Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
20 octobre. — Encore un. J’allais le long du fleuve, après déjeuner. Et j’aperçus, sous un saule, un pêcheur endormi. Il était midi. Une bêche semblait, tout exprès, plantée dans un champ de pommes de terre voisin.
Je la pris, je revins ; je la levai comme une massue et, d’un seul coup, par le tranchant, je fendis la tête du pêcheur. Oh ! il a saigné, celui-là ! Du sang rose, plein de cervelle ! Cela coulait dans l’eau, tout doucement. Et je suis parti d’un pas grave. Si on m’avait vu ! Ah ! ah ! j’aurais fait un excellent assassin.
25 octobre. — L’affaire du pêcheur soulève un grand bruit. On accuse du meurtre son neveu, qui pêchait avec lui.
26 octobre. — Le juge d’instruction affirme que le neveu est coupable. Tout le monde le croit par la ville. Ah ! ah !
27 octobre. — Le neveu se défend bien mal. Il était parti au village acheter du pain et du fromage, affirme-t-il. Il jure qu’on a tué son oncle pendant son absence ! Qui le croirait ?
28 octobre. — Le neveu a failli avouer, tant on lui fait perdre la tête ! Ah ! ah ! La justice !
15 novembre. — On a des preuves accablantes contre le neveu, qui devait hériter de son oncle. Je présiderai les assises.
25 janvier. — À mort ! à mort ! à mort ! Je l’ai fait condamner à mort ! Ah ! ah ! L’avocat général a parlé comme un ange ! Ah ! ah ! Encore un. J’irai le voir exécuter !
10 mars. — C’est fini. On l’a guillotiné ce matin. Il est très bien mort ! très bien ! Cela m’a fait plaisir ! Comme c’est beau de voir trancher la tête d’un homme ! Le sang a jailli comme un flot, comme un flot ! Oh ! si j’avais pu, j’aurais voulu me baigner dedans. Quelle ivresse de me coucher là-dessous, de recevoir cela dans mes cheveux et sur mon visage, et de me relever tout rouge, tout rouge ! Ah ! si on savait !
Maintenant j’attendrai, je puis attendre. Il faudrait si peu de chose pour me laisser surprendre. »
Le manuscrit contenait encore beaucoup de pages, mais sans relater aucun crime nouveau.
Les médecins aliénistes à qui on l’a confié, affirment qu’il existe dans le monde beaucoup de fous ignorés, aussi adroits et aussi redoutables que ce monstrueux dément.
TRIBUNAUX RUSTIQUES
La salle de la justice de paix de Gorgeville est pleine de paysans, qui attendent, immobiles le long des murs, l’ouverture de la séance.
Il y en a des grands et des petits, des gros rouges et des maigres qui ont l’air taillés dans une souche de pommiers. Ils ont posé par terre leurs paniers et ils restent tranquilles, silencieux, préoccupés par leur affaire. Ils ont apporté avec eux des odeurs d’étable et de sueur, de lait aigre et de fumier. Des mouches bourdonnent sons le plafond blanc. On entend, par la porte ouverte, chanter les coqs.
Sur une sorte d’estrade s’étend une longue table couverte d’un tapis vert. Un vieil homme ridé écrit, assis à l’extrémité gauche. Un gendarme, raide sur sa chaise, regarde en l’air à l’extrémité droite. Et sur la muraille nue, un grand Christ de bois, tordu dans une pose douloureuse, semble offrir encore sa souffrance éternelle pour la cause de ces brutes aux senteurs de bêtes.
M. le juge de paix entre enfin. Il est ventru, coloré, et il secoue, dans son pas rapide de gros homme pressé, sa grande robe noire de magistrat ; il s’assied, pose sa toque sur la table et regarde l’assistance avec un air de profond mépris.
C’est un lettré de province et un bel esprit d’arrondissement, un de ceux qui traduisent Horace, goûtent les petits vers de Voltaire et savent par cœur Vert-Vert ainsi que les poésies grivoises de Parny.
