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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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Avait-il donc réellement peur du poison dont il était menacé? Peur au point de se condamner lui-même à se laisser mourir lentement de faim devant cet amoncellement de mets délicats ou substantiels?

Ceci mérite une explication. Nous la donnerons aussi brève que possible:

Non, Pardaillan n’avait pas peur du poison. Menacé à mots couverts des supplices les plus horribles, il est facile de comprendre qu’entre une torture savamment dosée pour là faire durer des heures et des jours, peut-être et un poison foudroyant, le choix était tout fait. N’importe qui, à sa place, n’eût pas hésité et eût pris le poison.

Ce n’était pas la mort elle-même, non plus, qui l’effrayait. En descendant au fond de sa conscience, on eût peut-être trouvé que la mort eût été accueillie par lui comme une délivrance. Depuis que mortes étaient ses seules affections, mortes aussi ses haines, Pardaillan ne pouvait plus guère tenir à la vie.

Alors?

Alors il y avait ceci: Avec ses idées spéciales, Pardaillan se disait qu’ayant accepté du roi Henri une mission de confiance, il n’avait pas le droit de mourir, lui Pardaillan, avant que cette mission fût accomplie.

La mort, dit-on, délie de tout. Il faut croire qu’il ne pensait pas ainsi, puisqu’il se fût cru sincèrement déshonoré en n’accomplissant pas ce qu’il avait promis d’accomplir, même si c’était la mort qui l’arrêtait.

Orgueil, dira-t-on? C’est possible. Nous ferons remarquer que nous ne faisons pas de psychologie. Nous présentons notre héros tel qu’il était, sans chercher à le grandir où à le diminuer, laissant ce soin à ses gestes seuls.

Ayant décidé qu’il n’avait pas le droit de mourir avant d’avoir mené à bien sa mission, entre le poison qui devait le foudroyer et la mort lente, Pardaillan choisissait la mort lente et se dérobait devant le poison, parce qu’il se disait très justement que, tombant raide mort sur le parquet, tout serait fini. Tandis que, fût-il entre les mains du bourreau, râlant et à l’agonie, tant qu’il lui restait un souffle de vie, l’événement imprévu pouvait se produire qui le rendrait à la vie et à la liberté, et lui permettrait d’accomplir sa tâche.

On voit qu’il était rigoureusement logique. Seulement, dame! pour mettre en pratique une logique de ce genre, il fallait être doué d’une énergie peu commune, d’une dose de volonté, d’un courage et d’un sang-froid qu’il était peut-être seul capable d’avoir.

Tout ceci avait été longuement et mûrement pesé, calculé et finalement résolu, dans la solitude de sa cellule. On a pu voir par les tentatives désespérées de ses gardiens, Bautista et Zacarias, qu’il suivait avec une inébranlable rigueur la ligne conduite qu’il s’était tracée.

Une chose qu’il avait aussi décidée, et que nous devons faire connaître, c’est qu’il courait le risque de l’empoisonnement en prenant la nourriture qu’on lui présenterait, le quatrième jour à partir de la réception du billet du Chico.

Pourquoi ce quatrième jour? Comptait-il donc sur le nain? Pas plus sur le nain que sur autre chose, autant sur lui que sur n’importe qui. C’était précisément ce qui faisait sa force, de ne compter en tout et pour tout que sur lui-même, et, en même temps, d’utiliser adroitement et surtout fort à propos tous les atouts qui se présentaient dans son jeu lorsqu’il engageait une partie semblable à celle qu’il jouait en ce moment.

Or, le Chico, à ses yeux, était une carte dans ses mains. Pour le moment, cette carte n’était pas à dédaigner plus qu’une autre. Elle pouvait être bonne, elle pouvait être mauvaise, il ne savait pas encore. Cela dépendrait du jeu qu’abattrait son adversaire.

Il s’était fixé ce terme de quatre jours simplement parce qu’il se disait que les forces humaines ont une limite et que, s’il voulait être en état de profiter des événements favorables qui pouvaient toujours se produire, il lui fallait, de toute nécessité, réparer ses forces affaiblies par un long jeûne.

Évidemment, la menace du poison restait toujours suspendue sur sa tête. Mais quoi? Il fallait cependant bien en finir d’une manière ou d’une autre. C’était un risque à courir, il le savait bien: il le courrait, voilà tout. S’il succombait, il aurait du moins la satisfaction de se dire qu’il avait lutté autant qu’il lui avait été possible de le faire.

Au surplus, rien ne prouvait que, devant son obstination, d’Espinosa ne renoncerait pas au poison pour chercher autre chose. En y réfléchissant bien, c’était probablement ce qui arriverait. Donc ce point était bien réglé dans son esprit, comme les autres, et sa résolution irrévocablement prise.

Qu’on veuille bien nous pardonner cette digression, qui nous paraissait nécessaire, et ceci dit, revenons à notre histoire, comme dit l’autre.

Lorsqu’ils eurent enfin amené leur prisonnier à s’asseoir devant son couvert, Bautista et Zacarias se dirent que le plus fort était fait et que cet homme extraordinaire, qui avait le courage de rester indifférent devant les choses les plus appétissantes, ne saurait, cette fois, résister aux tentations accumulées sur cette table.

Certainement, il succomberait devant tel plat ou tel cru, et, dès l’instant qu’il aurait goûté à l’une ou l’autre des innombrables merveilles culinaires entassées là à son intention, peu leur importait qu’il continuât ou s’arrêtât. Leur but serait atteint, leur mission glorieusement accomplie, et ils auraient enfin droit à la récompense promise: c’est-à-dire qu’ils pourraient, à leur tour, se régaler de toutes ces bonnes choses, s’empiffrer jusqu’à en éclater, entonner les liquides jusqu’à rouler ivres-morts sous la table. Car, c’était cela uniquement qui les travaillait et pas autre chose.

Aussi, sans s’arrêter à ses paroles plutôt dures, et d’ailleurs imméritées – nous avons expliqué qu’ils n’étaient que des instruments inconscients du rôle odieux qu’on leur faisait jouer – le cœur débordant d’espoir, ils s’empressèrent à le servir.

Avec des précautions minutieuses, avec un respect attendri, ils saisirent chacun un flacon et versèrent, l’un d’un certain vin de Beaune que les années de bouteille avaient pâli à tel point que du rouge initial, il était passé au rose effacé: l’autre, d’un certain Xérès qui, dans le cristal limpide, ressemblait à de l’or en fusion. Et en faisant cette opération avec toute la dévotion désirable, ils tiraient la langue, tels deux chiens altérés. Quand les deux verres furent pleins, ils les saisirent doucement par le pied, les soulevèrent béatement, dévotieusement, comme ils eussent soulevé l’hostie consacrée, et tendirent chacun le sien.

– C’est du velours, dit onctueusement Bautista en clignant des yeux.

– Du satin, ajouta Zacarias d’un air non moins pénétré.

– Mes dignes révérends, fit tranquillement Pardaillan, croyez-moi, le mieux est de cesser cette lamentable comédie.

– Comédie! protesta Bautista; mais, mon frère, ce n’est point une comédie.

– C’est l’ordre, comme dit si bien frère Zacarias. Oui?… En ce cas, allez-y, harcelez-moi… Mais je vous ai prévenus: je ne toucherai à rien de ce que vous m’offrirez.

– Qu’à cela ne tienne! s’écria vivement Bautista qui, tout borné qu’il fût, ne manquait pas d’à-propos. Choisissez vous-même.

En disant ces mots, il posait délicatement le verre sur la table et d’un geste large, il désignait les flacons rangés en bon ordre.

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