Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Alors on me nourrit, malgré moi toujours, de citations incroyables.
“Je répandrai de l’eau pour celui qui est altéré”, a dit Isaïe.
Je l’ignorais. J’ignorais aussi toutes les vérités émises par Jérémie, Malachie, Ézéchiel, Élie et Gagachie.
Elles m’entraient dans les oreilles, comme des mouches, ces vérités simples et me bourdonnaient dans la tête.
— Que celui qui a faim demande à manger.
— L’air appartient aux oiseaux comme la mer appartient aux poissons.
— Le figuier produit des figues et le palmier des dattes.
— L’homme qui n’écoute pas ne retiendra pas la science.
Combien plus vaste et plus profond, notre grand Henry Monnier, qui a fait sortir de la bouche d’un seul homme, de l’immortel Prudhomme, plus de vérités éclatantes que n’en ont répandu tous les prophètes réunis.
Il s’écrie en face de la mer : “C’est beau, l’Océan, mais que de terrain perdu !”
Il formule l’éternelle politique du monde : “Ce sabre est le plus beau jour de ma vie. Je saurai m’en servir pour défendre le Pouvoir qui me l’offre, et, au besoin, pour l’attaquer.”
Si j’avais eu l’honneur d’être présenté à la société anglaise qui m’entourait, je l’aurais assurément édifiée avec des citations choisies de notre prophète français.
Une fois le dîner fini, on passa au salon.
J’étais assis, seul, dans un coin. La tribu britannique semblait conspirer à l’autre bout de la vaste pièce.
Soudain une dame se dirigea vers le piano.
Je pensai :
— Ah ! Un peu de miousique. Tant mieux.
Elle ouvre l’instrument, s’assied, et voilà que toute la colonie l’entoure comme un bataillon, les femmes au premier rang, les hommes derrière.
Vont-ils chanter un opéra ?
Le pasteur-chef, devenu pasteur-chef de chœur, lève la main, l’abaisse, et une clameur innommable, affreuse, s’échappe de toutes ces bouches, qui entonnent un cantique !
Les femmes piaillaient, les hommes mugissaient, les vitres tremblaient. Le chien de l’hôtel se mit à hurler dans la cour. Un autre répondit dans une chambre.
Je me sauvai, effaré, furieux. Et j’allai faire un tour en ville. N’ayant trouvé ni théâtre, ni casino, ni aucun lieu de plaisir, il me fallut rentrer.
Les Anglais chantaient encore.
Je me couchai. Ils chantaient toujours. Ils chantèrent jusqu’à minuit les louanges du Seigneur avec les voix les plus fausses, les plus criardes, les plus odieuses que j’aie jamais entendues, et moi, affolé par cet horrible esprit d’imitation qui emportait un peuple entier dans une danse macabre, je fredonnais sous mes draps :
Et quand je pus enfin m’endormir, j’eus des cauchemars épouvantables. Je vis des prophètes à cheval sur des pasteurs manger des œufs à la neige sur des têtes de mort.
Horreur ! Horreur !
2 février. - Aussitôt levé, je demande au patron si ces barbares qui ont envahi son hôtel recommencent chaque jour leur épouvantable distraction.
Il me répondit en souriant :
— Oh ! Non, Monsieur, c’était hier dimanche, et vous savez que le dimanche, chez eux, c’est sacré.
Je réponds :
Un peu surpris, l’hôtelier me promet qu’il fera des observations.
Je fais, dans le jour, une fort jolie promenade dans la montagne.
Le soir venu, j’assiste au même benedicite. Puis je passe au salon. Que vont-ils faire ? Pendant une heure, ils ne font rien.
Tout à coup, la même dame qui, la veille, accompagnait les cantiques, se dirige vers le piano, l’ouvre. - Je frémis de terreur. - Et elle se met à jouer… une valse.
Et les jeunes filles commencent à danser.
Le pasteur-chef bat la mesure sur son genou par suite de l’habitude prise. Les Anglais à leur tour invitent les femmes, et les œufs à la neige tournent, tournent, tournent, les œufs à la neige tournent comme des sauces.
J’aime mieux ça ! Après la valse, un quadrille, une polka.
N’ayant pas été présenté, je reste coi dans un coin.
3 février. - Autre jolie promenade au vieux castelar, admirable ruine dans la montagne, qui porte sur chaque pic quelques restes de châteaux forts.
Rien de beau comme ces débris de citadelles dans ces chaos de pierres qui dominent les neiges des Alpes (voir les guides). Ce pays est admirable.
Pendant le dîner, je me présente, tout seul, à la manière française, à ma voisine de table. Elle ne me répond pas. - Politesse anglaise.
Dans la soirée, bal anglais.
4 février. - Excursion à Monaco (voir les guides).
Le soir, bal anglais. J’y assiste en pestiféré.
5 février. - Excursion à San Remo (voir les guides).
Le soir, bal anglais. Ma quarantaine persiste.
6 février. - Excursion à Nice (voir les guides).
Le soir, bal anglais. Je me couche.
7 février. - Excursion à Cannes (voir les guides).
Le soir, bal anglais. Je prends du thé dans mon coin.
8 février. - Dimanche, grande revanche. Je les attendais, les gueux.
Ils avaient repris leurs mines confites de jour sacré, et ils préparaient leurs voix à cantiques.
Or, avant le dîner, je me glisse dans le salon, puis je mets dans ma poche la clef du piano, et je dis au garçon de service dans le bureau :
— Si messieurs les pasteurs demandent la clef, vous leur direz que je l’ai prise et vous les prierez de venir me trouver.