Il prononce :
— Allons, Monsieur Potel, appelez les affaires.
Puis souriant, il murmure :
Quidquid tentabam dicere versus erat.
Le greffier alors, levant son front chauve, bredouille d’une voix inintelligible : « Madame Victoire Bascule contre Isidore Paturon ».
Une énorme femme s’avance, une dame de campagne, une dame de chef-lieu de canton, avec un chapeau à rubans, une chaîne de montre en feston sur le ventre, des bagues aux doigts et des boucles d’oreilles luisantes comme des chandelles allumées.
Le juge de paix la salue d’un coup d’œil de connaissance où perce une raillerie, et dit :
— Madame Bascule, articulez vos griefs.
La partie adverse se tient de l’autre côté. Elle est représentée par trois personnes. Au milieu, un jeune paysan de vingt-cinq ans, joufflu comme une pomme et rouge comme un coquelicot. À sa droite, sa femme toute jeune, maigre, petite, pareille à une poule cayenne, avec une tête mince et plate que coiffe, comme une crête, un bonnet rose. Elle a un œil rond, étonné et colère, qui regarde de côté comme celui des volailles. À la gauche du garçon se tient son père, vieux homme courbé, dont le corps tordu disparaît dans sa blouse empesée, comme sous une cloche.
Mme Bascule s’explique :
— Monsieur le juge de paix, voici quinze ans que j’ai recueilli ce garçon. Je l’ai élevé et aimé comme une mère, j’ai tout fait pour lui, j’en ai fait un homme. Il m’avait promis, il m’avait juré de ne pas me quitter, il m’en a même fait un acte, moyennant lequel je lui ai donné un petit bien, ma terre de Bec-de-Mortin, qui vaut dans les six mille. Or, voilà qu’une petite chose, une petite rien du tout, une petite morveuse…
LE JUGE DE PAIX. — Modérez-vous, Madame Bascule.
MADAME BASCULE. — Une petite… une petite… je m’entends, lui a tourné la tête, lui a fait je ne sais quoi, non, je ne sais quoi… et il s’en va l’épouser ce sot, ce grand bête, et il lui porte mon bien en mariage, mon bien du Bec-de-Mortin… Ah ! mais non, ah ! mais non… J’ai un papier, le voilà… Qu’il me rende mon bien, alors. Nous avons fait un acte de notaire pour le bien et un acte de papier privé pour l’amitié. L’un vaut l’autre. Chacun son droit, est-ce pas vrai ?
Elle tend au juge de paix un papier timbré grand ouvert.
ISIDORE PATURON. — C’est pas vrai.
LE JUGE DE PAIX. — Taisez-vous. Vous parlerez à votre tour. (Il lit.)
« Je soussigné, Isidore Paturon, promets par la présente à Mme Bascule, ma bienfaitrice, de ne jamais la quitter de mon vivant, et de la servir avec dévouement.
Gorgeville, le 8 août 1883. »
LE JUGE DE PAIX. — Il y a une croix comme signature ; vous ne savez donc pas écrire ?
ISIDORE. — Non, j’sais point.
LE JUGE. — C’est vous qui l’avez faite, cette croix ?
ISIDORE. — Non, c’est point mé.
LE JUGE. — Qu’est-ce qui l’a faite, alors ?
ISIDORE. — C’est elle.
LE JUGE. — Vous êtes prêt à jurer que vous n’avez pas fait cette croix ?
ISIDORE, avec précipitation. — Sur la tête d’mon pé, d’ma mé, d’mon grand-pé, de ma grand’mé, et du bon Dieu qui m’entend, je jure que c’est point mé. (Il lève la main et crache de côté pour appuyer son serment.)
LE JUGE DE PAIX, riant. — Quels ont donc été vos rapports avec Mme Bascule, ici présente ?
ISIDORE. — A ma servi de traînée. (Rires dans l’auditoire.)