Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
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Elle voyait bien ma gêne et s’en amusait. De temps en temps elle répétait :
— Je crains bien d’être mal tombée. Vous m’inspirez beaucoup d’inquiétudes.
Et moi aussi, je commençais à en avoir, des inquiétudes sur moi-même. Quand on m’intimide, je ne suis plus capable de rien.
Au dîner elle fut charmante. Et, pour m’enhardir, je renvoyai mon domestique qui me gênait. Oh ! Nous demeurions convenables, mais, tu sais comme les amoureux sont bêtes, nous buvions dans le même verre, nous mangions dans la même assiette, avec la même fourchette. Nous nous amusions à croquer des gaufrettes par les deux bouts, afin que nos lèvres se rencontrassent au milieu.
Elle me dit :
— Je voudrais un peu de champagne.
J’avais oublié cette bouteille sur le dressoir. Je la pris, j’arrachai les cordes et je pressai le bouchon pour le faire partir. Il ne sauta pas. Gabrielle se mit à sourire et murmura :
— Mauvais présage.
Je poussai avec mon pouce la tête enflée du liège, je l’inclinais à droite, je l’inclinais à gauche, mais en vain, et, tout à coup, je cassai le bouchon au ras du verre.
Gabrielle soupira :
— Mon pauvre Roger.
Je pris un tire-bouchon que je vissai dans la partie restée au fond du goulot. Il me fut impossible ensuite de l’arracher ! Je dus rappeler Prosper. Ma femme, à présent, riait de tout son cœur et répétait :
— Ah bien… ah bien… je vois que je peux compter sur vous.
Elle était à moitié grise.
Elle le fut aux trois quarts après le café.
La mise au lit d’une veuve n’exigeant pas toutes les cérémonies maternelles nécessaires pour une jeune fille, Gabrielle passa tranquillement dans sa chambre en me disant :
— Fumez votre cigare pendant un quart d’heure.
Quand je la rejoignis, je manquais de confiance en moi, je l’avoue. Je me sentais énervé, troublé, mal à l’aise.
Je pris ma place d’époux. Elle ne disait rien. Elle me regardait avec un sourire sur les lèvres, avec l’envie visible de se moquer de moi. Cette ironie, dans un pareil moment, acheva de me déconcerter et, je l’avoue, me coupa — bras et jambes.
Quand Gabrielle s’aperçut de mon… embarras, elle ne fit rien pour me rassurer, bien au contraire. Elle me demanda, d’un petit air indifférent :
— Avez-vous tous les jours autant d’esprit ?
Je ne pus m’empêcher de répondre :
— Écoutez, vous êtes insupportable.
Alors elle se remit à rire, mais à rire d’une façon immodérée, inconvenante, exaspérante.
Il est vrai que je faisais triste figure, et que je devais avoir l’air fort sot.
De temps en temps, entre deux crises folles de gaieté, elle prononçait, en étouffant :
— Allons — du courage — un peu d’énergie — mon — mon pauvre ami.
Puis elle se remettait à rire si éperdument qu’elle en poussait des cris.
A la fin je me sentis si énervé, si furieux contre moi et contre elle que je compris que j’allais la battre si je ne quittais point la place.
Je sautai du lit, je m’habillai brusquement avec rage, sans dire un mot.
Elle s’était soudain calmée et, comprenant que j’étais fâché, elle demanda :
— Qu’est-ce que vous faites ? Où allez-vous ?
Je ne répondis pas. Et je descendis dans la rue. J’avais envie de tuer quelqu’un, de me venger, de faire quelque folie. J’allai devant moi à grands pas, et brusquement la pensée d’entrer chez des filles me vint dans l’esprit.
Qui sait ? Ce serait une épreuve, une expérience, peut-être un entraînement ? En tout cas ce serait une vengeance ! Et si jamais je devais être trompé par ma femme elle l’aurait toujours été d’abord par moi.
Je n’hésitai point. Je connaissais une hôtellerie d’amour non loin de ma demeure, et j’y courus, j’y entrai comme font ces gens qui se jettent à l’eau pour voir s’ils savent encore nager.
