demandai ce qu’il voulait dire. « Ce matin, tu savais de quoi le marin parlait. Je pouvais le voir sur ton visage. Tu avais peur toi aussi, ou du moins, tu étais inquiet. Mais tu n’étais pas effrayé comme le vieux bandit l’était cette nuit dans son bateau, ou Roche, ou Ouen, ou moi l’aurions été si nous nous étions trouvés près du fleuve et avions vu ou entendu les mêmes choses. Les pillards dont tu parles devaient être dans le secteur la nuit dernière, et sans doute surveillent-ils les patrouilles du fisc. Ils ne sont sûrement pas à proximité du Gyoll en ce moment, et n’y seront pas de quelques jours, à mon avis. »
Eata toucha mon bras. « Crois-tu que cette fille, euh… Maxellindis, soit en danger, sur son bateau ?
— Elle court moins de risques qu’elle ne t’en fait courir » lui dis-je. Il ne comprit pas de quoi je parlais. Sa Maxellindis n’était pas Thècle. Et son histoire ne pouvait pas être la même que la mienne. Mais j’avais entr’aperçu la ronde des Corridors du Temps derrière le regard malicieux de cette gamine aux yeux rieurs. L’amour n’est qu’une longue peine pour les bourreaux ; et même si je finissais par dissoudre la guilde, Eata deviendrait un bourreau, comme le sont tous les hommes, prisonnier de ce mépris de la richesse sans lequel un homme est moins qu’un homme, infligeant des souffrances de par sa nature, qu’il le veuille ou non. J’étais désolé pour lui, et encore plus désolé pour Maxellindis, la nièce du marin.
Je pénétrai avec Ouen dans la maison, laissant Roche, Drotte et Eata monter la garde à quelque distance. Comme nous nous tenions sur le pas de la porte, je pus entendre les pas légers de Dorcas, à l’intérieur.
« Nous ne te dirons pas qui tu es, dis-je alors à Ouen. Et nous ne pouvons pas te dire ce que tu peux devenir. Mais nous sommes ton Autarque, et nous te dirons ce qu’il faut que tu fasses. »
Je n’avais aucun mot de commandement pour lui comme j’en avais pour le castellan, mais il s’agenouilla aussitôt, comme l’avait fait ce dernier.
« Nous avons amené les bourreaux avec nous pour que tu saches bien ce qui t’attendait au cas où tu nous désobéirais. Mais nous ne souhaitons pas te voir désobéir, et maintenant que nous te connaissons, nous pensons qu’ils étaient inutiles. Il y a une femme dans cette maison. Dans un instant, tu entreras. Il faudra que tu lui racontes ton histoire, comme tu nous l’as racontée, et tu dois rester pour la protéger, même si elle tente de te chasser.
— Je ferai de mon mieux, Autarque, répondit Ouen.
— Dès que ce sera possible, il faudra tout faire pour la persuader de quitter cette ville des morts. Jusque-là, nous te donnons ceci. » Je pris le pistolet dans ma sabretache et le lui tendis. « Sa valeur est celle d’une charrette pleine de chrisos, mais tant que tu seras ici, il te sera plus utile que des chrisos. Lorsque tu seras en sécurité avec cette femme, nous te le rachèterons, si tu le veux. » Je lui montrai comment se servir de l’arme, et le quittai.
J’étais donc de nouveau seul ; certains remarqueront probablement qu’au cours de cette saison, agitée plus que de normal, j’avais généralement été seul. Jonas, mon unique ami véritable, n’était à ses propres yeux qu’une machine ; et Dorcas, que j’aime encore, ne pouvait s’empêcher de se voir comme une espèce de fantôme.
Mais ce n’est pourtant pas ce que je ressens. Nous choisissons – ou ne choisissons pas – d’être seuls quand nous décidons qui nous allons accepter comme compagnons, et qui nous allons refuser. C’est ainsi qu’un érémite sur sa montagne n’est pas seul : les oiseaux et les lapins, des initiés dont les paroles sont à déchiffrer dans ses « livres de la forêt », et les vents, messagers de l’Incréé, sont ses compagnons. Un autre homme, vivant au milieu d’une foule immense, peut être seul pour n’avoir autour de lui qu’ennemis ou victimes.
Aghia, que j’aurais pu aimer, avait au lieu de cela choisi de devenir un Vodalus au féminin, considérant comme un adversaire tout ce qui dans l’humanité vit pleinement. Moi, qui aurais pu aimer Aghia et qui aimais Dorcas profondément mais peut-être pas assez profondément, je me retrouvais maintenant seul pour être devenu un élément de son passé, qu’elle aimait davantage qu’elle ne m’avait jamais aimé – sauf peut-être au tout début.
38
Résurrection
Il ne me reste presque plus rien à rapporter. L’aube est venue, et avec elle un énorme soleil rouge, comme un œil ensanglanté. Un vent froid souffle par la fenêtre. Dans quelques instants, un valet de pied m’apportera un plateau fumant ; dans sa foulée, n’en doutons pas, se trouvera certainement le père Inire, tout vieux et tout chenu, qui a déjà vécu tellement plus longtemps que peuvent habituellement espérer vivre ceux de sa race éphémère. Le vieux père Inire, qui ne survivra pas longtemps, je le crains, au soleil rouge. Le vieux père Inire qui sera offusqué d’apprendre que j’ai passé toute la nuit à écrire ici, dans cette galerie.
Dans un moment, je vais devoir revêtir la robe d’argent, la couleur qui est plus pure que le blanc. Peu importe.
Les journées se traîneront sur le vaisseau. Je lirai. J’ai encore tellement à apprendre ! Je dormirai, je somnolerai sur ma couchette et j’écouterai les siècles glisser le long de la coque. J’enverrai ce manuscrit à maître Oultan ; mais lorsque je serai à bord, lorsque je serai fatigué de lire et que je ne pourrai pas dormir, je l’écrirai de nouveau – moi qui n’oublie rien – mot à mot, tel qu’on peut le lire maintenant. Je l’appellerai le Livre du Nouveau Soleil comme cet ouvrage, maintenant perdu depuis tant de siècles, dont on prétend qu’il en a prédit la venue. Et quand ce deuxième exemplaire sera terminé, je le ferai sceller dans un coffre de plomb et l’enverrai dériver dans l’immensité de l’espace et du temps.
T’ai-je dit tout ce que j’avais promis de te dire ? Je me rends bien compte qu’à tel ou tel endroit du récit, je me suis excusé en disant que ce point s’éclaircirait un peu plus loin. Je n’en ai oublié aucun, j’en suis sûr, mais il y a tellement d’autres choses dont je me souviens… Avant d’affirmer que je t’ai trompé, lis de nouveau, comme je vais de nouveau écrire.
Deux choses me paraissent claires. La première est que je ne suis pas le premier Sévérian. Ceux qui parcourent les Corridors du Temps l’ont vu monter sur le trône du Phénix, et c’est pourquoi l’Autarque, ayant entendu parler de moi, a souri en me voyant dans la Maison turquoise ; c’est aussi pourquoi l’ondine m’a poussé à la surface le jour où j’aurais dû me noyer. (Et cependant le premier Sévérian ne s’était pas noyé ; quelque chose avait déjà entrepris de remodeler ma vie.) Laissez-moi imaginer maintenant quelle a bien pu être l’histoire de ce premier Sévérian, même s’il ne s’agit que de pure spéculation.