Je nageais, et fort bien. Et je demeurai là longtemps, savourant cette vengeance secrète et raffinée. Puis je me retrouvai dans la rue à cette heure fraîche où la nuit va finir. Je me sentais maintenant calme et sûr de moi, content, tranquille, et prêt encore, me semblait-il, pour des prouesses.
Alors, je rentrai chez moi avec lenteur ; et j’ouvris doucement la porte de ma chambre.
Gabrielle lisait, accoudée sur son oreiller. Elle leva la tête et demanda d’un ton craintif :
— Vous voilà ? Qu’est-ce que vous avez eu ?
Je ne répondis pas. Je me déshabillai avec assurance. Et je repris, en maître triomphant, la place que j’avais quittée en fuyard.
Elle fut stupéfaite et convaincue que j’avais employé quelque secret mystérieux.
Et maintenant, à tout propos, elle parle du moyen de Roger comme elle parlerait d’un procédé scientifique infaillible.
Mais, hélas ! Voici dix ans de cela, et aujourd’hui la même épreuve n’aurait plus beaucoup de chances de succès, pour moi du moins.
Mais si tu as quelque ami qui redoute les émotions d’une nuit de noces, indique-lui mon stratagème et affirme-lui que, de vingt à trente-cinq ans, il n’est point de meilleure manière pour dénouer des aiguillettes, comme aurait dit le sire de Brantôme.
3 mars 1885
LA CONFESSION
Tout Véziers-le-Réthel avait assisté aux convoi et enterrement de M. Badon-Leremincé, et les derniers mots du discours du délégué de la préfecture demeuraient dans toutes les mémoires : « C’est un honnête homme de moins ! »
Honnête homme il avait été dans tous les actes appréciables de sa vie, dans ses paroles, dans son exemple, dans son attitude, dans sa tenue, dans ses démarches, dans la coupe de sa barbe et la forme de ses chapeaux. Il n’avait jamais dit un mot qui ne contînt un exemple, jamais fait une aumône sans l’accompagner d’un conseil, jamais tendu la main sans avoir l’air de donner une espèce de bénédiction.
Il laissait deux enfants : un fils et une fille ; son fils était conseiller général, et sa fille ayant épousé un notaire, M. Poirel de la Voulte, tenait le haut du pavé dans Véziers.
Ils étaient inconsolables de la mort de leur père, car ils l’aimaient sincèrement.
Aussitôt la cérémonie terminée, ils rentrèrent à la maison du mort, et s’étant enfermés tous trois, le fils, la fille et le gendre, ils ouvrirent le testament qui devait être décacheté par eux seuls, et seulement après que son cercueil aurait été mis en terre. Une annotation sur l’enveloppe indiquait cette volonté.
Ce fut M. Poirel de la Voulte qui déchira le papier, en sa qualité de notaire habitué à ces opérations, et, ayant ajusté ses lunettes sur ses yeux, il lut, de sa voix terne, faite pour détailler les contrats :
« Mes enfants, mes chers enfants,
je ne pourrais dormir tranquille de l’éternel sommeil si je ne vous faisais, de l’autre côté de la tombe, une confession, la confession d’un crime dont le remords a déchiré ma vie. Oui, j’ai commis un crime, un crime affreux, abominable.
J’avais alors vingt-six ans et je débutais dans le barreau, à Paris, vivant de la vie des jeunes gens de province échoués, sans connaissances, sans amis, sans parents, dans cette ville.
Je pris une maîtresse. Que de gens s’indignent à ce seul mot "une maîtresse", et pourtant il est des êtres qui ne peuvent vivre seuls. Je suis de ceux-là. La solitude m’emplit d’une angoisse horrible, la solitude dans le logis, auprès du feu, le soir. Il me semble alors que je suis seul sur la terre, affreusement seul, mais entouré de dangers vagues, de choses inconnues et terribles ; et la cloison qui me sépare de mon voisin, de mon voisin que je ne connais pas, m’éloigne de lui autant que des étoiles aperçues par ma fenêtre. Une sorte de fièvre m’envahit, une fièvre d’impatience et de crainte ; et le silence des murs m’épouvante. Il est si profond et si triste ce silence de la chambre où l’on vit seul ! Ce n’est pas seulement un silence autour du corps, mais un silence autour de l’âme, et, quand un meuble craque on tressaille jusqu’au cœur, car aucun bruit n’est attendu dans ce morne logis.